INFLAMMATION AIGUE ET CHRONIQUE DU COL UTÉRIN
On peut, sans grand préjudice, dans Tétât actuel de la science, exclure deThistoire de l’inflammation du col, l’étude des lésions de la muqueuse externe, ou cervico-vaginale. Celles-ci sont en quelque sorte dépendantes de l’inflammation du vagin.
Restent alors :
1° l’inflammation de la muqueuse intra-cervicale ou endométrite cervicale.
2° l’inflammation du stroma musculaire (myométrite cervicale)»
ËNDOMÉTRITE CERVICALE. — ËNDOCERVlClTE (Ij.
L’inflammation de Tendométrium cervical, endométrite cervî^ cale^ pourrait être divisée très diversement, suivant la base adoptée pour une classification, soit sur l’élément étiologique, soit sur l’élément anatomique.
En nous fondant sur ce dernier, nous observons que l’endométrite peut :
1° affecter le parenchyme exclusivement, épithélium et glandes (endocervicite catarrhale ou épithéliale, parenchymateuse, glandulaire) ;
2° qu’elle peut pénétrer simultanément ou successivement dans le tissu sous-épithélial, dans le derme, s’emparant ainsi de tous les autres éléments de la muqueuse, tels que les parois glandulaires, le tissu conjonctif et élastique, les vaisseaux, etc. L’endocervicite deviendrait alors totale, c’est-à-dire épithéliale et
(1) J’adopte le terme ei^endocervicite^ plus bref et plus expressif.
dermique, parenchymateuse et interstitielle, à lafois, comprenant, de la sorte, toute l’épaisseur du revêtement interne du col.
C’est ainsi, en réalité, que les lésions s’offrent à l’observation, car la lésion épithéliale isolée passe généralement inaperçue.
Dans CQiQvmQ di'endocervicile^ nous englobons par conséquent le processus pathologique double, intéressant l’épithélium et le derme .
Mais il importe pour le moment de le dissocier.
Début. — Marche. — L’inflammation débute dans la muqueuse.
Elle est récente ou ancienne.
a). — Récente, elle se caractérise par le gonflement des épithéliums, la tuméfaction du derme muqueux, l’hypertrophie des glandes et une hypersécrétion typique. C’est le catarrhe.
Le processus reste d’abord intra-cervical et ne se révèle par aucun autre phénomène objectif, que l’écoulement exagéré de mucus.
Un peu plus tard, la muqueuse hyperplasiée, dont la couche dermique est infiltrée et ramollie, se trouve trop à l’étroit dans la cavité du col ; elle glisse vers l’orifice externe, fait hernie à travers celui-ci et donne lieu à cet état qu’on a désigné sous le nom ééectropion, pris à tort pour une érosion ou une ulcération.
La lésion est alors devenue mixte, c’est-à-dire intra et exlra^ cervicale tout à la fois ; intra-cervicale, elle l’était, puisque l’épithélium cylindrique, très vulnérable, était le premier altéré ; extracervicale, elle le sera lorsque la muqueuse herniée viendra apparaître à l'extérieur et faire hernie en ectropion.
Le clinicien peut alors juger aisément de ses caractères physiques. Nous ne nous arrêterons pas à énumérer les diverses formes anciennement établies.
Tant que l’endométrite cervicale est caractérisée par un processus cantonné dans le parenchyme, épithélium et glandes {endométrite parenchymateuse], et que le symptôme fonctionnel de l’hypersécrétion glandulaire prédomine sur l’hyperplasie des éléments dermiques de la muqueuse, il est admis que les moyens thérapeutiques les plus simples peuvent venir à bout de l’affec-
tion. Si même il reste des gonflements kystiques des follicules, par excès de sécrétion, avec oblitération partielle et passagère des conduits, le dégorgement de ceux-ci finit par s'effectuer librement en général ; et, avec la régression de l’inflammation, cesse le développement kystique.
VoiLàpour les processus inflammatoires récents ou d’intensité modérée.
