‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 61 sur 162 · Chapitre Onzième. ipi · texte numérisé non relu

Chapitre Onzième. ipi

La figure est intacte, l'homme a été frappé. au cœur ; pas de trace de sang, il a dû se produire un épanchement intérieur. C'était un soldat du 41e de ligne.

A notre gauche, nous découvrons dans la plaine un rassemblement que domine un drapeau blanc sur lequel est la croix rouge des ambulances.

Ce sont des prêtres et des membres de la Société internationale de secours aux blessés, qui, assistés de soldats du génie, rendent aux morts les derniers devoirs.

Bientôt les cadavres deviennent plus nombreux, la plaine en est semée. Quelques-uns sont enterrés séparément. A la place où ils sont tombés une petite croix formée de deux petites branches d'arbre indique la sépulture. Le plus grand nombre est enfoui dans de grandes fosses creusées parallèlement et sur lesquelles un prêtre en surplis récite des prières et jette de Teau bénite.

Nous montons toujours, et tout à coup nous découvrons un affreux spectacle. Les deux côtés de la route sont couverts de cadavres des nôtres, qui sont morts à genoux, le doigt sur la détente de leur fusil.

Ce sont des tirailleurs du 41e de ligne, qui, cachés dans les fossés, ont été surpris et foudroyés par la mitraille qui balayait la route, et qui n'ont même pas eu le temps de se servir dé leurs armes.

Presque tous sont tombés la face contre terre, frappés pour la plupart à la tête. Un seul a eu le

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ventre ouvert par un projectile; des flots de sang coagulé ont noirci l'iierbe autour de lui, et sa figure horriblement décomposée, à laquelle s'attachent déjà des mouches vertes, indique qu'il est mort dans d'affreuses convulsions.

Le nombre des morts augmente encore. Nous avançons jusqu'à la lisière d'un petit bois où se trouvent les premiers cadavres prussiens. Un piquet de hulans, commandé par un ofiîcier de bonne mine, veille sur ce champ funèbre.

Nous respectons les mystères de cette hécatombe, et nous retournons sur nos pas, le cœur serré parce spectacle douloureux. Je découvre à ce moment le corps d'un jeune sergent tombé en avant des siens, dans lattitude du commandement. Il a reçu trois balles.

Il était décoré de la médaille militaire. Un de ces vautours, qui rôdent autour des charniers humains, lui a volé ce trophée de bravoure qu'il avait dû bien gagner, le pauvre enfant I le ruban froissé et maculé pend tristement à moitié déchiré.

Mon cœur se soulève^ le dégoût m'envahit, je regagne avec M. Mayer la voiture qui nous a amenés et nous repartons pour Metz.

Chemin faisant, nous prenons avec nous un soldat du génie attardé dans sa funèbre besogne d'ensevelisseur, puis, en traversant le village de Borny, la sœur Sophronie et une dame vêtue de noi;*, qui depuis vingt-quatre heures soignent les blessés, consolent les pauvres paysans éperdus, et

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