‹ Métrite et fausses métritesChapitre 1 sur 65 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Cet ouvrage contient une série d’études sur la pathologie de Futérus, les unes anciennes, les autres récentes.

Les premières ont, pour la plupart, marqué une étape intéressante, par leur nouveauté, dans le mouvement gynécologique qui s’est effectué en France depuis une vingtaine d’années ; elles ont été remarquées peut-être moins en raison de leur mérite qu’à cause des vives discussions et des critiques qu’elles ont suscitées. Je pense aussi qu'ayant éveillé la curiosité de mes confrères en gynécologie, elles ont stimulé, par suite, l’activité des recherches analogues.

Ces études se trouvaient éparses, perdues dans des journaux et des bulletins de Sociétés savantes où mon indifférence, une fois la lance rompue, c’est-à-dire après l’effort accompli et Fidée semée, les avait laissées dormir.

Si elles eurent la bonne fortune d’intéresser un jour le public médical, je dois reconnaître qu’elles se trouvent aujourd’hui suffisamment fondues dans le domaine classique pour que leur date et leur origine aient pu devenir négligeables même pour la bibliographie.

11 est donc arrivé ceci que des médecins et des chirurgiens français, non des moindres, ont pu écrire récemment des traités et de compendieux chapitres sur la pathologie utérine, émettre des avis et exprimer des opinions, qu’ils rapportent trop généreusement à des auteurs étrangers.

tandis qu’ils oublient que ces mêmes idées ont été proférées et soutenues en France, il y a plus de quinze ans.

C’est un jeu d’une réelle distraction que de parcourir ces livres d’hier, et d’y relever des oublis sans doute involontaires, et des dénis de propriété, inconscients, j’en suis convaincu.

Il n’y avait qu’une réponse à faire à ces injustes oublis ; publier les documents avec leur date, en laissant au lecteur de l'avenir le soin de rétablir le cuique suum.

Tel est l’un des motifs de la publication de cet ouvrage. Un autre motif est le désir que j’avais, en reproduisant le fruit du travail effectué laborieusement en commun avec mes aides de la première heure, de leur faire attribuer leur part légitime de collaboration ; et enfin, de montrer, en même temps, que ces études consciencieuses n’ont point vieilli. Du moins, en les rééditant, cela ne m’a point semblé.

A quelques points de vue même, on pourrait dire qu’elles sont tout à fait d’actualité, spécialement en ce qui concerné les fausses métrites.

Ceci est un thème vaste, purement médical par la conception comme par la thérapeutique ; par conséquent les médecins purs, qui s’occupent de gynécologie, ne se sont pas fait faute de le développer récemment d’une façon heureuse et utile.

Pour cette étude, comme pour les quelques idées tout à fait personnelles, originales si l’on veut, qui se trouvent disséminées dans les chapitres ayant trait à l’endométrite et à la métrite cervicale surtout, pourquoi en gratifier sans motif la science étrangère ? C’est un mérite qui ne lui appartient pas. Les travaux de Puttnam et de Tussenbroek sont postérieurs aux miens.

La définition scientifique moderne de la métrite et la limitation précise de son domaine, basée sur l’étiologie infectieuse, dérivent de la doctrine pastorienne, de mes recherches sur la puerpéralité aiguë, et sur les infections puerpérales tardives. Par suite de l’établissement de cette base originale, la création du groupe distinct des troubles non inflammatoires et non infectieux de F utérus s’imposait, tel que je Fai établi dès 1886, et développé en détail en 1893, à côté, mais distinct, des troubles infectieux.

Je ne pense pas qu’on trouve ailleurs que dans ces derniers travaux de 1893, la théorie neuro-arthritique de la dysménorrhée membraneuse, que j’assimile aune dermatose exfoliante, à l’entérite, à la colpite desquamatives et que je raye du cadre des vraies métrites, conception que la plupart de mes élèves ont adoptée.

Dans l’étude microscopique et dans la discussion des processus relatifs a Fectropion cervical, à l’érosion secondaire et à leur cicatrisation, spécialement dans la marche des phénomènes d’épidermisation ; dans la pathogénie des kystes et des scléroses du col ; dans l’analyse des symptômes et des complications qui succèdent aux atrésies spasmodiques congestives ou mécaniques du cervix utérin, c’est-à-dire dans la filiation des phénomènes qui ramènent les paroxysmes de la métrite, à savoir la réinfection aiguë du corps et des annexes, beaucoup semblent voir une doctrine vaguement conçue à l’étranger, tandis que ces données sont bien françaises et nous appartiennent.

Qu’on lise ce qui existait en 1887 et 1888 dans la littérature française sur ces questions ; qu’on parcoure aussi les meilleurs livres étrangers de cette même époque ; qu’on les

compare avec les mémoires que j’ai écrits en 1888, sur l’anatomie normale et pathologique du col utérin, la discussion et la critique des doctrines alors toutes nouvelles de Iluge et des opinions adverses de Fishel, et l’on appréciera exactement la nouveauté de ces recherches sur la cervicite publiées un an avant les leçons de Cornil sur l’anatomie pathologique complète des métrites. Quant k leur portée clinique, elle apparaît clairement dans mes écrits de la même époque et de l’année suivante.

J'en dirai autant de la thérapeutique intra-utérine, limitée au seul curettage, enl884. Nousl’avons retrouvée a l’étranger, à l’état brut en quelque sorte et telle que notre Récamier l’avait conçue dans son opération élémentaire et unique ; et nous en avons fait, en France, dès la première heure, une méthode sériée où se trouvent groupés et condensés systématiquement tous les procédés d’asepsie et d’antisepsie, de dilatation, de tamponnement, de médications topiques, dans des conditions telles que les applications en sont devenues très nombreuses et tout k fait sûres, pendant que la technique perfectionnée au maximum résistait aux critiques renouvelées du passé et à celles du présent.

Pour bien marquer l’esprit général et la succession des idées, dans un ensemble d’études desquelles on a déduit k tort une tendance excessive k la thérapeutique opératoire, il me suffira de faire remarquer les termes dans lesquels j’ai prévu et combattu les abus de la curette, précisément en montrant le rôle autrement important de la métrite du col, et l’inanité du curettage contre les processus cervicaux .

Vaut-il bien la peine d’affirmer une priorité certainement incontestable pour le procédé de l’abrasion sanglante de la

muqueuse cervicale, sans sutures, publié en janvier 1891, mais exécuté bien auparavant? (voy. p. 297) ou pour l’ourlage au catgut des surfaces cruentées dans la discision sanglante du col, ou pour linvention de tel ou tel instrument qui m’a paru meilleur que ses devanciers ? Je ne sens aucune préoccupation ambitieuse à cet égard.

Et si j'ai pu éprouver une certaine joie à tirer de mes observations quelques idées neuves qu’il m’a paru bon de propager, ma satisfaction dépend bien moins de la valeur de ces idées que de l’espoir qu’elles pourront en susciter de meilleures à ceux qui les liront pour la première fois dans ce livre.

Paris, le 15 mars 1902.

MÉTRITE

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