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Chapitre Vingtième. 2o

Merqr, pendant que ma brigade attaquerait Peltre, où je retrouverais mon bataillon de chasseurs et les compagnies franches, que le chemin de fer devait amener.

a Tout s'est passé de point en point comme je Tavais préparé.

« Ce matin, à neuf heures, mes trois régiments étaient massés derrière les fermes de la Haute et de la Basse-Bevoye, entre le fort de Queuleu et le village de Mercy. A un signal donné par le canon du fort, le 90® s*élance sur le château de Mercy, protégé par deux tranchées qui sont attaquées de front par un bataillon déployé et les deux autres en colonne, tournant la position par les ailes, au pas de course, sans tirer un coup de fusil.

a Les Prussiens s'étaient barricadés à la hâte avec des pièces de bois, des meubles, et, des ouvertures pratiquées dans les murs , ils faisaient pleuvoir une grêle de balles sur nos hommes ; alors seulement le 90° a ouvert le feu tandis qu'une trentaine d'hommes déterminés^ armés de haches, se ruaient sur les portes et les fenêtres, les enfonçaient et sautaient dans le château dont une partie des défenseurs furent tués ou faits prisonniers^ le reste a été abandonné dans les caves dont un incendie allumé barrait l'entrée; ils ont dû y périr.

« Pendant ce temps, je filais sur la droite avec les deux régiments de ma brigade (84® et 97^) sur le village de Peltre oti mon arrivée coïncidait avec celle du train qui amenait de Montigny les chas-

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seurs du.i4<*. Les braves petits soldats n'ont seulement pas attendu que le train fût arrêté ; ils ont sauté sur la voie à portée de fusil du village de Crespy, dont ils ont pris le château après un semblant de résistance. Les Prussiens couraient comme des lièvres se réfugier dans le couvent des sœurs, où se trouvaient leurs officiers en train de déjeuner.

« J'ai rallié à la hâte mes deux régiments et je les ai lancés sur le couvent, dont les murs étaient percés de meurtrières. A quatre-vingts mètres, mes hommes ont été accueillis par une fusillade trèsvive ; ils ont pris le pas de course et ont escaladé les murs comme une volée de moineaux, puis ils sont tombés sur les Prussiens à la baïonnette, et ils en ont fait un massacre épouvantable. Je les voyais sauter de peur par les fenêtres; ils en trouvaient d'autres en bas qui les tuaient ou les faisaient prisonniers.

a Je suis entré dans la maison des sœurs; mes petits tringlots avaient tout chambardé ; ils ont ainsi poursuivi l'ennemi^ le délogeant de toutes les maisons avec un entrain du diable.

<( Par malheur^ nous avions été trahis par un homme qui. vend de Teau-de-vie aux Prussiens. La voie était coupés au delà de Peltre, et l'ingénieur du chemin de fer, M. Dietz, qui devait accrocher un convoi de bestiaux avec sa locomotive, en a été empêché.

a Néanmoins nous avons pris pas mal de victuailles comme vous voyez, et les hommes sont

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contents; ee sont de braves gens, je les conduirais où je voudrais. Sur nos prisonniers nous avons trouvé des journaux allemands que mon aide de camp rapporte à Tétat-major et dans lesquels nous allons sans doute avoir des nouvelles du dehors.

« En somme, je suis très-content de ma petite expédition et j'en voudrais bien faire tous les jours de pareilles. »

Nous remercions le général de son récit et le félicitons de l'heureux succès de son entreprise ; nous nous décidons alors à monter au fort de Queuleu.

Ce fort est commandé par le colonel Merlin, qui çstj je crois^ le fils de cette spirituelle comtesse Merlin que j'ai connue dans mon enfance.

Les travaux en sont tout récemment terminés ; il est entouré d'excellents ouvrages palissades, qui le protègent contre une surprise. A l'entrée sont quelques prisonniers faits le matin, et que leur sort ne paraît point trop inquiéter. Presque tous ont la médaille de Sadowa; ils ont l'air arrogant, et répondent à peine aux questions qui leur sont adressées.

Nous pénétrons dans le fort, dont quelques officiers d'artillerie nous font obligeamment les honneurs. Des glacis nous voyons fumer, sur la droite, le château de Mercy que dévore l'incendie ; en face évolue, dans la campagne, la division Montaudon qui vient de faire un fourrage du côté de Colombey. Il paraît que les canons du fort ont puissamment aidé ce matin la brigade Lapasset dans son opération sur Peltre, en envoyant des obus dans les tran-

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chées ennemies, où ils ont fait de grands ravages.

L*incendie du château de Mercy a pris d'immenses développements; bientôt nous entendons le craquement lointain de la toiture qui s*abîme au milieu des flammes. Voilà, nous dit le colonel Merlin, où Ton aurait dû placer un fort. La position est belle en effet, et il y a longtemps que les Prussiens l'ont compris pour la première fois.

La nuit vient, et, sur divers points de l'horizon, les flammes de l'incendie viennent rougir le ciel; ce sont les Prussiens qui, pour prévenir un retour offensif de notre part, brûlent les approvisionnements que nous n'avons pas eu le temps d'emporter. Peltre et Colombey flambent à qui le mieux, tandis que des tourbillons de fumée noire s'élèvent des ruines fumantes du château de Mercy.

En rentrant en ville, nous apprenons le résultat des opérations tentées dans la plaine de Thionville, où nos tirailleurs ont atteint Bellevue et Saint- Remy. Partout l'entrain et la résolution de nos soldats ont triomphé de la résistance de l'ennemi, qui, furieux de ces échecs partiels, s'en est vengé en incendiant les localités que nos troupes abandonnaient après les avoir prises, faute d'ordres.

Depuis longtemps, les peuples civilisés avaient perdu l'idée de la guerre considérée à ce point de vue sauvage et cruel. Au début des hostilités, le roi de Prusse avait solennellement annoncé qu'il ne faisait point la guerre aux populations paisibles, aux non-combattants, et, depuis, ses troupes vo-

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