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Métrique latine

Il existe en France deux excellents traités de Métrique, celui de MM. Havet-Duvau, dont la troisième édition vient de imraître, et celui de M. Plessis. Aussi ai-je hésité à publier le mien.

Rédigé depuis longtemps, au moins dans ses grandes lignes, pour les besoins de mon enseignement, il devait faire partie de mes Exercices de Métrique et de Versification : les deux ouvrages se complètent, l'un donnant la théorie et les notions nécessaires, l'autre les analyses et les applications. Mais ils auraient formé un volume trop considérable. Il a fallu publier à part les Exercices^. Dès

1. Ils ont paru chez M. Marne, à Tours. Des circonstances spéciales m'ont obligé à chercher pour eux un autre éditeur que pour ma Prosodie et pour ma Métrique.

MÉTRIQUE LATIXK. 1

lors, je n'avais plus les mêmes raisons de faire! paraître la Métrique. Je m'y suis décidé cependant voici pourquoi.

Les traités dont j'ai parlé sont plutôt en vue de l'enseignement supérieur; ils ne s'adressent qu'aux candidats de licence, aux professeurs. Il esfpeutêtre désirable qu'il y ait un travail sur le même sujet plus à la portée des élèves, destiné surtout aux classes, maîtres ou enfants.

Cette destination explique aussi le plan et le caractère propre de l'ouvrage. Je n'ai pas voulu , faire un traité scientifique. Tout en suivant de ' mon mieux les progrès de la Métrique, tout en proposant quelques vues nouvelles, tout en critiquant et contrôlant certaines conjectures qui demandent examen avant d'être données et admises comme des faits acquis, j'ai cherché autre chose ; j'ai visé à être pratique et littéraire.

Je m'explique.

Ce qui importe dans les classes, ce n'est pas de savoir la constitution d'un vers ou d'une strophe, son origine et ses rapports avec tel autre vers ou telle autre strophe, les changements qu'ils ont subis dans le cours des âges. Le principal est de faire comprendre et goûter les chefs-d'œuvre des

anciens. Il est vrai, on les comprend, on les goûte mieux quand on a des notions plus précises et plus exactes de leur métrique, et voilà pourquoi la Métrique est utile; mais ces notions resteraient vagues, elles auraient peu d'intérêt pour de jeunes esprits, si on ne les montrait appliquées dans les poètes qu'ils ont à étudier, si Ton ne dégageait ce qui touche directement à l'expression, ce qui est plus littéraire, si l'on ne faisait voir la Métrique comme une partie même de la langue poétique et comme influant pour une bonne part sur le caractère esthétique et sur l'effet d'un morceau. Je me suis donc efforcé surtout de faire ressortir les faits principaux, ceux qui ont une portée esthétique, et de montrer les influences réciproques de la forme sur le fond et du fond sur la formel C'est là une espèce d'analyse littéraire, dont l'occasion se présente à chaque instant dans l'explication des poètes; les élèves, une fois avertis, peuvent la faire eux-mêmes ; et c'est un excellent moyen

1. Il est vrai, ce terrain est glissant; il est si facile de tomber dans la rhétorique vague ou dans l'arbitraire! J'ai visé à être précis sans forcer les faits, et à dégager l'idée artistique, sans substituer la conjecture à robservation .

(l'affiner en eux le sens littéraire, de leur faire comprendre et goûter la poésie des anciens. Je n'ai pas à montrer que c'est bien là le but de la Métrique, et que, pas plus ici qu'en grammaire, par exemple, il ne s'agit défaire de la science pour la science. J'ajoute seulement que ce but ne sera atteint que si l'étude, tout en devenant tous les jours plus précise et plus pénétrante, est pratique, appliquée, si aux notions théoriques viennent s'ajouter des exercices : exercices d'observation et d'analyse sur les auteurs eux-mêmes, exercices de maniement personnel. Bref, on n'aura jamais le sens du vers antique si l'on n'a pas fait soi-même des exercices de Métrique et de Versification.

