‹ Métrique latineChapitre 94 sur 101 · VERS ET STROPHES · texte numérisé non relu

VERS ET STROPHES

196. Beaucoup de vers ou de strophes sont calqués sur un modèle classique.

Le Pange, lingua de saint Thomas répond au Pange, lingua de saint Fortunat :

Pange lingua gloriosi Pange ] lingua // glori | osi

Corpo I ns mys | terium.

Lauream certaminis

Nous avons donc dans les deux cas un tétramètre trochaïque catalectique, ou plutôt, selon qu'on l'entendait au Moyen-Age, deux vers dont l'ensemble forme le tétramètre trochaïque catalectique coupé après quatre pieds.

L'hymne Sacris solemniis répond à la strophe asclépiade terminée par un glyconique. (Cf. 192 et 167).

Le Verbum supernum prodiens de \ Office du S. Sacrement est une strophe de quatre dimètres iambiques (comme, par exemple, l'hymne de l'Avent qui commence par les mêmes mots) :

Verbum supernum prodiens ■ I II I

Nec Patris linquens dexteram

Ad opus suura exiens I » I Venit ad vitœ vesperam.

De même l'hymne : Jesu dulcis mcmoria.

Les deux membres du tétramètre trochaïque catalectique (fcétrapodie complète, et tétrapodie catalectique) se retrouvent souvent :

Soit unis comme dans le septénaire : Pange lingua (strophe de trois couples avec rime entre membres égaux) ; Omni die, die Marix (strophe de deux couples, les deux parties du membre complet rimant entre elles, et les membres incomplets entre eux); Ave verum (strophe de deux couples, sur deux rimes) ;

Soit séparés : Dies irx (tétrapodie complète), Veîii, saiicle spiritus (tétrapodie catalectique) ;

Soit combinés de diverses façons :5^a6aî (strophes de trois vers, allant par couples, les deux premiers vers étant la tétrapodie complète, le troisième la tétrapodie catalectique) ; Lauda Sion (même structure, sauf que vers la lin le nombre des tétrapodies complètes augmente dans chaque strophe).

Remarque 1. Il y a une prédilection visible pour les groupes ternaires.

Remarque. 2. Il ne semble pas que les rythmes trisyllabiques (dactyles, anapestes) aient été conservés.

En revanche, les mille combinaisons des vers,

des strophes, des rimes, ont servi à varier les deux sortes de rythmes qui restaient (iambiques et trochaïques).

197. Nota. On dit parfois que le principe de la versification n'est pas le même dans les langues anciennes et dans les langues modernes. Dans celles-ci, dit-on, le principe rythmique est l'accent, dans celles-là, c'était la quantité. Ces paroles, pour être exactes, doivent être expliquées.

Le vers moderne, comme le vers ancien, se compose d'une succession définie de syllabes fortes et de syllabes faibles. La différence consiste en deux points :

1<>. Les anciens pouvaient frapper du temps fort toute syllabe du mot, pourvu qu'elle fût longue (souvent même une brève suivie d'une autre brève), sans se préoccuper de l'accent, qui, tout musical, n'avait rien à voir avec la force ou la faiblesse (intensité) de la prononciation. Dans les langues modernes, Victus métrique étant de même nature que l'accent, il faut, pour ne pas dénaturer les mots dans le vers, faire coïncider, au moins à la fin du membre rythmique, le temps fort avec la syllabe accentuée.

2°. Les anciens mettaient comme nous un intervalle défini entre les temps forts; mais cet intervalle n'était pas nécessairement rempli par un nombre défini de syllabes (à moins de règles spéciales); car une syllabe longue avait même durée que deux brèves (ou davantage) et pouvait tenir leur place; il n'était pas nécessaire de compter les syllabes. Chez nous toutes les syllabes ayant sensiblement même durée, on compte les temps en comptant les syllabes.

D'où l'on voit que le vers ancien était, par sa nature même, plus près que le nôtre de la musique.

Paffes

Préface

Page 1