‹ Metz depuis Dix-huit siècles. Son peuple, ses institutions, ses rues, ses monuments; Récits chevaleresques, religieux et populaires. Par Émile Bégin. Troisième volumeChapitre 2 sur 53 · SCEAU DE WALON, ABBÉ DE SAINT-ARNOULD, XI.° SIÈCLE · texte numérisé non relu

SCEAU DE WALON, ABBÉ DE SAINT-ARNOULD, XI.° SIÈCLE

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Division des matières.

Première période.

Depuis l’an 1000 jusqu’à l’an 1095.

À Metz, les tentatives d’affranchissement communal remontent aux premières années du x1.° siècle. Ce fut d’abord une usurpation ecclésiastique sur les droits de l’empereur d'Allemagne ou du roi de France; usurpation signalée par le droit monétaire que se sont arrogé les évêques; puis un soulévement des races nobles contre l’évêque, avec appui de la bourgeoisie. Les deux partis devaient ménager cette derniére, car ils en avaient besoin. De son côté, le peuple eût craint de s’isoler de l’église-et de l'aristocratie locale, pour lutter seul contre les monarques allemands ; c'est ce qu'on verra sous l'épiscopat de Théodoric I.®, d’Hérimann et de Poppon.

Deuxième période.

Depuis l'an 4095 jusqu'à l’an 1160.

Exigeante à proportion des services qu'elle pouvait avoir

rendus ; mesurant ses droits selon le sentiment de sa force; une fois débarrassée de l'autorité du comte qui ne fut désor-

mais que nominale, et protégée par un tribun électif sous le titre de Maitre-Échevin qui remonte à lan 1030, la bourgeoisie messine devint audacieuse. Non-seulement elle eut une magistrature indépendante, il lui fallut une milice, et bientôt elle s’arrogea le droit de faire la guerre et d'entamer des négociations avec les monarques voisins. Les différends survenus entre la cour de Rome et l'empire, la fureur d’émigration qui emportait au-delà des mers une grande partie de la noblesse et du clergé, favorisérent singuliérement l'émancipation populaire. Pour y mettre un frein, l'évêque Bertram qu'on a présenté bien à tort comme le législateur de la république messine, dénatura le principe d'élection en donnant à six membres du clergé le droit exclusif de voter. Ce fut un retour vers l'autorité épiscopale, une réaction théocratique, utile néanmoins par les principes d'ordre que Bertram introduisit dans les affaires. La création des amans, ou notaires, lui est due. Il y en avait un pour chaque paroisse, et cette institution serait-elle la seule de notre évêque, il faudrait l'en bénir, car ce fut une digue imposée aux flots grossissants des contestations particulières.

Œroisième période.

Depuis l’an 1180 jusqu’au commencement du xiv.° siècle. P Jusq

Quelle qu'attention qu’ait pris Bertram de consolider son système administratif, la bourgeoisie ne pouvait manquer de s'y soustraire : les chefs élus étaient pris dans son sein, et des intérêts journaliers liaient l’une à l’autre chacune des grandes familles patriciennes de la république ; tandis que le haut clergé, composé, presque entièrement, d'hommes étrangers au pays et solidaires d’une autorité temporelle qui s'exer-

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tait à l'encontre du peuple messin, celle de l'évêque, demeurail três-souvent isolé, sans force morale et sans ressort. En choisissant un maitre-échevin, les six électeurs ne pouvaient donc presque jamais compter sur une créature qui leur füt dévouée. Peut-être évitaient-ils un ennemi, mais jamais ils ne rencontraient d'ami. L’extinction du titre de comte de Metz en la personne de Thiébaut, duc de Lorraine, l’établissement des Paraiges ou associations de familles parmi lesquelles devaient être choisis les officiers civils, donnérent au maïître-échevin ainsi qu'au conseil échevinal un surcroit d'autorité. La ville eut sa cour souveraine sous le nom de tribunal des Treizes; le peuple ses représentants officiels en la personne des Comtes-Jurés. Un admirable ensemble hiérarchique, une pondération de pouvoirs sagement combinée, surgirent ainsi du tumulte lui-même. L'église intimidée recula devant ces empiétements venus de l'autorité populaire ; d'autre part, les empereurs qui avaient appris depuis un siécle à redouter l'église, ne virent pas, sans quelque plaisir, des villes populeuses telles que Metz se soulever contre la puissance épiscopale. Ils pensaient avec raison qu'une lutte intestine les dévorerait à la longue, et que plus tard le sceptre impérial s’implanterait victorieux sur leurs ruines. Mais ils ne songeaient point au développement intellectuel qu'un tel état de choses allait entrainer, aux habitudes d'indépendance que prendraiïent les peuples, au contrèle dont ils poursuivraient un jour les actes des gouvernants. L'unité d'aggrégation des

villes entr'elles allait se rompre, et la souveraineté monar-

chique descendait du degré supérieur où l'avait placée l'épée de Karl-Magne.

