Chapitre Treizième
de cigarettes; le maréchal ne sort toujours pas.
Il n'y a probablement rien de sérieux, sans cela le commandant en chef serait nécessairement au feu. La petite porte s'ouvre, c'est la sentinelle que Ton vient remplacer. Je vois qu'on me désigne au nouveau factionnaire ; on me prend pour un assassin sansi, doute ; et de fait mes allées et venues doivent paraître singulières.
Encore un officier d'état-major. Il est seul cette fois avec son ordonnance. Après une audience de quelques minutes je le vois sortir comme les autres ; mais il paraît de fort mauvaise humeur.
Décidément je perds mon temps ; je ferai mieux d'aller flâner dansleâ environs, peut-être découvrirai-je quelque chose. Je vais gravir le Saint-Quentin; je charge le gamin de reconduire mon cheval et m'engage dans un sentier qui monte presque en droite ligne au milieu de jeunes pousses de sapins.
Tout à coup j'entends un bruit de voix, le pas des chevaux, le cliquetis des sabres; je me retourne : c'est le maréchal. — Non, c est une partie de son état-major qui monte vers moi en suivant la route qui couronne la montagne.
J'ai aperçu une figure de connaissance, le commandant X, qui m'apprend que le maréchal est parti vers le fort et qu'il y a une bataille engagée du côté d'Amanvilliers et sur tout le terrain du 16.
C'est à deux lieues et demie, il est près de trois heures, j'arriverai trop tard; je prends le parti de Suivre ces messieurs à distance, très-certainement
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le maréchal a un plus grand intérêt à observer'ce qui se passe de ce côté, j'assisterai peut-être à quelque chose d'intéressant.
En effet, le maréchal est sur le plateau; il est à pied avec deux officiers, au milieu d'une batterie qu'il fait disposer pour tirer sur des masses ennemies qui se meuvent en avant d'Ars. Il y a là tout un parc, c'est la réserve.
Bientôt les pièces de 1 2 ébranlent l'air de leur puissante voix. Le projectile part avec un bruit pareil à celui d*un bruissement d'aile, oiseau sinistre qui va porter la mort.
Une heure s'écoule, le maréchal Bazaine remonte achevai^ accompagné de son état-major et s'éloigne dans la direction du nord.
Le commandant X me fait de la main un signe d'adieu.
— Où allez-vous ? fis-je des yeux et de la tête^
Il me répond par un haussement d'épaule qui signifie : Est-ce que je sais^ moi f
Je redescends lentement : le feu augmente d'intensité et paraît moins éloigné. Serions-nous repoussés?
Bientôt j'entends le bruit des caissons roulant au galop sur la route de PlappeVillc à Metz. Ils passent comme l'éclair au milieu d'un nuage de poussière.
Je reviens à Metz^ une grande foule se porte ters l'Esplanade. Je m'y rends et des remparts j'aperçois une grande fumée dans la direction des Genivaux.