SON TRAITEMENT
Plusieurs circonstances me déterminent à exposer brièvement dès aujourd’hui ma méthode de traitement de l’endométrite chronique et les principes sur lesquels elle est basée.
La raison majeure est la notoriété de plus en plus grande que des méthodes analogues ont acquise depuis deux ans surtout et leur consécration presque unanime par l’excellence des résultats. Les journaux et les sociétés savantes de l’étranger nous font journellement connaître la vogue de plus en plus croissante de la thérapeutique intra-utérine. Des noms nouveaux viennent s’ajouter constamment à la liste des nombreux gynécologues qui ne craignent pas d’attaquer le mal par des moyens directs, en opposition avec les méthodes hésitantes préconisées par certains médecins trop timides.
Il me paraît nécessaire de rappeler, en commençant, que la véritable thérapeutique intra-utérine a débuté en France, et qu’elle
(l) Mémoire déposé au mois de juin 1886, à la Société Obstétricale et Gynécologique de Paris.
La donnée de ce mémoire est trop vaste pour que je prétende lui donner, dès aujourd’hui, une forme définitive. Je me contenterai donc d’un exposé concis de quelques points spéciaux de mes études que je me propose de compléter dans un avenir prochain.
est dérivée de l’emploi de la curette de Récamier. Ce procédé est la base de toutes les méthodes chirurgicales du même ordre.
J’y ajouterai, en second lieu, l’usage de \di sonde utérine comme moyen d’exploration et de diagnostic, introduit par Huguier dans la gynécologie courante.
En troisième lieu, se placent les injections médicamenteuses dans la cavité utérine défendues surtout par mon maître Gallard.
On retrouve déjà, dans ces trois élémQni^, curette ^hystéromètre^ injections liquides base fondamentale de tous les procédés de thérapeutique intra-utérine.
Il faut cependant citer un quatrième élément complémentaire: la dilatation utérine.
Or, c’est aussi le fondement de la méthode que je désire faire connaître et dont je vais faire rapidement l’historique et la description.
En 1880 et 1881 j’ai eu l’occasion à la fois rare et avantageuse de traiter, dans une station balnéaire très conseillée pour les maladies des femmes, plusieurs centaines de cas, sinon identi- -ques, liés du moins par un fonds commun et constant: V endométrite chronique. C’était à proprement parler, pour la plupart, le rebut des cabinets de consultation de gynécologues réputés. Catarrhes incurables, écueil de toutes les thérapeutiques employées jusque-là, et preuves vivantes de leur impuissance ; métrites ulcéreuses, hémorrhagiques, fongueuses ; périmétrites ; névropathies tenaces entées sur ce terrain pathologique varié, etc., tel était le lot qui m’échut tout au début de ma carrière gynécologique. Les propriétés altérantes ou perturbatrices des eaux minérales, jointes aux conditions cosmiques, ne m’ont jamais paru exercer qu’une influence très indirecte sur l’état pathologique des organes génitaux, bien qu’elles puissent modifier avantageusement quelques symptômes importants. Nombre de ces malades étant confiées à mes soins ad libitum^ j’ai pu concurremment essayer et comparer toute la série des procédés classiques en pareille matière.
- Les injections intra-utérines, les pinceaux chargés de substances médicamenteuses, les crayons pâteux ou solides, les cautérisations diverses avec des caustiques solides ou liquides, etc., m’ont à la vérité donné çà et là quelques succès, mais le grand
nombre échappait à leur action. J’ai pu meme, malgré toutes les précautions imaginables, observer des accidents à la suite de semblables traitements. Ces accidents se rencontrent encore assez fréquemment dans la pratique de beaucoup de médecins, et l’on comprend qu’ils les rendent fort circonspects en matière de thérapeutique intra-utérine.
Souvent la difficulté de pénétrer dans l’utérus est un obstacle à toute action locale, qu’il s’agisse d’atrésies matérielles, de spasmes douloureux ou de déviations de l’organe.
Le premier point qui fixa mon attention fut cette difficulté même, et cela me conduisit à tenter la dilatation du col comme préliminaire de toute méthode.
J’ai pu me convaincre dès cette époque, où il était très peu question ^'antisepsie et ù.' antiseptiques qh gynécologie proprement dite, que la dilatation large de la matrice était un élément de succès puissant et la meilleure garantie contre les accidents consécutifs du traitement intra-utérin. Une fois obtenue, outre que beaucoup de symptômes disparaissaient déjà de ce seul fait, j’avais le champ libre pour toute sorte d’interventions sur la muqueuse utérine malade, et je pus ainsi successivement arriver de l’emploi du pinceau chargé de topiques variés, à l’emploi de la curette, que je remplaçai vite par Yécouvillon que je décrirai tout à l’heure. Depuis cette époque, j’ai étendu et agrandi ma pratique dans le sens de faction directe sur la muqueuse utérine et dernièrement j’ai exposé ici les résultats que m’ont donnés les mêmes procédés appliqués à la métrite septique post-puerpérale et à l’endométrite résultant de la rétention partielle du placenta abortif ou des membranes altérées.
Avant de revenir au procédé lui-même, j’essaierai de synthétiser mes vues sur la métrite chronique. Ces vues ne me sont pas absolument personnelles, car on les retrouve plus ou moins affir^ mées dans quelques livres classiques.