Mais la thérapeutique, comme nous le montrerons par la suite, devient plus compliquée dans les formes suivantes :
b) . — Lorsque, plus ancien ou plus actif dans sa marche, le processus envahit les éléments conjonctifs jeunes ou adultes qui constituent le chorion muqueux, et, en même temps, lorsqu’il pénètre la paroi des glandes et des vaisseaux, le gonflement hypertrophique de la muqueuse prend une forme végétante. Celle-ci varie d’aspect et de nom ; mais, dans cette forme [endocervicite totale dermique]^ les culs-de-sac glandulaires ne tardent pas à être le siège de développements kystiques volumineux, par rétention prolongée. On voit alors certains de ces culsde-sac faire une forte saillie à l’extérieur et donner à la surface malade un aspect mamelonné, tandis que certains autres pénètrent plus ou moins le stroma musculaire qui participe, dans une certaine mesure, à letat morbide.
Nous avons la certitude que la lésion, dans toutes les formes d’endométrite chronique du col, est surtout une lésion glandulaire.
c) . — L’endocervicite, arrivée à la période d'état^ c’est-à-dire à l’envahissement de tous les éléments de la muqueuse, peut affecter une allure insidieuse : les processus dermiques profonds persistent, tout en ayant l’air de sommeiller ; l’épithélium sécrétant de l’ectropion disparaît pour faire place à un épithélium de cicatrice ; l’aspect primitif de la lésion extérieure est dénaturé. La maladie a cédé en apparence, soit spontanément, soit par l’effet d’un traitement superficiel. De mixte quelle était, c’est-à-dire intra et extra-cervicale à la fois, l’endométrite est redevenue inlra-cervi^ calCj parce que la lésion extérieure (pseudo-érosion coexistante, ectropion) a été recouverte, cicatrisée en quelque sorte, par l’ex-
IG
tension de dehors en dedans du processus réparateur parti de la muqueuse cervico-vaginale (épidermisation de l’ectropion).
Mais il n’en résulte pas que la maladie soit détruite.
En effet, le vernis épithélial épais, qui s'est étendu sur l’ectropion et le recouvre, masque et emprisonne les lésions intra-glandulaires et extra-glandulaires ; celles-ci continuent à progresser sous un tissu sain en apparence.
De là, formation de ces kystes volumineux et profonds, pénétrant le tissu musculaire, atteignant le volume d’un pois et même d’une noisette, faisant saillie sous l’épithélium d’aspect normal et donnant au col des proportions exagérées. La profondeur et la persistance des lésions, de même que les symptômes pénibles qui en résultent, font de cette forme une maladie pire que la première.
d). — Cette réparation cicatricielle peut être plus passagère et plus incomplète encore.
On trouve bien alors, à la surface de l’ectropion primitif, un épithélium pavimenteux, mais en couches faibles et irrégulières, sans néo-papilles et différant de l’épithélium cicatriciel hyperplasique de la variété précédente.
Des érosions ou ectroipions secondaires sont (comme nous l’avons dit ailleurs) la conséquence de cet état qui prédispose fortement aux néoplasies ultérieures, kystiques, polypeuses, etc. On peut observer, dans ce cas, du fait de la laxité des tissus et de la faiblesse du revêtement épithélial de l’ectropion, la production de polypes vasculaires, glandulaires ou mixtes, quelquefois même caséeux ou sébacés. Ces polypes procèdent, presque toujours, de la limite des muqueuses intra-cervicale et cervico-vaginale, souvent de la muqueuse intra-cervicale seule.
Pour résumer ce rapide exposé de l’inflammation, nous pouvons donc admettre quatre formes apparentes de l’endométrite cervicale :
1° La forme catarrhale épithéliale (ectropion vulgaire, d’aspect lisse).
2° La forme bourgeonnante, totale, multifolliculaire.
3® La forme cicatricielle avec productions kystiques, profondes, isolées.
