Chapitre Sixiètne
les chasseurs à pied et le régiment d'infanterie qui campent à Kédange, je laisse à penser si la soupe était bonne ce soir-là.
On attend Fempereur d'un moment à l'autre, aujourd'hui ou demain ; ce qui donne pour moi consistance à ce bruit, c'est que la préfecture a été abandonnée par M. Paul Odent qui va loger en ville, que les abords en ont été sablés, et que l'on voit rôder dans ses entours de ces hommes à figure méridionale, que l'on rencontre au bois de Boulogne, à Saint-Cloud, et dans tous les endroits habités ou fréquentés par le chef de l'État.
La garde est arrivée. Cette belle troupe, presque inconnue en province, excite ici la plus vive curiosité. Au moment où j'écris, je vois de ma fenêtre passer les trois régiments de grenadiers, les zouaves, l'artillerie et le train des équipages, au milieu d'une double haie de curieux que ne peut décourager la pluie qui tombe fine et serrée.
La plus grande partie de la garde va camper au Ban Saint-Martin, la cavalerie est sur les glacis des remparts, où la file des chevaux attachés au piquet devant les tentes rangées en ordre de bataille forme un coup d'œil très-original.
s 8 juillet
L'exactitude est la politesse des souverains; le chef de l'État a fait son entrée dans sa bonne ville de Metz, qui pourtant a voté non au plébiscite^ ac-
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compagne du petit prince et de son cousin Jérôme Napoléon.
Ûempereur est arrivé par la porte Serpenoise, qui deux fois, en 1473 et en i56i, arrêta les ennemis aux portes de Metz. Le pavé de la rue Serpenoise est tellement glissant par suite d'une petite pluie, que Ton a jeté du sable sur la route que doivent parcourir les voitures impériales.
La foule, chauffée par des meneurs, et que le patriotisme surexcite, ne voit plus dans le chef de l'Etat que le généralissime des armées françaises, elle l'accueille avec des acclamations qui redoublent lorsque le cortège tourne dans la rue du Petit-Paris.
Des fleurs pleuvent dans la voiture oti le jeune prince se trouve à côté de son cousin ; on voit au milieu des bouquets surgir sa tête enfantine toute joyeuse d'une ovation à laquelle le prince Napoléon reste totalement indifférent. Pauvre enfant, il apprend de bonne heure un triste métier.
L'empereur salue de la main en souriant; pourtant il semble plutôt préoccupé que satisfait.
Derrière, tout seul, dans une voiture découverte, se tient le maréchal Bazaine, revenu pour la circonstance du camp de Boulay. C'est la première fois que je vois le maréchal, dont on parle beaucoup dans l'armée. II est fort pâle et soucieux ; sa figure impénétrable est celle d'un homme à passions, et ses yeux boursouflés, des rides précoces trahissent de grandes fatigues ; puis des généraux, des écuyers, des piqueurs ; bref, la suite ordinaire.