Chapitre Neuvième
Sarrebrûck, seulement ce mouvement paraît devoir être plus important.
En tous cas, nous convenons de partir le lendemain et de nous retrouver à Boulay.
5 août.
Nous partons trois, le tilbury est trop petit, nous attelons deux chevaux qui nous appartiennent à un petit break, et en route pour Sarrelouis. Cette fois sera peut-être la bonne. A tout événement, nous avons pris de légères valises, du tabac et notre argent ; peut-être n'aurons-nous plus le temps de revenir à Metz.
Sur la route des Étangs^ à la hauteur de la brasserie^ nous dépassons un général accompagné de son état-major. Arrivés chez Trunzler, nous déballons les provisions que nous avons apportées. Bien nous en a pris, car la pauvre auberge est dévalisée par les passages des troupes.
Plus de saucisses dans Tarmoire, plus de lard pendu dans la cheminée^ les poules sont sur les dents à force de pondre. Il ne reste plus que de la salade et ce bon petit vin pelure d'oignon dont nous avons goûté; avec le pâté, le saucisson et les fruits que nous avons apportés, nous ferons cependant un véritable festin.
Le repas s'achève, lorsque nous voyons paraître le général et son escorte. Les malheureux comptaient déjeuner aux Étangs ! Par bonheur, il reste la moi-
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tié du pâté et quelques fruits, ce n'est guère présentable, mais nous nous hasardons à les offrir au général Grenier — tel est son nom — appelé au commandement de la 2^ division d'infanterie du 4® corps, actuellement à Boulay oCi revient^ nous dit-il, une partie de son corps d'armée.
ISfous partons les premiers, et nous offrons au général d'être ses maréchaux de logis, car il pourrait bien avoir en arrivant à Boulay autant de peine à se loger qu'il aurait pu en avoir pour déjeuner aux Étangs.
En effet, à peine arrivés à Boulay que nous trouvons rempli de troupes, le commandant de place, qui est momentanément remplacé par une habitante de l'hôtel de ville, nous renvoie au maire qui cumule les honneurs municipaux avec la profession de notaire.
Je suis introduit auprès de l'édile auquel j'expose ma requête.
— Vous m'embarrassez fort, me dit-il, je ne sais oîi envoyer le général; la ville a logé tout ce qu elle peut raisonnablement contenir.
— Enfin, dis-je, vous ne pouvez laisser le général dans la rue attendre sa division.
— Ma foi tant pis, fait le maire, se parlant à lui-même, tenez, voici un billet de logement pour le château^ portez-le au général.
Je prends le bienheureux papier, cours au c/zateau^ qui est en réalité une fort jolie maison de plaisance, prévenir de l'arrivée du général Grenier,