4® La forme cicatricielle imparfaite et récidivante avec produc tions polypeuses et kystiques saillantes.
On peut, dès à présent, tirer de cet aperçu, sur la pathologie de l’endométrite, les conclusions thérapeutiques suivantes :
1® Dans l’endométrite catarrhale^ la lésion est superficielle et cédera à un traitement superficiel, c’est-à-dire à une détersion antiseptique de la muqueuse malade ; injections chaudes antiseptiques, topiques intra-cervicaux, précédés ou non de la dilatation. Ici, nettoyer d est guérir.
2® La deuxième forme, dermique., dans laquelle les lésions sont déjà plus profondes, est justiciable d’une thérapeutique analogue, mais plus active, agissant plus profondément.
3° Dans les troisième et quatrième formes, le traitement superficiel ne peut atteindre les lésions trop profondes et échoue fatalement. Il faut recourir alors à l’ablation de la partie malade, et nous verrons plus loin quels procédés opératoires ont été mis en œuvre dans ce but.
MYOMÉTRITE CERVICALE. — MYO-CERVICITE.
Sous la muqueuse enflammée, que devient le tissu musculaire ?
Nous nous arrêterons seulement aux modifications plastiques dépendantes de l’inflammation du stroma (1),
a) On trouve, dans les formes récentes, une hypertrophie appa rente en ce que le cylindre cervical emboîté par le spéculum, au
(1) Cette lésion est encore appelée métrite interstitielle, méso-métrite, cervicite interstitielle chronique, scléreuse, plastique, glandulo-kystique allongement hypertrophique, atrophique.
fond du vagin, offre une large surface découverte à l’œil ; il ne s’agit pas là d’une augmentation réelle du volume du col, mais d’un écartement des lèvres peu ou poinl épaissies. Ce phénomène est du à plusieurs causes : d’abord à l'affaiblissement paralytique des fibres musculaires sphinctériennes, sous-jacentes à la muqueuse enflammée ; — ensuite à une déformation naturelle qui n’est qu’un retour à la forme primitive : chez le nouveau-né, en effet, la disposition des tissus est telle que l’écartement des lèvres, dù à la prédominance de volume de la muqueuse, existe normalement ; — enfin, à la hernie de fendométrium gonflé, tuméfié, qui est poussé énergiquement au dehors, par un effort excentrique écartant les deux lèvres.
Tel est, nous semble-t-il, le mécanisme des pseudo-hypertrophies qui, en réalité, sont dues surtout à l’éversion.
b] Il existe une hypertrophie réelle qui s’observe à une période plus avancée de l’endométrite. Celle-ci, nous l’avons vu, étant surtout glandulaire, son processus est caractérisé tout d'abord par l’hypersécrétion. Le libre écoulement du mucus hypersécrété trouvant un obstacle dans la compression réciproque des glandes hypertrophiées, ou dans l’obturation de leur orifice par les cellules épithéliales gonflées, la sécrétion s’accumule dans les cavités glandulaires et forme autant de petits kystes. Ceux-ci se développent dans tous les sens, non seulement vers la surface libre de la muqueuse, mais aussi en profondeur, vers la couche musculaire dont ils écartent et pénètrent les éléments. Cette pénétration doit être facilitée, du reste, par la paralysie et le ramollissement inflammatoire de la portion sous-muqueuse du stroma musculaire .
De plus, ce travail inflammatoire dont le siège primitif est dans les glandes, cette folliculite^ s’accompagne d’une prolifération anormale des éléments conjonctifs qui composent les parois des glandes, celles des vaisseaux et des cloisons intermusculaires qui, bien que dans une faible proportion, participent néanmoins à l’augmentation du volume du col : périfolliculite.
Ainsi, deux éléments constituent l’hypertrophie réelle du col enflammé : la folliculite kystique ayant dépassé les limites du derme muqueux, et un premier stade de sclérose péri-folliculaire.
péri-vasculaire et inter-fasciculaire, qui s’accentue surtout dans certaines conditions de dégénérescence, comme chez les vieilles filles, les vieilles femmes, les veuves, etc.
