‹ Métrique naturelle du langageChapitre 14 sur 85 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

chant ou parole. Mais comme jamais aucune mesure ne peut devenir sensible sans un mouvement rythmique d'une nature ou d'une autre, l'étude du mètre est inséparable de celle du rythme.

Cependant les Grecs ont distingué théoriquement le rythme du mètre ; ils en ont fait l'objet de deux études séparées, développées, la première par les rythmiciens et les musiciens, la seconde par des grammairiens qui prenaient le nom de métriciens. La rythmique et la métrique n'auraient pas été séparées de la sorte si les deux termes avaient été compris dans letir sens vrai ; il n'y a pas, en effet, de rythmique qui ne soit en même temps une métrique, puisque aucun rythme n'existe s'il ne détermine une mesure dans le temps, c'est-àdire un mètre : les rythmiciens grecs étaient en môme temps des métriciens, au sens général que nous donnons à ce mot. Quant aux grammairiens auxquels on donne le nom de métriciens, l'objet de leurs études n'avait en réalité rien de commun avec la mesure du temps, et ce n'est que par un étrange abus de langage qu'on a pu appeler mètres, c'est-à-dire mesures, certains groupements de syllabes qui n'ont à proprement parler rien de mesuré par eux-mêmes et peuvent s'accommoder de toute espèce d'ordre dans le temps.

Nous voyons dans cette erreur une suite inévitable du divorce qui finit par éclater entre la poésie et la musique ; il arriva un moment où la théorie musicale fut assez développée pour présenter quelque difficulté, et n'être plus accessible qu'à certains hommes, spéciaux que l'on nomma musiciens ou rythmiciens. Ceux-ci, ayant assez à faire de s'occuper de leur art, se désintéressèrent des paroles et laissèrent aux grammairiens le soin de formuler la théorie poétique. Ces derniers, en prenant le nom de métriciens, ont fait considérablement dévier le terme de mètre de son sens étymologique. Ils continuent en effet à nommer mètres, c'est-à-dire mesures, les formes de mots, les combinaisons de syllabes qu'on leur a indiquées comme s'adaptant à des mesures musicales, mais

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