‹ Metz depuis Dix-huit siècles. Son peuple, ses institutions, ses rues, ses monuments; Récits chevaleresques, religieux et populaires. Par Émile Bégin. Troisième volumeChapitre 24 sur 53 · TERRE TER · texte numérisé non relu

TERRE TER

Quoiqu'il en soit, l’idée qu’eut Siméon ha-Gadol de quitter

sa patrie pour chercher un refuge dans nos murailles, est un

témoignage précieux des vertus hospitalières des Messins, lorsque de toutes parts Israël gémissait persécuté.

Le douzième siècle est une époque très-intérassante dans les annales israélites, parce qu'on y voit le point d’origine d'une position sociale à peu prés uniforme, octroyée à la nation juive, sur presque tous les points de l'Europe , mais principalement en France et en Allemagne. Sous le nom de juiveries, des quartiers se bâtissent et s'organisent pour servir d'asile aux enfants d'Abraham, à des conditions qu'on leur fait payer très-cher. Ces quartiers étroits et resserrés, situés hors des portes de chaque grande ville, fermés certains jours et certaines heures du jour, présentent une infinité de petites maisons étroites, élancées, bâties la plupart en bois, groupées irréguliérement autour d'une synagogue. Telles on voyait encore, à la fin du siècle dernier, les juiveries de Paris, Metz, Lyon, Avignon, Mayence, Francfort, Ratisbonne, etc. À Paris, ils habitaient le Champeaux, terrain occupé depuis par les rues de la Poterie, de la Triperie, de la Chausseterie, de Jean de Beausse et de la Cordonnerie ; à Metz, aprés les avoir chassés du Champé, nos administrateurs les avaient établis non loin de là, dans le quartier de Juiverue, comprenant deux rues : Jurue, la rue d'Enfer et quelques impasses ou culs-de-sac. Des portes et des barrières fermaient ces quartiers. On leur permit, en même temps,

d'avoir des juges particuliers, une police à eux, mais ils res-

des meilleurs auteurs du rituel à l’usage des juifs. Ses hymnes sont des modèles d'inspiration lyrique; le morceau qu’il composa pour la fête du Kol-Nidré, la veille du Kippour, est un poème sublime, comparable aux psaumes les plus beaux du roi David.

sortaient des tribunaux ordinaires, dans les causes qui intéressaient les chrétiens. A Paris, il existait une chambre nommée par le roi « pour connaitre des affaires et différents < touchant les juifs. » Le prévôt de la ville en faisait partie. Cétaient les commissaires conservateurs des juifs. Dans les : domaines particuliers, les israélites étant attachés aux immeubles eux-mêmes , on les aliénait, on les changeait, on les hypothéquait; leur domicile était fixe comme celui des animaux livrés à la culture. Ces conditions diverses paraissent intolé-

rables aujourd'hui, mais en échappant au poignard du fanatisme, Israël bénissait encore le ciel d'assurer son existence et son avenir matériel, au prix de la liberté.

Beaucoup de juifs allemands et français adoptérent alors des noms étrangers à la bible, et choisis, comme quelques noms chrétiens, du lieu qu'ils présumaient avoir été primitivement occupé par leurs ancêtres depuis la chute du temple. C'est l'origine des Spire, des Landau, des Mayence, des Francfort, des Worms, des Trèves, des Coblentz, des Ratisbonne, des Lyon, etc... dont la descendance s’est perpétuée jusqu'à nos jours.

Il résulte d'un calcul très-simple appuyé sur les dimensions de l'ancienne synagogue et de la synagogue actuelle, que, dans le douzième siècle, la population juive pouvait s'élever, à Metz, au chiffre de 900, tout au plus de 1000 individus*. Nos deux planches 69 et 70 donnent une idée fort juste de leur temple, et la planche 75, l'image vraie de leur costume.

* V. mon ouvrage intitulé: Etat des Juifs en Europe et leur histoire en France, etc.

Cependant, vers l'époque où nous sommes arrivé, les Israélites auront été forcés de quitter leur quartier, peutètre la ville; car on trouve, à la date de 1205, au bas d'une charte de l’évêque Bertram en faveur de l'abbaye de

Saint-Clément, le nom d'un chrétien, Rodulphe, domicilié

dans le quartier des Juifs, Rodulphus, de vico Judæorum.

Œroistème période.

Depuis l’an 1180 jusqu’au xiv.° siècle.

Page 1