On pourrait y ajouter un troisième facteur inconstant dont nous n’avons pas à nous occuper ici : nous voulons parler de la congestion sanguine passive, des troubles circulatoires résultant du prolapsus, qui complique si souvent l’inflammation chronique du col.
Ces hypertrophies ne dépassent jamais un degré moyen. Le fait qu’elles sont le plus souvent associées à des troubles de statique, a fait poser en principe l’ablation du col comme traitement du prolapsus et de certaines déviations.
c) On observe aussi des hypertrophies spéciales, excessives.^ plus rares que la variété précédente, qui semblent moins indirectement alliées aux déplacements, et en paraissent parfois tout à fait indépendantes. Huguier, le premier, en 1859, les a isolées au milieu de la pathologie confuse du col, en a décrit quelques aspects et a préconisé l’amputation comme moyen unique de traitement. Mais c’est un peu trop au détriment des déviations combinées à la cervicite proprement dite qu’il a créé cette entité dont tous les auteurs ont, après lui, reproduit la description et qui porte encore la dénomination de maladie de Huguier.
Or, entre la variété précédente et celle-ci, il n’y a pour nous qu’une question de degré. Ici, c’est le degré extrême et il faut remarquer que c’est la zone sus-vaginale qui est le plus souvent affectée.
L’étiologie de l'hypertrophie du col est obscure et la lésion est souvent disproportionnée avec la banalité des causes invoquées parles auteurs: accouchements laborieux, multiparité (Huguier) ; prolapsus du vagin (Gruveilhier, Siredey, Schrœder).
C’est dans ces cas que doit intervenir l’influence de la prédis^ position individuelle, des diathèses, de la syphilis notamment.
Suffisent-elles seules à produire la maladie? nous ne le croyons pas. Il y faut encore le stimulant d’un élément inflammatoire qui localise la diathèse, et certaines conditions mécaniques étudiées par nous, ailleurs.
Le contrôle histologique démontre qu’il s’agit, dans l’allonge-
ment sus-vaginal du col, d’un processus de sclérose débutantpar une phase hypertrophique et aboutissant à l’atrophie.
Le processus commence par les réseaux vasculaires et les troncs qui circonscrivent l’isthme ; il porte sur la gaine et la paroi des vaisseaux.
Au début, il y a véritablement hypertrophie par augmentation numérique des éléments conjonctifs, avec conservation de la fibre musculaire intacte. A mesure que la lésion progresse, que le tissu conjonctif devient adulte et se diffuse, il étouffe les éléments nobles de l’organe et se substitue à eux. Les fibres musculaires diminuent de dimension et de nombre, les parois des vaisseaux deviennent plus épaisses, leur lumière plus étroite. L’aboutissant final de ce travail est l'atrophie du col.
C’est généralement à une période assez avancée de la vie, sur des cols autrefois gros, que se rencontre cette variété morbide.
L’hypertrophie envahit tout le col ou une partie seulement :
Dans le premier cas [hypertrophie totale)^ le segment cervical est régulièrement cylindrique, allongé, terminé par une surface presque plane ou conique, avec un orifice ordinairement rétréci et à bords rigides ; il mesure 5, 8, 10 centimètres ; il peut venir affleurer la vulve ou la dépasser ; la consistance en est dure, surtout s’il s’agit de la syphilis.
Dans d’autres cas, l’hypertrophie persiste dans son siège véri^ table, le museau de tanche, région des glandes kystiques, et l’atrophie siège à l’isthme ; les deux lésions se combinent et on est alors en présence de ces cols allongés, terminés en forme de champignon, de battant de cloche, suspendus à une portion allongée et atrophiée qui sert en quelque sorte de pédicule à la partie terminale (hypertrophie sus-vaginale).
