‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 72 sur 162 · Chapitre Treipème · texte numérisé non relu

Chapitre Treipème

« Dans cette circonstance, le commandant supérieur de Metz vient, avec une entière confiance, faire appel au patriotisme des habitants. Il n'est pas dans la ville un seul citoyen qui ne regarde comme un devoir sacré de recevoir dans son domicile un certain nombre de blessés.

« Les convois arrivent par la porte de France; présentez-vous au Fort-Moselle, et recueillez chez vous les héros blessés de la bataille de Gravelotte t

« A/e^{, le 17 août 1870.

a Le commandant supérieur de la place de Metz.

<c COFFINIÈRES. «

J*allais justement me rendre à mon observatoire de la veille pour assister à Tinévitable bataille que Ton annonçait pour le jour même. Je descends rapidement vers la porte de France, et bientôt, en effet, j'aperçois le navrant cortège.

I^es blessés sont tellement nombreux que Ion a dû se servir pour les rapporter de toute espèce de moyens de transport. Outre les cacolets oti les uns sont assis soutenus par une sangle^ les plus malades étendus, ce sont des fourgons dont le couvercle a été rabattu, des charrettes bourrées d'une paille fraîche déjà rougie de sang, des voitures de louage et jusqu'à des voitures de maître.

Ceux dont la blessure est légère sourient à la

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foule accumulée pour les voir sur les trottoirs étroits de la rue. Quelques-uns agitent leur képi en essayant un cri de « Vive la France ! » qu'interrompt une grimace de douleur.

D'autres, pâles, couverts de boue, emmaillottésde linges sanglants, répriment à grand'peine un cri de détresse a chaque pas du paisible mulet qui les porte. Il y en a enfin qui sont complètement étendus, les yeux fermés, blêmis par la perte du sang ; on ne sait s'ils vivent encore. J'ai vu, spectacle affreux, un pauvre enfant qui n'a pas vingt ans et dont le corps mutilé ne présente plus que le tronc et la tête, un paquet informe est à la place de ses jambes amputées, qui sert sans doute à arrêter une mortelle hémorragie.

La foule acclame ces héros de la veille, se précipite sur la chaussée pour leur donner à boire, du tabac, de l'argent, bref tous les petits présents que peut suggérer une ingénieuse charité. Le général Coffinières n'a pas fait appel à des sourds.

On voit les braves Messins se disputer les soldats à qui des blessures légères ont permis de revenir à pied, et les emmener avec un air de triomphe. Ceuxlà seront bien soignés, j'en réponds.

Je contemplais tout ému cette effervescence patriotique lorsqu'une voiture s'arrête près de moi, et je m'entends appeler.

C'est Mayer, le rédacteur de Vlndépendant^ accompagné de M. d'Aviau de Piolant et de Chanloup, le correspondant du National.

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