V(\in(ïi, Éléments de psycfiolof/ie phyêiologiqtœ
en revue les cinq sens et nous chercherons, au fur et à mesure, à dérober à la nature le secret des mouvements au moyen desquels elle associe les diverses perceptions aux vocables correspondants. La vue. — Il parait logique de commencer notre enseignement par rintuition de la réalité qui nous entoure. Nous nommerons les objets et les personnes de la salle de classe, en les désignant au moyen du f;este indicatif, le plus élémentaire des mouvements d'expression. (Voici le plafond, voici la fenêtre, etc. ; je suis le professeur, tu es un élève). Nous ferons de même pour désigner la place des objets. (Le plancher est en bas, la fenêtre à droite, la porte à gauche, etc.)
Mais le geste indicatif est parfois insuffisant. Lorsque, en montrant une feuille de papier, je dis : Ce papier est rouge, le mot rouge ne s'explique pas par lui-même ; pour en faire ressortir la signification, je montrerai d'autres feuilles de couleur différente. Ici, l'opposition vient au secours du geste.
Quant aux vocables désignant des actions, nous les interpréterons en exécutant ces actes. (Je me lève, je m*asseois, je marche, je vais au tableau, je prends la craie.)
Mais le moment arrivera, où nous aurons épuisé la réalité qui nous entoure. Pour amener dans la classe les choses du dehors, nous recourrons aux images et aux collections. Il serait désirable que chaque établissement possédât une ou plusieurs salles réservées à l'enseignement des langues et munies du matériel nécessaire.
Toutefois les images ne représentent la vie que d'une façon imparfaite, les mouvements des choses et des personnes que nous y voyons étant immobilisés. Voici, par exemple, sur un tableau mural une troupe d'oiseaux traversant le ciel; en réalité, ils restent en place. Que faire pour les aider à voler? Un battement exécuté par les deux bras et simulant le vol suffira.
Retenons ce procédé; il nous sera d'un grand secours, surtout quand il s'agira de décrire des objets ou des actions qui ne figurent ni dans notre entourage ni dans notre collection de tableaux. S'agit-il d'évoquer l'image d'un piano, nous ferons courir nos doigts sur un clavier imaginaire; voulons-nous représenter l'action de boire, nous approcherons la main creuse des lèvres; l'action de tirer un coup de fusil se mimera par le simulacre de larme mise en joue. Ce geste nouveau, nous l'appellerons le geste de l'intuition indirecte ou le geste de l'évocation mentale. Il est applicable aux perceptions ae tous les sens.
L'ouïe. — L'évocation des images visuelles peut faire naître par association l'image auditive correspondante. La mimique des doigts courant sur le clavier évoque la sensation auditive de la musique ; le mouvement des mains maniant des baguettes imaginaires évoque
Taudition du roulement du tambour; le simulacre de la mise en joue rappelle le bruit du coup qui part.
Un moyen d'évocation plus direct est Tonomatopée : piff! paff! pour le coup de fusil, dingf dongl pour le son de la cloche, drelin! drelin! pour celui de la sonnette, crac/ pour un objet qui se brise. Les verbes qui expriment le cri des animaux s'interpréteront de même par Timitation, — discrète, bien entendu. Faites voir aux enfants que vous êtes amusés autant qu'eux et vous ne serez pas ridicules. Le plus sûr moyen d'étrô ridicule, c'est la peur de l'être.
Le toucher et les sensations de la périphérie. — Je veux expliquer qu'il fait froid; je simulerai un frisson, en relevant le col de mon habit; veux-je dire que le poêle est chaud, je me chauflFerai les mains contre le poêle (même imaginaire) avec l'expression d'un sentiment de bien-être; que le poêle est brûlant, je simulerai la douleur que me cause la brûlure.
L'opposition, procédé que nous avons signalé plus haut, nous aidera à faire ressortir le sens des phrases suivantes : le bois est dw\ la laine est douce, r éponge est rugueuse y le papier est lisse. Dans tous ces exemples, la mimique des doigts est secondée par le jeu de la physionomie et l'intonation, variables selon le caractère plus ou moins agréable des sensations.
Vodorat et le goût. — Les sensations olfactives, les impressions causées par une bonne ou une mauvaise odeur, les sensations gustatives causées par le doux, l'acide, l'amer se traduisent par le jeu réflexe des muscles du nez, de la bouche, voire même de tout le visage; ce sont des mouvements bien connus, étudiés de près par le physiologiste allemand Wundt*. En respirant une rose ou un bouquet de violettes, les narines se dilatent; au contact d'une odeur désagréable, elles se contractent. L'acide fait élargir la bouche; l'amer fait relever le palais dans un mouvement de nausée; à l'ingestion de matières sucrées, nous faisons «la bouche en cœur ». — Mais ici encore, comme pour les sensations tactiles, la mimique particulière de l'organe directement intéressé est renforcée par l'accent de la voix et par les mouvements solidaires des muscles voisins, même du corps tout entier; lorsque nous éprouvons du dégoût, nous nous détournons dans un mouvement d' « aversion », 1& mot latin avertere : se détourner exprime ce geste très clairement.