Depuis deux siécles environ nos évêques frappaient mon-

naie. C'était un droit qu'en administrateurs habiles les échevins

de Metz n'eussent pas osé s’attribuer, dans la crainte d'éveiller

la chatouilleuse susceptibilité de l’empereur et du roi de France ; mais à peine le dernier comte füt-il mort, que la cité prit un coin à’ses armes, et qu’elle frappa des florins, moins dans le but de faciliter les échanges commerciales, car la monnaie épiscopale courante suffisait, qu’afin d'émettre au-dehors l’attribut le plus positif de sa souveraineté. À cette même époque remontent les sceaux de la ville et des paraiges.

Quatrième période.

Depuis le commencement jusqu’à la fin du xiv.* siècle.

L’expulsion des templiers et des juifs ouvre cette période que caractérise l'attitude belliqueuse de la cité. En aucun temps le gouvernant populaire ne s’est élevé si haut dans nos murs. Une chevalerie échevinale fut instituée; on frappa une quantité considérable de monnaie courante , ou petite monnaie; on ne craignit pas d'imposer le clergé lorsque l'exigeaient les besoins de la république ; on obtint non-seulement des évêques, mais des empereurs eux-mêmes, la reconnaissance , la ratification des libertés conquises; les princes voisins dont la prospérité messine excitait l'envie, se liguërent plusieurs fois contre nous ; le clergé fut souvent inquiété dans la jouissance de ses droits; des luttes intestines signalèrent cet état de choses pendant lequel la ville de Metz, partagée en deux camps hostiles l’un à l’autre, voyait emprisonner et proscrire ses meilleurs citoyens. Malgré cette agitation, et peutêtre même à cause d'elle, le commerce prospérait, car la magistrature messine, écrasée par des charges sans cesse renaissantes, comprenait qu'il n’était possible d'y subvenir qu'en favorisant l'industrie, Nos alliances, au surplus, ne

pouvant se maintenir d’une maniére durable, chacun sentait l'obligation de se suffire à soi-même et de n'acheter à personne les choses qu'on pouvait fabriquer chez soi

Cinquième période.

Depuis le commencement du xv.° siècle jusqu’en l’année 1521.

Une révolution populaire, véritable Jacquerie, excitée par quelques brouillons contre l'aristocratie messine , faillit perdre la république. Quand les mutins, qui ne visaient à rien moins qu'à renverser l’ancienne magistrature pour prendre sa place, virent leurs projets renversés, ils ouvrirent des négociations dont le but était de faire passer la ville sous l'autorité mixte du roi de France et du duc de Bar. Cette tentative échoua, mais elle devint pour la France et la Lorraine une amorce attrayante qui mit plusieurs fois la république messine à deux doigts de sa perte. L’ennemi conservant des intelligences dans la place, nourrissait l'espoir de s'en emparer. Surprises, négociations cachées, attaques réitérées, tout était mis en œuvre. C'est ici que brillent avec le plus d'éclat le patriotisme exemplaire, le courage, la constance intelligente et froide de nos magistrats supérieurs. Aucun sacrifice ne leur coûte. Ils résistent sans espoir et triomphent. Des discussions nouvelles éclatent peu aprés entre le chapitre de la cathédrale et les magistrats. Ces derniers ne demeurent pas moins inflexibles dans cette circonstance que dans l’autre. En vain le pape, l’empereur, le duc de Lorraine insistent-ils pour les faire fléchir, les chanoines rebelles mis hors du droit commun , ne rentrent qu après soumission. Le sceptre épiscopal messin ayant passé à la maison de Lorraine, en 1484,

devint l'occasion d'entreprises hostiles, appuyées sur les

secrètes intelligences que cette puissance ducale menageait parmi nous ; en même temps que la non-résidence des évêques donna plus de latitude au pouvoir populaire.

Sixième periode.

Depuis 1521 jusqu’en l’année 1552.

La réforme paraît. Elle grandit bientôt à l'ombre des franchises municipales. Metz, voisine de l'Allemagne, accueille favorablement les nouvelles idées. Cette circonstance qui forme , dans la république, une scission religieuse en même temps qu'elle entraine une rupture politique, porte un fatal et dernier coup au gouvernement populaire. Pour échapper aux divisions intestines et protéger la religion ébranlée, les plus sages ne voient d'autre salut possible qu’en se jetant entre les bras de la France. D'un autre côté, le parti protestant invoque les puissances rhénanes. Quelques négociateurs habiles font le reste. Henri IL s'empare de Metz. Son usurpation se colore des formes d'un simple protectorat; mais c'en est fait des libertés publiques.

