‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 41 sur 162 · Chapitre Neuvième. 6g · texte numérisé non relu

Chapitre Neuvième. 6g

De là, je reviens au café de la place du marché où j'ai laissé mes compagnons.

On m'apprend que, lassés de m'attendre, ils ont accepté deux places dans une voiture, et roulent vers Bouzonville. Je charge un brigadier d'artillerie déporter au général son billet de logement; j'arrache mes chevaux à leur picotin ; en une minute ils sont garnis, attelés, et je m'élance à la poursuite de mes camarades infidèles. Par malheur, mes chevaux sont fatigués, ils ont déjà fait près de 7 lieues, et la route de Bouzonville, au sortir de Boulay, débute par une longue côte dans les bois de Roupeldange.

Aux deux tiers du chemin, à HoUing, mes deux bétes épuisées refusent le service; je m'arrête à la porte d'un cabaret pour les faire boire et leur donner quelque repos.

Il y a à peine un quart d'heure que je suis là, me demandant à quelle heure j'arriverai à Bouzonville, lorsque j'entends le son de la musique militaire, c'est le reste du 4« corps qui revient suivi de ses bagages et d'un long convoi. Qu'irai-je faire maintenant à Bouzonville, puisque le camp est levé î Le meilleur parti est de revenir habiter à Boulay la chambre cirée et de m'informer. C'est ce que je fais en me plaçant à léi queue du convoi.

On ne s'imagine guère ce que c'est qu'un convoi à la suite d'une division, principalement en Lorraine. Sur une longueur d'une demi-lieue, une fUe 4e longs chariots attelés de chevaux étiques et

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rétifs, chargés de pain, de foin^ d'avoine, en un mot de tout ce qui peut servir à sustenter les hommes et les bétes. Le tout conduit par des rouliers dont la moitié n'entend pas un mot de français et Tautre parle un patois presque incompréhensible.

Il y avait une heure que j'étais en marche au petit pas de mes chevaux, car de dépasser la colonne il n'y fallait pas songer. On ne sait ici ce que c'est de prendre sa droite, et les gendarmes et sous-officiers du train étaient fort en peine pour faire avancer cette longue file de voitures, d'autant plus que nous avions probablement sur nos talons des éclaireurs prussiens.

HoUing est à 8 kilomètres environ de Boulay ; en une heure, nous avions à peine parcouru le quart du chemin; cela promettait, mais cela n'était rien encore.

Il était environ six heures. Tout à coup le ciel déjà chargé de lourdes nuées qui semblaient planer sur nos têtes s'obscurcit au point que l'on distingue à peine à cent pas devant soi.

Quelques rares éclairs illuminent l'horizon, et l'on entend au loin, dans la direction de Metz, le roulement sourd du tonnerre.

En même temps, de larges gouttes d'eau tiède tombent çà et là sur la poussière 4e la route qu'elles constellent d'étoiles grises.

Nous approchons, après plusieurs haltes, d'un des bois que j*ai traversés le matin. A peine y sommes-noois engagés qu'un nouveau temps d'arrêt

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