‹ Métrique naturelle du langageChapitre 15 sur 85 · INTRODUCTION XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXI

ils ne savent pas ce que c'est qu'une mesure musicale. Ce qu'ils appellent mesure n'est pour eux qu'un assemblage de syllabes tantôt brèves, tantôt longues ; ils lui donnent ce nom, parce que c'est le terme consacré. Quant aux longues et aux brèves, ils en parlent sans connaître la valeur exacte de ces mots ; on leur dit que la longue vaut généralement deux brèves, et ils le croient, ils le posent en principe, sans songer jamais à une vérification pratique, sans essayer d'exécuter réellement le rythme engendré par ces longues et ces brèves. Quand on vient leur dire que parfois la longue vaut plus ou moins de deux brèves, ils se perdent en conjectures pour expliquer cette anomalie 1 . Mais qu'elle vaille deux brèves,

1 L'erreur des métriciens, la cause irrémédiable de leur aveuglement en matière de métrique, c'est qu'ils veulent absolument voir dans la syllabe une mesure ; l'idée que la syllabe pourrait ne pas être une mesure confond leur imagination par la perspective de les laisser sans aucun principe. C'est par suite de cette illusion que ces grammairiens, simples arrangeurs de syllabes, se crurent autorisés à, prendre le titre de métriciens. Mais leur erreur ne fut pas partagée par tous les auteurs grecs ; les rythmiciens surtout protestèrent ; habitués à la mesure musicale, parlant avec compétence de l'art qu'ils pratiquaient, ils ne pouvaient admettre la confusion grossière commise par les prétendus métriciens. Aristoxène, le plus ancien et le plus illustre d'entre eux, déclare hautement que la syllabe n'est pas une mesure, Psellus nous rapporte ainsi son opinion : « ô te ye 'ApiordÇsvoç offx sort, çTjaf, jiirpov 7) aiAXa6r[. » Un auteur latin, Marius Victorinus, reproduit également, sans citer sa source, l'opinion d'Aristoxène à cet égard : « Quidam autem non pedem metrum esse volunt,sed syllabam, quod » hâc ipsum quoque pedem metiamur et quod finita esse mensura » debeat, pedes autem in versu varientur. Alii rursus nec pedem nec » syllabam metrum putant esse dicendum, sed tempus. » (Voir Westphal, Fragmente und Lehrsâtze der griechischen Rhythmiker, p. 27 et p. 91). Il résulte clairement de cette citation que certains auteurs entendaient par mesure (M£cpov) le pied tel qu'il est dans le vers, oubliant ou ignorant que la durée du pied est variable; d'autres, non moins inhabiles à découvrir la véritable mesure, des rythmiciens surannés, rcaXato! £uOfj.ixo£, comme les appelle Psellus, érigeaient en mesure non le pied mais la syllabe. Croirait-on qu'une opinion surannée pour Psellus est aujourd'hui tellement en vogue qu'il faille pour la combattre tout un déploiement de raisons démonstratives? Comment pourtant ne pas

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