Voilà par quelles phases à passé Metz républicaine ; voilà l'ensemble des événements qui vont se dérouler pendant cinq siècles et demi, de manière que chaque période ait sa physionomie nettement dessinée, son caractère d’individualité sociale. L'art profane nous a transmis l'expression de cette physionomie , non seulement dans les œuvres monumentales mais jusques dans les productions les plus communes; et quoique l’art chrétien semble devoir marcher isolé des influences matérielles de la vie politique, il n’a pu s’en affranchir

ici. Les raides exigeances du menu populaire le dominent ;

sa pensée poétique et rêveuse fléchit sous le joug d’une utilité palpable, et la main qui fait éclore les clochetons fleuris des églises est obligée de présider, en même temps, aux ma chicoulis des portes urbaines ainsi qu'à l'érection des têtes crénelées de nos édifices civils. Cloches et foudres de guerre; sceaux ecclésiastiques et monnaies municipales ; saintes ban-— nières, drapeaux et guidons, sortent d'ateliers où le sentiment des choses religieuses, des exigeances du culte, vient se con-

fondre avec un sentiment exclusif de patriotisme local éner-

gique.

Dans l’onzième et le douzième siécles , les formes romanes mélées de quelques traditions byzantines, impriment aux beaux arts une vigueur, une originalité linéaire, qu'on ne retrouve plus sous l'empire du systéme ogival. La littérature, sobre de détails, incorrecte mais sévére en sa marche, semble refléter l’attitude architecturale de l’époque, nonseulement par la pensée, mais aussi par le style et la calli-

graphie.

À l'ogive, qui s’introduit vers la fin du x1r.° siècle pour se multiplier rapidement, vient se joindre la langue romane. Cette double expression de sentiments nouveaux, cette double nécessité d’une révolution sociale, coïncide avec Feffloreseence des libertés populaires. Le latin, que le peuple ne comprend pas, est abandonné par lui comme la byzantine est abandonnée par l’église qui recherche des formes plus sveltes, plus poëtiquement idéales. Dans notre pays, toutefois, ces changements ne sont ni brusques, ni heurtés. Ils se font avec une certaine mesure, et long-temps encore l'art demeure, sinon stationnaire, du moins indécis. Ë

Dans le xiv.° siècle, époque où la noblesse messine dérivant du comptoir aussi bien que du sol et de l'épée, présente deux aristocraties distinctes, l’art profane semble exclusivement préoccupé de leur consécration. On élève hôtel contre hôtel; on déploie avec orgueil un luxe d’armoiries; le plus mince boutiquier devenu maïtre-échevin et chevalier, aspire à l'honneur insigne d’être reproduit aprés sa mort, agenouillé sur le trophée de ses armes, avec encadrement des blasons de sa famille. Les troubles civils, les préoccupations belliqueuses de cette époque, expliquent la rareté des productions littéraires et des monuments artistiques, mais jamais l’industrie ne fut plus ingénieuse ni plus active.

Au siècle suivant, c'est autre chose : les Messins comprennent la nécessité d'avoir des annalistes, et la chronique locale apparaît; ils recherchent des émotions nouvelles, et les mystères, les processions, les jeux de batteleurs, les tournois, viennent occuper leurs loisirs ; l'église, de son côté, ne néglige rien pour donner au culte une pompe en harmonie avec l'éclat des autres spectacles ; la vitrerie peinte étale en sa faveur ses grandes pages bibliques, tandis que la pierre devient docile au ciseau.

Introduite à Metz en 1480, l'imprimerie annonce de nouveaux progrés intellectuels. Cependant ils ont lieu avec lenteur, car le cachet du Moyen-âge persiste lorsque déjà, de toutes parts, la Renaissance étend son empire. En 1518, nos architectes, nos sculpteurs et nos peintres font encore du moyen-àge. Trois années plus tard, l'hérésie élève tout-acoup sur les rives mosellanes sa voix convulsive ; les réminiscences classiques arrivent aussitôt avec elle; le clergé les subit sans le vouloir, et la Réforme s’asseoit triomphante sur

le jubé de notre cathédrale, se proméne autour de l'hémicycle, et se mire dans les translucides tableaux de Valentin Bousch.

C'est au développement de ces annales populaires, de ces faits tour-à-tour religieux, militaires, artistiques, que sera consacré le volume qu’on va lire. Nous le diviserons en deux parties: la premiére contiendra le récit chronologique des évènements; la seconde, le tableau des rues de Metz classées suivant l’ancienne division paroissiale, et pittoresquement animées par la peinture des choses qui sy sont

passées pendant cinq siècles et demi.

Ainsi se trouvera complétée l'histoire républicaine d’une cité qu’on peut offrir comme type du système d'institutions municipales le plus parfait qui ait jamais existé en aucune

ville française.

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