‹ Métrique naturelle du langageChapitre 9 sur 85 · XIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XIV PRÉFACE

besoin de trouver dans un ordre de phénomènes plus intime et plus simple la raison de Tordre plus complexe et plus extérieur, entraînèrent donc l'auteur de cet ouvrage à sortir des recherches musicales pour essayer une théorie philosophique des sensations, comme ils l'avaient poussé d'abord de la philologie vers la musique.

« A ce point de ses réflexions, il voyait donc se développer devant lui trois champs d'études, disons mieux, trois étages distincts, psychologique, musical, philologique. C'étaient trois sciences dont il devait, avant d'entreprendre une construction personnelle, approfondir les principes et s'approprier suffisamment la matière pour acquérir le sens critique correspondant.

« Mais à mesure qu'il devint plus maître de ces sciences, ses idées personnelles sur chacune prirent une telle étendue qu'il se vit en présence non plus d'un seul ouvrage à écrire, mais de trois, dont l'un surtout, qui devait comprendre une théorie de l'harmonie et une théorie de la mélodie et du rythme développées dans un esprit nouveau, occupa une place considérable dans sa pensée. Ce qu'il avait à accomplir, ce n'était plus l'œuvre de quelques années, c'était l'œuvre d'une vie.

« La sienne ne devait pas y suffire. Dès le début de ses recherches, il souffrait de la maladie qui devait l'emporter : mais entraîné par l'enthousiasme de la découverte, il ne prévoyait pas encore que le temps lui manquerait pour donner à ses idées leur plein développement. Les avertissements ne se firent guère attendre, et il comprit la terrible vérité. Sa résolution fut bientôt prise. Il décida que, sans plus attendre, il sauverait ce qu'il pourrait de sa pensée, que pour cela il jetterait dans la première partie d'un seul ouvrage les lois qu'il pressentait en musique et en philosophie, afin d'en faire la base sur laquelle il appuierait la seconde partie, exclusivement philologique.

« Cet ouvrage, il le rédigea en six mois, à une époque où déjà la fièvre ne le quittait plus. L'effort qu'il eut à faire acheva de le briser ; il tomba dans une prostration qui ne lui laissa plus même la force de relire ce qu'il avait écrit. La

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