Chapitre Trei:[ième. i3i
On suppose à la couleur de la fumée que c'est le bois de ce nom qui est en feu. Voilà mon observatoire rôti.
Du côté de Sainte-RufEne on voyait, paraît-il, avant mon arrivée les Prussiens établir <les batteries pour tirer sur le plateau de Grayelotte^ mais leur feu a été éteint par les batteries que j*ai vu éta* blir au mont Saint-Quentin.
En ville, où je vais prendre un peu de repos, on parle des prouesses d'un brasseur nommé Hitter, d'une force prodigieuse. Non loin de la porte des Allemands^ il a capturé, tout seul, deux voitures de farine escortées par trois Prussiens, qui avaient eu Taudace ou la maladresse de s'aventurer trop près de la place.
\\ paraît que nous avons eu tort de ne pas proH^ ter de notre succès avant-^hier. Les Prussiens ont eu le temps de réunir des forces considérables, aSo^ooo hommes, dit^n, une puissante artillerie^ dont ils ont écrasé les nôtres.
On a manqué de munitidns au milieu de la jour* liée, la panique s'est mise dans quatre régiments du 6« corps,' puis elle a gagné les convoyeurs qui se sont enfuis en désordre par la route de Briey àMetx. On a beaucoup remarqué un sous-ofiicier de dragons qui, désarmé, sans casque, semblable au dé-^ mon de la peur, galopait comme un fbu en criané
«c Sauve qui peut! les Prussiens! > Il a disparu.
Toute Tarmée s'est mise sous la protection des forts^ ce qui ne semblerait pas indiquer que nous ayons remporté un avantage. Beaucoup d'officiers prétendent cependant — et je parle des plus sérieux — que les Prussiens sont éreintés, qu'ils ont perdu deux fois plus de monde que nous, et qu'il suffirait d'un coup de collier, comme on dit, pour leurpasser sur le ventre ou sur le dos.
Les soldats ne sentent plus la fatigue, ils sont exaspérés, les officiers sont à l'unisson ; il y a là i5o,ooo hommes et 5oo pièces de canon qui ne demandent qu'à marcher en avant: que ne pourraiton faire avec de pareils éléments ?
Mais le maréchal Bazaine reste impassible et im-> pénétrable, il à transporté son quartier général dans la villa Moralis au Ban Saint-Martin et, sur ses ordres, l'armée est groupée autour du mont Saint- Quentin et du fort Plappeville. La cavalerie de réserve est dans l'île de Chambière.
Cette après-midi conime on nous apportait les journaux de Paris un effrayant orage a éclaté sur la ville. Le courrier de Briey est revenu sans avoir pu gagner cette ville, et pour comble de malheur le fil télégraphique qui nous reliait à la route des Ardennes vient d'être coupé. Les Prussiens ne perdent pas de temps pour nous investir. Ils ne peuvent assiéger une ville défendue par 170,000 hommes. Est-ce un blocus ? je le croirais, puisque le Times disait^ il y a trois semaines, que le plan de M. de