‹ Métrite et fausses métritesChapitre 19 sur 65 · APERÇU HISTORIQUE · texte numérisé non relu

APERÇU HISTORIQUE

Avant Récamier, les inflammations du col de l’utérus étaient pour ainsi dire méconnues. On englobait, dans les mêmes descriptions, les lésions inflammatoires du col et celles du corps ; aussi nous semble-t-il inutile de remonter au-delà de cette période dans notre exposé historique des diverses théories émises sur ce sujet.

On peut dire que la description des affections cervicales de Tutérus ne date que de l’époque de l’emploi courant du spéculum. Dans l’engouement des premières années, pour l’usage de cet instrument, on n’utilisa que lui comme moyen d’exploration, aussi décrivit-on de nombreuses variétés de lésions inflammatoires du col dont on fit autant d’entités morbides.

Les classifications arbitraires et basées si diversement furent un des premiers sujets de discussion.

C’est ainsi que Récamier, Lisfranc, Duparcque, Marjolin ont décrit des érosions du col, des ulcérations simples, fongueuses, papillaires ou granuleuses, toutes maladies différentes ayant leur symptomatologie et leur étiologie spéciales.

Ces ulcérations, ces érosions devinrent le fait dominant de la pathologie utérine, le point de départ, c’est-à-dire la lésion initiale, de toutes les métritesdu corps et du col, la cause de la leucorrhée et de l’hémorrhagie, et vers elles seules devait se diriger le traitement : en guérissant V ulcération, on guérissait le catarrhe. Et si, ultérieurement, on constatait d’autres symptômes : acné, kystes, végétations, polypes, etc... à la surface du museau de tanche, on croyait avoir affaire à une maladie différente dont on

ne saisissait aucunement la relation avec raffection précédente. De l’anatomie pathologique, on n’en parlait pas.

Un peu plus tard, une réaction s’opère. Mme Boivin, Velpeau, Gibert (1), puis Bennett (2), Gosselin (3j, etc., prétendent au contraire que lulcération du col n’est pas une entité morbide, qu’elle n’est qu’un processus accompagnant toujours une inflammation interne.

Nous voyons naître, avec ces auteurs, une conception plus large et plus juste de l’inflammation du col utérin. Il est à croire que les échecs thérapeutiques répétés ont dû puissamment aider à cette réaction. On comprend, en eflet, qu’après avoir vu des ulcérations de la muqueuse externe du col guérir aisément et la maladie persister néanmoins, puis de nouvelles ulcérations apparaître et disparaître avec la même facilité... ; tandis que, à l'intérieur, la muqueuse se laissait deviner, sinon voir, encore malade, tuméfiée, rouge, fongueuse, les gynécologuesde l’époque ne pouvaient plus accepter les données traditionnelles.

La doctrine des inflammations du col changeait d’aspect, mais en s'élargissant, elle n’en conservait pas moins à l’ulcération, ou à la prétendue ulcération, un rôle prédominant, tant au point de vue anatomo-pathologique qu’au point de vue clinique.

C’est à ce meme point de vue que nous allons maintenant poursuivre l’étude des processus pathologiques de la muqueuse, en concentrant surtout notre attention, nos critiques et nos recherches sur le phénomène pathologique de V ulcération.

Nous pouvons distinguer historiquement à.QW's. périodes successives .

a) Dans la première période, nous verrons la nomenclature et les dénominations diverses dépendre toutes des caractères extérieurs de la lésion, caractères constatés à l’aide de la vue ou du toucher ; nous pouvons même ajouter, à l’aide des premières recherches microscopiques.

(1) Gibert. Ulcérations du col de la matrice, abus du spéculum dans lé traitement de cette maladie. Revue médicale de Paris, 1837, T. IV, p. 32U

(2) Bennet. Traité pratique de l'injl animation et de lulcération du col de l'utérus traduit par xVran, Paris, 1850.

(3) Gosselin. De la valeur symptomatique des ulcérations du col utérin Ardu gén. de méd., T. II, p. 128, Paris, 1843.

Le progrès que l’on aurait pu attendre de ce genre d’investigations ne fut pas aussi satisfaisant qu’il aurait pu l’être. La raison en est dans ce fait que les anatomistes firent porter exclusivement leurs études sur des pièces recueillies aux autopsies, dont la plupart des caractères pouvaient être, à tort ou à raison, attribués à des altérations cadavériques. En sorte que, par un hasard assez singulier, un certain nombre de faits vrais restèrent dans l’ombre, pendant que quelques erreurs prirent naissance, la plupart desquelles semblaient confirmer les doctrines appuyées jusqu’alors sur les données microscopiques.

Ainsi, tandis que l’ectropion était impossible à découvrir après la mort, la macération de la muqueuse cervico-vaginale permettait, par contre, de saisir sur le fait une sorte d’érosion papillaire due, non pas à la destruction inflammatoire de la couche cornée de l’épithélium, mais à la destruction cadavérique de cette même couche .

b) Dans la seconde période,- nous verrons naître, avec le traitement chirurgical, des notions précises sur les lésions histologiques révélées par l’examen des pièces fraîches excisées sur la femme vivante.

Cette seconde période marque son début par une importante constatation clinique, qui est le complément des idées acceptées généralement alors, à savoir que : dans fulcération, l’apparition de la muqueuse intra-cervicale à l’extérieur, autrement dit Vectropion^ a une part importante (Mayer et Scanzoni).

En même temps, vient la donnée nouvelle de l’influence du traumatisme de l’accouchement qui a pour conséquence, en déchirant latéralement le col, d’agrandir son orifice externe et de rendre plus ou moins indépendantes ses deux lèvres, ce qui facilite leur renversementj éversion et, du même coup, l’apparition à l’extérieur de la muqueuse intra-cervicale.

La doctrine de Vectropion se combine donc ici à celle àeVéver sioîî causée elle-même par la déchirure. C’était au tour des histolégistes de rechercher le départ exact des lésions, de fixer le siège du processus dit ulcératif ou érosif sur l’une ou l’autre muqueuse (muqueuse intra-cervicale., vaginale du co/ ou muqueuse

cervico-vaginale)^ ei de montrer enfin la série des lésions secondaires capables de se greffer sur le processus primitif.

Ces diverses tentatives, aussi bien que la transformation de la thérapeutique des lésions du col ont lieu exclusivement en Allemagne.

Emmet, en Amérique, étend etcomplètela donnée de l’influence du traumatisme.

Les opinions des histologistes ne sont pas absolument concordantes, et nous aurons besoin pour asseoir solidement notre propre description de les exposer avec détails.

c] — Enfin, poui* compléter cette étude historique, nous citerons les quelques auteurs qui, en France, ont accepté ou tenté de contrôler les doctrines courantes en Allemagne.

Nos propres recherches viendront naturellement à la suite de cet exposé.

Exposé succinct des recherches anatomiques sur les inflammations

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