Parfois encore l’atrophie se diffuse davantage, envahit une lèvre, l’autre restant hypertrophiée : il en résulte une asymétrie qui explique toutes les variétés de formes qu’on a signalées.
L’hypertrophie, par elle-même, requiert l’amputation. Quelle que soit sa pathogénie, elle ne régresse pas ; un seul de ses éléments, la congestion, est susceptible de variation et n’est que d’une importance secondaire ; les autres sont progressifs et les
symptômes qu’ils déterminent ne peuvent disparaître que par l’ablation du col malade.
Nous verrons plus loin quels procédés opératoires conviennent à chacune de ces formes.
TRAUMATISMES DU COL
L’inflammation est rarement isolée. La métrite étant surtout le fait des femmes qui ont accouché, on la rencontre le plus souvent associée au traumatisme. Celui-ci est en outre la condition la plus certaine et la plus fréquente des déformations qui caractérisent la métrite cervicale.
Le traumatisme se résume dans la déchirure latérale du coî^ qui existe d’un seul ou des deux côtés.
Rarement elle est antérieure ou postérieure. Par l’examen au spéculum, ou mieux par le toucher, on peut se rendre compte des divers degrés auxquels peut atteindre la déchirure latérale.
A un premier degré^ elle constitue l’encoche classique, généralement bilatérale, n’intéressant que l’extrémité du museau de tanche et le déformant à peine.
A un deuxième degré ^ la déchirure intéresse toute la hauteur de la portion vaginale du col et remonte jusqu’au cul-de-sac vaginal.
A un troisième degré enfin, bien qu’en apparence et à la vue, elle ne dépasse pas les culs-de-sac vaginaux, la déchirure remonte plus haut, comprenant une partie ou même la totalité de la portion sus-vaginale du col. Le toucher donne alors la sensation de l’induration cicatricielle qui s’étend plus ou moins audessus et en dehors de l’insertion cervicale du vagin. Il n’est pas
rare, dans ces cas, de voir la lésion se continuer avec une traînée de paramétrite occupant la base du ligament large correspondant. On n’acquiert la preuve de l’étendue en hauteur de la déchirure, que par le toucher intra utérin, après large dilatation préalable.
Dans ses deux derniers degrés, la déchirure peut être bilatérale, mais elle n’affecte ordinairement qu’un seul côté, et le gauche de préférence.
Rarement, comme nous l’avons dit, la déchirure siège en dehors des commissures; c’est là, en effet, le point faible de l’anneau musculaire cervical et c’est lui qui cède. Si parfois la solution de continuité semble intéresser l’une ou l’autre lèvre, cette apparence n’est due souvent qu’à uîie sorte de torsion de l'utérus sur son axe, qui ramène l’une des commissures latérales divisées en avant ou en arrière. En. rectifiant la position de l’organe, on peut se rendre compte du siège exact de la lésion.
Ajoutons cependant que, s’il est exceptionnel de rencontrer la déchirure sur la lèvre postérieure, elle existe moins rarement en avant; dans tous les cas elle est peu profonde.
La pathogénie de ces traumatismes est connue : quelquefois d’origine chirurgicale (discision, section médiane ou latérale du col, etc.), ils sont presque toujours d’origine obstétricale. Ils sont dus à l’effraction produite par le passage de l’enfant, que l’accouchement soit naturel ou artificiel.
Les conditions anormales de faccouchement sont de nature à augmenter l’importance du traumatisme qui, dans les cas ordinaires, reste modéré.
La réparation peut se faire suivant trois modalités différentes :
1° Dans un milieu parfaitement aseptique et maintenu tel, les lèvres delà déchirure, surtout quand celle-ci est peu étendue, se réunissent par première intention ; il ne reste de la lésion d’autre trace qu’une encoche peu profonde, unilatérale ou bilatérale, suivant que la lacération était primitivement simple ou double.
