XVIII INTRODUCTION
ainsi d'être rythmée (^ {îXtj, to ^u0pt.iÇ6pLevov), le rythmizomène, n'existait artistiquement pour les Grecs qu'autant qu'elle était, en effet, soumise à la loi du rythme. Elle pouvait être rythmique ou arrythmique, mais lorsqu'elle était arrythmique, ils déclaraient qu'elle échappait à la sensation (aurônjoriç), ce qui nous donne le sens premier du mot esthétique. Le rythmizomène qui constituait la matière de la métrique, la parole, lorsqu'elle était dépourvue de rythme, donnait naissance à la prose (<J>i)Jj XéÇtç) . La prose est par conséquent dépourvue de rythme, au sens que les Grecs prêtaient à ce mot ; or, c'est précisément le rythme de la prose que nous voulons étudier dans cet ouvrage. Au point de vue historique, qui est celui où l'on se placerait pour nous recommander le titre de Rythmique, ce titre serait donc un véritable contre-sens.
Mais qu'est-ce que cette sensation du temps qu'au témoignage des Grecs la prose n'engendre pas, et en quoi diffèret-elle de celle que nous éprouvons en écoutant un discours en prose ?
Parmi tous les modes de la sensation du temps, les Grecs tendirent d'abord à n'admettre dans l'art désigné par eux sous le nom de métrique que les plus évidents, les plus faciles à percevoir, par cela même à reproduire artificiellement, en un mot les plus simples. Toute sensation qui, par suite d'une certaine complication, se dérobait à l'analyse et n'était pas susceptible d'être reproduite artificiellement, était considérée comme nulle par les rythmiciens, et le rythmizomène qui y avait donné lieu était déclaré arrythmique, c'est-à-dire, pour eux, incapable de causer une sensation, et, pour nous, inaccessible aux moyens de reproduction artistique dont ils pouvaient disposer. De la sorte, le mot grec afoOiQttç prend un sens tout nouveau ; il signifie non plus seulement sensation, mais sensation artistique, sensation susceptible d'être reproduite artificiellement, et nous pourrions distinguer le rythme des vers de celui de la prose, en disant que l'un est susceptible d'aîffÔYjaiç, c'est-à-dire esthétique, tandis que l'autre est