A METZ
Chez l’Auteur et Îles principaux Libraires.
MR Prat
Mets républicaine.
ÉRITIÈRE scrupuleuse et puissante des institutions municipales, Jéguées par l'empire romain, la ville de Metz avait su les conserver presque pures malgré l'agitation des temps. Il ne lui restait donc qu'un pas à faire
pour s'organiser en ré-
publique, lorsqu’abandonnée à ses propres forces, éloignée du protectorat immédiat
RÉ MONA ETS
des monarques qui jadis veillaient sur elle, sa seule ressource était de reconnaître bénévolement le sceptre épiscopal, ou de subir l'autorité de quelque agent souverain qui, sous le titre de duc, de comte, tyrannisait, au nom de l'empire, des
hommes fiers de leur indépendance et de leurs droits.
Un système dont l'origine remontait aussi haut que celle de la société gauloise, le système électif, s'était maintenu dans le choix des évêques, et sans doute également, à plus forte raison, dans celui des magistrats municipaux qui n'avaient pas, comme les évêques, une solidarité de pouvoir avec Rome et l'empire; or, le privilège d'élection, le vote, bien qu'il fût souvent tourmenté, circonvenu par l'intrigue, n’existait pas moins en tant que fait légal, en tant que témoignage ancien d'une certaine liberté d'action, d’un contrôle chez la bourgeoisie. L’aristocratie, la théocratie prédominaient tantôt à la fois, tantôt tour à tour, et c'était un grand bien à cette époque d'ignorance; mais l’usurpation abusive, les excès inséparables de tout pouvoir qui ne voit que l'avantage du moment, et qui manque des lumières nécessaires à son maintien, soulevérent la bourgeoisie. Elle s'insurgea fatiguée de l'ilotisme où l'avait maintenue la force des choses, et dans son ardeur d’émancipation , oubliant bientôt les bienfaits de l’église, l'appui belliqueux des grands pour n’envisager que leurs torts, on l’entendit crier vengeance, puis marcher sous le drapeau
qu'éleva l'ambition à ses yeux trop souvent aveuglés.
L'insurrection, l'émancipation des communes, est certes un des actes les plus notables de l’histoire européenne; car elle ouvre l’ére où marche la société moderne. Le rôle politique de l'église finissait: Rome avait fait pour la civilisation
ce qui, dans l’ordre de ses intérêts et de ses sympathies,
pouvait être exécuté. Le peuple, émancipé par elle, venait
à son tour continuer l'œuvre régénératice ; œuvre essentiellement révolutionnaire, empreinte de désordres inévitables, d'actions sanglantes et de réactions continues, d’affreux déchirements et d'un trouble où les éléments sociaux demeuraient confondus. Quand le flot populaire eut creusé son lit, la paix se rétablit. Jamais toutefois elle ne fut ni franche, ni durable, et pendant plusieurs siècles on ne cessa de voir l’église défendre un pouvoir temporel qui lui échappait, les grands lutter pour dominer seuls, et le peuple s’immiscer dans ces interminables querelles, avec le sentiment de sa force et la
conscience de ses propres intérêts.