Chapitre Vingt et unième
Il lui fut répondu franchement qu'on lui supposait l'intention de restaurer le régime tombé, que Ton se plaignait de l'inaction de l'armée qui absorbait d'une manière inquiétante les ressources de la ville, qu'on le soupçonnait de traiter avec le prince Charles pour la reddition de la place et de l'armée et que la population et la garde nationale étaient décidées à tout souffrir pour conserver à la France son principal boulevard. Qu'enfin sa position de commandant en chef lui permettait d'avoir des nouvelles du gouvernement et que l'on trouvait étrange qu'il n'en fit rien connaître aux habitants.
Le maréchal répondit, en substance, qu'il ne pensait pas à servir le pouvoir impérial tombé par ses propres fautes, mais à servir la France ; que dans les cçnseils de généraux il n'avait jamais été question d'entrer en arrangements pour la reddition de l'armée; que les relations avec le prince Charles consistaient dans l'échange de prisonniers, et rien de plus. Quant aux nouvelles du gouvernement de Paris, le maréchal affirma n'en avoir reçu aucune, malgré les émissaires qu'il lui avait envoyés. A la question du ravitaillement, la dernière posée, il s'empressa de répondre qu'il ne pouvait disposer que de 60 à 6 5, 000 hommes et qu'avec si peu de monde il ne pouvait rien entreprendre contre 200,000 hommes formant le blocus. Ainsi finit l'entretien, et les officiers de la garde nationale se retirèrent avec la triste conviction que le maréchal
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Bazaine était décidé à persévérer dans son système d'inaction*.
Cette visite donna, paraît-il, à réfléchir au maréchal Bazaine, qui venait de mentir avec tant d'audace aux délégués de la garde nationale et, pour étouffer, s'il se peut, dans le cœur des Messins toute velléité de résistance, il adresse aux journaux une Note officielle sur les forces ennemies réunies autour de Metz, note fantastique destiné à intimider la population et, par suite, l'armée dans leurs idées de résistance.
C'était mal connaître une armée qui n'éprouva jamais la peur, mal connaître les habitants de Metz que de penser les effrayer par ces histoires de Croquemitaine; le seul effet produit par cette note fut de dessiller les yeux deis Messins qui, dès lors, n'eurent plus la moindre illusion sur les tendances du général en chef, et, à tort ou à raison, englobèrent le général Cofïinières dans le sentiment de défiance que leur inspirait le maréchal.
Malgré la censure de la Place, Y Indépendant de la Moselle, à qui l'on venait de couper un article intitulé Ruses de guerre, dans lequel on avait cru voir percer une certaine ironie, publiait les articles de la loi militaire qui condamnent à la dégradation et à la peine de mort le commandant d'une place de guerre qui capitule sans avoir forcé l'ennemi à
i.W. Le blocus de Met^, publication du conseil municipal, Appendice, lvii.