‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 29 sur 162 · Chapitre Sixième · texte numérisé non relu

Chapitre Sixième

Puis le cortège disparaît, et la foule stationne encore^ avide et curieuse de renseignements pendant que les vivats s'éteignent dans le lointain.

s g juillet.

Ce matin le jeune prince est sorti à cheval, escorté d'une suite militaire assez nombreuse. Il a fait une longue promenade accompagné d'une foule de gamins criant à tue-téte « vive le Prince impérial. » Quelques poignées de monnaie, adroitement jetées, ont changé le cours de cet enthousiasme inopportun.

Je suis entré à l'hôtel de Metz, où loge le général de Saint-Sauveur, qui fait fonction de grand prévôt et auquel sont attribuées deux ou trois chambres du rez-de-chaussée. C'est un fort aimable homme, qui fait ce qu'il peut pour atténuer les rigueurs administratives de M. le major général envers les journalistes, et principalement envers les journalistes français.

Dans la cour sont entassées, les unes sur les autres, les voitures de bagages des généraux qui ont élu domicile à l'hôtel de Metz : général de Pottier, général Castagny, etc., etc.; jamais armée n'eut autant d* impedimenta y on dirait celle de Xerxès ; espérons qu'elle aura meilleur sort.

On vient justement d'amener deux soldats badois capturés dans un engagement de cavalerie; ce sont des dragons, appartenant au i^' régiment de

5o Met^ i8jo,

cette arme. Ils ont été capturés dans des bois oîi ils s'étaient jetés pour échapper à la poursuite des nôtres. Ils se tiennent roides comme des pieux dans leurs uniformes étriqués, et paraissent résignés. Au reste, ils ne semblent point trop fâchés de leur mésaventure; les Français ont la réputation de bien traiter leurs prisonniers.

3o juillet.

Les journaux de Paris nous apportent la nouvelle de la régence de l'impératrice pendant l'absence du chef de rÉtatj qui sort peu et travaille, dit-on, beaucoup avec le maréchal Lebœuf. L'évêque de Metz, qui revient de Rome, est allé rendre visite au nouveau locataire de la préfecture.

On se presse devant les murs oU est affichée la proclamation de l'empereur que je transcris mot à mot :

« Soldats, je viens me mettre à votre tête pour défendre l'honneur et le sol de la patrie,

a Vous allez combattre une des meilleures armées de l'Europe; mais d'autres qui valaient autant qu'elle n'ont pu résister à votre bravoure. Il en sera de même aujourd'hui.

« La guerre qui commence sera longue et pénible, caV elle aura pour théâtre des lieux hérissés d'obstacles et de forteresses ; mais rien n'est au-dessus des efforts persévérants des soldats d'Afrique, de Crimée, de Chine, d'Italie et du Mexique. Vous prou-

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