Aussi les écoles catholiques ont-elles été bien inspirées de garder le vers latin et de ne pas le sacrifier à je ne sais quel enseignement de la Métrique, qui, mal donné, comme auraient dû le prévoiries auteurs des programmes nouveaux, n'a rien produit de bon, et n'a pas fait apprendre même la Métrique. Il y a longtemps que le fait est reconnu dans l'Université même, et jusque par les réformateurs. M. Benoist, M. Boissier, d'autres encore se sont plaints qu'en supprimant le vers latin on avait supprimé toute connaissance et tout

goût de la poésie latine; et le jour n'est pas loin peut-être où le vers repr.endra une place honorable dans les études classiques. L'exercice ne sera pas tout à fait ce qu'il étail autrefois, et ce ne sera pas un mal; mais il revivra, et ce sera un bien,

La J/e/ri(/Me que je propose au public a donc des tendances pratiques, elle ne donne pas seulement la théorie du vers latin, elle donne des indications en vue des exercices de lecture, d'analyse métrique, de versification. Bref, je ne me contente pas de la pure Métrique, comme MM. Gleditsch, Havet, Plessis : je m'occupe de versification, comme le P. de Cellières ' et autres métriciens du xvii^ siècle, comme Rollin dans son Traité des Etudes, comme MM. Quicherat et Chardin, dont les travaux, trop négligés depuis quelque temps, contiennent, au milieu de notions scientifiques vagues ou inexactes, d'excellentes observations pratiques, très propres à développer le sens littéraire et le goût de la poésie latine.

Je ne veux pas dire par là que mon travail puisse tenir lieu d'un livre (VExercices : c'est une préten-

1. Dans son Ars metrica, si célèbre pendant plus d'un siècle et si souvent réédité sous différents titres et avec des remaniements divers.

tion qu'une Métrique ne saurait avoir. J'indique seulement le point de vue auquel je me suis mis, et le but où je crois qu'il faut tendre.

Ces réflexions feront comprendre le plan que j'ai cru devoir suivre et le choix des questions que j'ai traitées.

Au lieu de grouper au début les notions générales, je suis entré de plain pied dans l'étude de l'hexamètre, et je les ai distribuées à mesure que besoin était. Dès lors, l'hexamètre devait occuper une place considérable et sans proportion avec les autres mètres, parce que, en groupant autour de lui les principales notions générales, je déchargeais d'autant les autres chapitres. M. Quicherat avait déjà suivi une marche analogue, justifiée, à mes yeux, par laplaceàpart que méritel'hexamètre dans les études de métrique et de versification.

Pour des raisons du même genre, j'ai donné une attention spéciale au distique et aux mètres lyriques d'Horace; sur les iambes et les trochées des comiques, je n'ai touché que les questions les plus générales ^ ; les détails se retrouveront dans

1. J'aime à reconnaître que, pour cette partie surtout, je suis très redevable à M. Havet, qui a donné sur ce sujet des indications si précises.

les livres d'extraits mis aux mains des élèves.

Jeirairicnditdes vers ioniques (- - >. - ou - - - ) que les élèves ne rencontrent jamais ; rien non plus de certains autres vers très rares ou trop compliqués; je n'ai donné qu'une mention rapide aux vers anapestiqucs, parce qu'ils s'expliquent sans peine par les principes donnés à propos des vers iambiques ou trochaïques. Enfin, je n'ai pas cru devoir négliger complètement la Métrique grecque, puisqu'elle a servi de modèle aux Latins, et que les élèves doivent savoir scander Homère, Sophocle, etc. ; mais je ne pouvais non plus lui faire une place à part, que ne comportait pas la nature de mon travail. J'ai procédé par rapprochements et par comparaison; j'espère ainsi avoir donné le nécessaire, sans me perdre dans les détails. J'ai suivi la même méthode pour les vers liturgiques, que les enfants ont dans leurs Paroissiens et entendent chanter à l'église. Seulement, il a fallu ajouter en appendice quelques indications sur les vers rythmiques (ou réglés par l'accent) ; car quelques-unes de nos plus belles pièces liturgiques sont en rythmes, non en mètres.

Puisse ce modeste travail, avec l'aide de la

Vierge Immaculée, à laquelle j'en fais hommage, aider pour sa petite part à rendre plus faciles et plus fructueux des exercices et des études qui n'ont jamais cessé d'être en honneur dans les écoles catholiques.

en

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