Dans une deuxième éventualité, soit que le traumatisme ait une étendue anormale, soit que quelque cause mécanique s’oppose à la juxtaposition exacte des surfaces déchirées, la réparation isolée de ces surfaces s’ensuit nécessairement. Si, comme
dans le cas précédent, la lésion est protégée contre toute influence septique, on verra se produire lentement, mais aseptiquement et sans complication inflammatoire, la cicatrisation de chaque lèvre isolée de la déchirure, par épidermisation des surfaces cruentées; cette épidermisation procédant, comme toujours, de l’extérieur vers l’intérieur, par extension de l’épithélium pavimenteux qui revêt la muqueuse cervico-vaginale.
Dans une troisième alternative enfin, c’est-à-dire avec un milieu septique, quelque atténuée que soit la septicité, que la déchirure soit modérée ou étendue, non seulement la réunion spontanée ne s’effectue pas, mais même la réparation isolée des surfaces cruentées, par l’épidermisation rapide, est impossible ; l’inflammation, engendrée par les conditions mauvaises du milieu, va créer du côté delà muqueuse intra-cervicale, le processus de l’endométrite et, sur les surfaces divisées, le processus de réparation secondaire par voie de bourgeonnement avec suppuration.
La conséquence de ces modes vicieux de réparation est représentée par ces formes excessives de l’ectropion et de l’éversion, dans lesquelles la muqueuse intra-cervicale déborde de toutes parts et vient simuler le champignon fongueux classique, le col en rebord de pot de chambre, ou en lèvre de nègre.
Ce n’est pas tout. La transformation du tissu inodulaire en tissu fibreux constitue, à l’angle même de la lacération, une cicatrice vicieuse, d’abord plastique et épaisse, puis mince, linéaire ou étoilée, fibreuse, rétractile et douloureuse. Celle-ci englobe, dans son processus, muqueuse, musculeuse, vaisseaux, paramétrium, vagin et nerfs péricervicaux ; ce dernier élément explique les phénomènes douloureux locaux et réflexes si souvent observés (1).
C’est au point d’écartement des deux lèvres, que ce tissu de cicatrice est sensible et apparaît sous forme de petits nodules d’apparence fibroïde, durs, arrondis ou lobés, véritables clous fibreux^ implantés dans le stroma musculaire sain ; parfois véritables noyaux d’induration scléreux, épais, s’éloignant du foyer cicatriciel primitif et s’étendant au loin dans l’épaisseur du muscle utérin.
(1) Garrigues, de New- York. {ArcJi. of. méd., vol. YI, oct. 1881 a fait, de cette lésion, une étude histologique très complète.
Il peut se former, par la suite, des kystes très douloureux par emprisonnement des glandes dans la cicatrice.
On sait quelle importance a donnée à ce processus le docteur Emmet, et avec lui les auteurs américains.
Des troubles nombreux physiques et fonctionnels, locaux et éloignés et même psychiques, semblent sous la dépendance de l’irritation produite par le clou cicatriciel. Celui-ci devient un centre d’irritation réflexe alimentée par le tiraillement qui s’exerce nécessairement à l’union des lèvres du coi anormalement séparées.
On connaît le rôle primordial qu’Emmet fait jouer à la lacération, dans la production de l’ectropion de la muqueuse et surtout de la métrite du col. Pour lui, la muqueuse intra-cervicale mise à nu et étalée par l’écartement des lèvres après la déchirure, est soumise à de nombreuses causes d’irritation ; la muqueuse se tuméfie et les glandes sécrètent en excès. Selon cette doctrine, on le voit, l’endométrite est secondaire et dépend de la lacération persistante: d’où nécessité de réparer la déchirure pour prévenir ou guérir l’inflammation.
Cette théorie, malgré les réels progrès qu’elle a fait faire à la thérapeutique du col, est sujette à révision.
Contre elle nous rappelons les cas où la trachélorraphie bien faite et réparant la déchirure, échoue contre l’endométrite qui persiste. Nous objectons aussi notre expérience des cas où la discision du col, pratiquée aseptiquement, n’a jamais déterminé l’ectropion, les lèvres, quoique séparées l’une de l’autre, restant presque en contact.
