Chapitre Vingt et unième
bitants et malgré la prudence et le ton mesuré des allusions qu'ils osent hasarder, la censure militaire les rature impitoyablement. Au cercle de l'hôtel du Nord, fréquenté par des officiers et par les libéraux de la localité, les bruits de trahison circulent déjà et l'on commence à prêter au maréchal Bazaine les projets de rendre la place sans coup férir, bien que sur ses instances, la garde nationale vienne d'être autorisée à garder les portes de la ville conjointement avec la troupe.
Le i5, nouvelle alerte. Toute la nuit on avait entendu le bruit du canon, et les officiers du fort Saint-Julien affirmaient qu'une bataille se livrait dans la direction de Pont-à-Mousson , au delà d'Ars-sur-Moselle. Un rapport est fait au maréchal, et la journée se passe dans l'anxiété la plus vive au milieu des bruits les plus contradictoires; or, comme on aime toujours à se persuader ce que l'on espère, celui qui s'accrédite le plus facilement, c'est qu'une armée vient à notre secours.
On n'apprit que le lendemain la réponse du commandant en chef : « Je sais quelle est cette canonnade, avait-il répondu aux officiers qui lui portaient ces nouvelles, c'est le bombardement de Thionville qui commence. »
La vérité est qu'il s'agissait du bombardement de Verdun, qui fut canonné les i3, 14 et 1 5 octobre par les Prussiens.
Cependant le maréchal s'inquiétait un peu de ces rumeurs. Dans un communiqué placardé aux quatre
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coins de Metz, il adjurait les habitants d'avoir confiance dans sa loyauté, et affirmait n'avoir jamais reçu la moindre communication du gouvernement, malgré toutes les tentatives faites pour établir des relations.
Le i5, il avait fait mander au quartier général les commandants de la garde nationale. Les premiers mots qu'il leur adressa furent que, si l'on trouvait mauvaise sa manière de commander, on n'avait qu'à confier à un autre chef le commandement de l'armée et qu'il obéirait à ce nouveau chef. Mais il ne désigna personne.
Tout à coup survient le général Ladmirault que ses talents militaires et l'estime dont il jouissait dans l'armée avaient depuis longtemps désigné à tous comme le plus capable des généraux et le seul capable de sauver la ville et l'armée. S'adressant au maréchal, il lui dit que son respect pour le commandant en chef et pour la discipline ne lui permettrait jamais de s'écarter de son devoir. Le général, en même temps, tendit la main au maréchal qui la lui serra avec empressement. Cette petite scène, évidemment préparée, eut l'effet que l'on en attendait, elle fut pour les commandants de la garde nationale comme une déception, dont ils ne songèrent même pas à cacher l'impression.
Le maréchal invita ensuite le plus ancien chef de bataillon, le commandant Pardon, a exposer les griefs que l'on pouvait avoir contre lui à Metz.