‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 42 sur 162 · Chapitre Neuvième · texte numérisé non relu

Chapitre Neuvième

se produit. Quelques chariots trop chargés, ou dont les chevaux sont à jeun, sont restés en arrière. Il faut biller, c'est-à-dire dételer leâ chevaux d'un certain nombre de voitures, pour aller tirer d'embarras celles qui sont empêchées.

L'obscurité redouble, les coups de tonnerre deviennent plus précipités et plus violents. A la lueur fulgurante dés éclairs qui se succèdent sans interruption, on découvre tout le pays environnant.

On s'est arrêté, les chevaux hennissent d'impatience et de peur, les hommes ont fort à faire de les contenir. En même temps les cataractes du ciel — on peut se servir ppur cette fois de la métaphore — s'ouvrent pour donner passage à un véritable déluge.

En un instant nous sommes inondés, transpercés; des deux côtés du bois une eau limoneuse arrive en bondissant sur la route qu'elle transforme en un torrent fort présentable dont nous occupons le milieu.

Un éclair prolongé, accompagné d'un effroyable tintamarre, vient mettre le comble au désordre ; la foudre est tombée à quelques pas de nous, hommes et chevaux en ont ressenti la commotion. Pendant quelques secondes je vois tout noir et me crois aveugle.

Pour comble de malheur, des chevaux affolés de terreur, le nlien entête, rompent leurs traits, brisent les guides et s'échappent au hasard, ruant et soufflant de peur. Les gendarmes et les sous-officiers du

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train accourent au galop, jurant, pestant coiltre les paysans qui leur répondent en patois.

Pour mon compte, je parviens à rattraper Figaro à quelques centaines de mètres. Mais impossible de Tattcîler, tout est rompu, brisé. J'ai la perspective de passer la nuit avec mon cheval dans cet océan de boue et d'être pincé par les hulans au petit jour, et je commence à faire d'amères réflexions.

Heureusement l'or qui tenta Danaé séduit un roulier, qui consent à attacher ma voiture derrière la sienne à lacondition que je ne m'y monterai pas.

Marché conclu, je prends par son mors le pauvre cheval jaune^ tout honteux de son escapade, tandis qu'un sous-officier d'artillerie a l'obligeance de se charger de l'autre cheval, et, le convoi se remettant en marche, je me mets à la suite, mon pantalon retroussé jusqu'aux genoux. Boulay est à plus d'une lieue ; nous mettons encore une bonne heure pour en atteindre les premières maisons^ non sans être entrés jusqu'au ventre dans des mares profondes que vient de remplir l'orage.

Nous voyons, en passant, les lumières du camp tamisées par la toile des tentes ; il me semble voir la fête des Loges^ un soir de pluie, quand les baraques sont fermées.

Un peu plus loin brillent les lumières de Boulay, peu nombreuses, mais qui nous semblent autant de phares libérateurs. Quelques minutes après^ j'entrais à l'auberge du Bélier d'or et je retrouvais libre la chambre cirée. J'y échangeais mes vêtements im-

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