Nous nous sommes expliqué sur l’évolution simultanée de la déformation et de l’inflammation.
L’inflammation est contemporaine du traumatisme, c’est-à-dire qu’elle survient avant la réparation de celui-ci, ou même elle lui préexiste. Sans aller aussi loin que Schrœder et avancer qu’elle est plutôt la cause, que l’effet de la lacération, on peut affirmer que c’est elle qui s’oppose à la réunion primitive du traumatisme et le rend permanent.
Nous résumons notre manière de voir ainsi :
Ou bien l’inflammation existait déjà, même légère, localisée au
col ou au vagin, et se révélait par de la leucorrhée pendant la grossesse.
Ou bien elle a commencé, au moment de l’accouchement ou pendant ses suites immédiates.
Dans tous les cas, il y a un certain degré d’infection puerpérale et, quelque atténuée qu’elle soit, qu’elle s’accuse par la purulence autrefois obligatoire des lochies ou par la prétendue fièvre de lait, elle suffît à empêcher la réunion immédiate du traumatisme. Les deux surfaces cruentéesde la déchirure bourgeonnent et se cicatrisent indépendamment et secondairement.
La lésion est ainsi constituée d’une façon permanente ; et c’est alors qu’on peut faire valablement intervenir les irritations extérieures comme causes d’aggravation de la cervicite.
Nous ne nions pas d’ailleurs que l’inflammation ne puisse parfois venir comme élément secondaire et consécutif, se greffer sur une simple déformation résultant du traumatisme aseptique.
Quoi qu’il en soit, les deux éléments traumatisme et inflamma^ tion se rencontrent et se compliquent dans cette forme, la plus fréquente des affections du col.
La cicatrisation vicieuse, avec ses conséquences, est le fait dominant ; la permanence de l’inflammation s’y surajoute. L’une ne va pas sans l’autre.
Dans les cas de cet ordre, la marche de la lésion est la même que celle que’nous avons indiquée pour l’inflammation non compliquée de traumatisme, avec cette particularité qu’elle est rendue plus apparente par l’écartement des lèvres.
Le premier phénomène de l’endocervicite est l’ectropion de la muqueuse, que l’éversion des lèvres ne tarde pas à exagérer, facilité qu’il est par la déchirure latérale et surtout bilatérale du col.
C’est l’aspect de cette muqueuse cervicale mise à nu qui a fait croire à une ulcération véritable, alors que cette expression, malgré la consécration que lui a donnée l’usage, est erronée et ne désigne que l’aspect rouge et saignant d’une muqueuse malade.
La formation des kystes glandulaires, la progression de leur volume et de leur nombre exagère cet état, attire de plus en plus
la muqueuse au dehors et la lésion tend sans cesse à s’extérioriser davantage.
Nous avons vu qu’à une période quelconque de cette évolution de l’endométrite, soit spontanément, soit sous l’influence d’un traitement topique dirigé contre le phénomène le plus apparent, c’est-à-dire contre la prétendue ulcération, il peut se produire une sorte à' épidei^misation de la muqueuse. C’est alors que la lésion réelle, c’est-à-dire l’endométrite glandulaire, la folliculite kystique, masquée par cette couche d’épithélium pavimenteux, a pu donner lieu à une erreur anatomique, faire croire à l’existence de glandes, dans la muqueuse vaginale du col, et à leur inflammation.
Mais ces kystes d’aspect transparent, grisâtre, jaunâtre, qui semblent incrustés comme des grains de plomb dans le squelette du col, qu’on sent au doigt mieux encore qu’on ne les voit sous le vernis épithélial translucide qui les recouvre, dépendent delà muqueuse intra-cervicale, malgré leur siège parfois très éloigné du nouvel orifice du col.
Cette disposition laisse entrevoir l’insuffisance de l'opération préconisée par Emmet.