‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 119 sur 162 · Chapitre Dix-neuvième · texte numérisé non relu

Chapitre Dix-neuvième

une adresse couverte des signatures d'un millier d'habitants notables de Metz est remise au maire, le digne M. Maréchal, pour lui exposer les inquiétudes de la population eï le prier d'en transmettre l'expression au commandant en chef :

a II vous serapermisj est-il dit dans cette pièce, à vous, le représentant naturel et respecté d'une vieille cité qui veut rester française, de faire à cette occasion telle démarche que vous jugerez nécessaire, et de parler avec la franchise et la simplicité que commandent les circonstances...

<c Nous croyons que l'armée rassemblée sous nos murs est capable de grandes choses, mais nous croyons aussi qu il est temps qu'elle les fasse. Chaque jour qui s'écoule amènera pour elle et pour nous des difficultés nouvelles,

<c Sans pouvoir discuter ni même indiquer des opérations militaires, le simple bon sens nous montre clairement que des entreprises énergique ment et rapidement conduites, avec l'ensemble des forces dont on dispose, peuvent amener des résultats considérables, peut-être même décisifs. Laisseronsnous venir le jour oti, après avoir fermé les yeux, il faudra reconnaître que les retards nous ont été funestes et ont eu des conséquences irréparables ? Certes toute tentative est périlleuse ; mais avec le temps, le péril sera-t-il moindre? Quel secours attendons-nous d'ailleurs ? Est-ce la question politique qui se mêle à tort à la question militaire et qui commande ces lenteurs ?. . .

198 Metj i8jo.

« Si dures que soient les exigences de la situation... notre Ville les supportera... puisqu'elle ne veut pas être la rançon de la paix, et qu'après un long passé d'honneur qu'elle trouve dans ses annales, elle ne veut pas déchoir. »

Le maire est allé porter cette pièce que lui avaient remise MM. Sturel et Michel, au maréchal Bazaine, avec lequel il a eu un long entretien.

Le commandant en chef a dit en propres termes à M. Maréchal que ce n'était point de son plein gré qu'il avait immobilisé son armée autour de Metz, et qu'en agissant ainsi il avait été mû par des considérations dynastiques toutes-puissantes. Il paraît décidé à ne plus tenter un effort sérieux pour rompre le cercle d'investissement et a donné au maire la triste nouvelle de la capitulation de Strasbourg.

Les Messins sont de plus en plus inquiets sur la situation qui va leur être faite. On sait de source certaine qu'un mystérieux inconnu venant des lignes prussiennes a été reçu par le maréchal Bazaine qui s*est entretenu seul avec lui. De fréquentes allées et venues entre les quartiers généraux français et allemands, les rigueurs de la censure militaire qii^coupe impitoyablement dans les journaux tout ce qui pourrait déplaire aux Prussiens, et pour unique raison, dit a qu'il faut en ce moment ménager nos ennemis » pour ne pas entraver une action diplomatique, sur laquelle on ne s'expli-

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