‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 121 sur 162 · Chapitre Vingtième · texte numérisé non relu

Chapitre Vingtième

tre, Mercy et Colombey pour s'emparer des provisions que les Prussiens y ont amassées.

C'est le commandant Pittîé du 240 de ligne, un fort aimable homme et un officier distingué, qui me donne cette nouvelle et me propose d*aller audevant de la brigade Lapasset qui a dû opérer sur Peltre, une des premières stations de la ligne de Sarrebrûck.

Nous montons en voiture et nous dirigeons vers la porte Mazelle pour aller rejoindre la route de Queuleu. Nous longeons les inondations de la Seille, dont les eaux ont été étendues pour former de ce côté une défense naturelle à la place.

Dans la zone des fortifications toutes les maisons de campagne et les guinguettes dont fourmillait cet endroit ont été démolies et les jardins en sont inondés. On voit émerger des eaux limoneuses de la rivière la tête des arbrisseaux, et quelques constructions que leur peu d'importance a fait échapper au marteau des démolisseurs disparaissent à moitié. Au loin, dans la direction du sud, la Seille paraît large comme un petit bras de mer et ses eaux étincellent au soleil.

* La côte de Queuleu, avec son clocher pointu, domine le paysage; nous commencions à la gravir, lorsque nous apercevons à peu de distance des soldats de la brigade Lapasset escortant des prisonniers allemands. Ces hommes nous apprennent que nous avons délogé les Prussiens, fait de nombreuses prises, en un mot que la brigade Lapasset, après s'être

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couverte de gloire, ramène tout un convoi de vivres.

Bientôt, en effet, nous apercevons le général qui descendait tout rayonnant, avec son aide de camp, la route que nous suivions. Derrière lui, quatre soldats portaient sur des branches entrelacées un cochon gras couronné de feuillage et qu'avec irrévérence ils nommaient Guillaume; un autre tirait par la patte un individu de la même espèce qu'il rouait de coups pour le faire avancer en l'appelant Bismark. D'autres portaient d«s chapelets de volailles, des pains, des bouteilles de vin et des quartiers de viande. Il y en avait aussi qui traînaient des vaches aux mamelles rebondies, des bœufs, des chèvres , des moutons , ou qui portaient de petits agneaux trop faibles pour accompagner leurs mères qui suivaient en bêlant.

Tous ces braves gens semblaient ravis; ils marchaient à la débandade, riant, chantant, heureux d'avoir été pour une fois tirés de cette croupissante inaction qui pèse tant au soldat français.

A la vue du commandant Pittié, le général a retenu son cheval, et il nous fait dans un langage énergique le récit succinct de son heureuse expédiV tion :

a II avait été décidé la veille, nous dit le général, qu'on essayerait de s'emparer des vivres et dés bestiaux que les Prussiens avaient réunis à Peltre. Le général Frossard m'avait adjoint un régiment du 3^ corps, le 90% qui devait enlever le château de

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