‹ Metz depuis Dix-huit siècles. Son peuple, ses institutions, ses rues, ses monuments; Récits chevaleresques, religieux et populaires. Par Émile Bégin. Troisième volumeChapitre 23 sur 53 · FRS RER TR · texte numérisé non relu

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ÉTAT SOCIAL. 159 saux et les serfs se réfugiaient au sein du manoir, la herse s'abaissait, on arboraït le drapeau d'alarme, la cloche sonnait en signe de détresse, et chacun attendait que la bourrasque füt calmée; dans le second cas, vous eussiez vu sortir de toutes les demeures seigneuriales du pays, banniéres en tête, maîtres, valets et serfs, cheminant à pas lents, frappant les airs d'hymnes pieuses, s’agenouillant à toutes les croix qui garnissaient les routes, et faisant quelquefois ainsi plusieurs lieues. La Vierge-aux-Miracles de notre cathédrale, la Notre- Dame-des-Champs, la basilique des apôtres, etc., attiraient chez nous grande quantité de pélerins. Ils y venaient surtout à certaines époques ; et l'église profitant avec habileté de ces réunions solennelles pour rapprocher les hommes dans le sentiment et l'expression des mêmes croyances, opérait un bien réel sur notre population mosellane. On n'avait alors nul autre moyen de conciliation entre les esprits que l’état

féodal tenait naturellement séparés.

À Metz, cette division s'accroissait encore de la lutte intestine où le clergé, la noblesse et le peuple demeuraient engagés. Chaque jour la démocratie étendait ses racines; des offices nouveaux accusaient les empiètements progressifs de la bourgeoisie. Il ne suffisait déjà plus qu’un tribun populaire sous le titre de maitre-échevin, balancçât le pouvoir épiscopal, il fallait que la ville eût une division municipale indépendante de Ja division paroissiale, qu'elle se groupât en trois grandes mairies: la mairie de Port-Sailly, la mairie d'Outre-Muzelle et la mairie de Porte-WMuzelle ;

que trois officiers* fussent préposés à l'administration des trois

* Ce sont les maiours. Nous en avons parlé plus haut.

mairies, et qu'ils ressortissent uniquement du maïître-échevin et du conseil échevinal*.

Les paroisses, dont nous avons signalé l'existence dans l'onziéme séicle, conservèrent, selon toute probabilité, leur attitude dans celui-ci. La paroisse de Saint-Vite (Citadelle),

os

située hors des murs de la ville, appartenait à l’abbaye de Saint-Pierre**. Les paroisses de Saint-Mamin, de Saint- Etienne-aux-Vignes, peut-être aussi de Saint-Martin in Curtis, s étendaient hors de l'enceinte ; le quai de l’Arsenal, dit quai des Juifs, s'appelait déjà le Rhin-Port ou port du Rhin, et la plupart des rues qu’on voyait à la fin du dix-septiéme siècle étaient ouvertes.

Suivant la tradition, les israélites avaient leur cimetiére dans la circonscription de Ja paroisse Saint-Vite, cimetière où Siméon ha-Gadol, rabin célébre, fut dit-on inhumé***; mais comment concilier cette tradition avec l'existence d’un autre tombeau que les juifs mayençais prétendent être de luisea moins d'admettre que sa dépouille mortelle aurait été réclamée par ses compatriotes et transportée de Metz à Mayence****,

* Une charte accordée en 4196 à l’abbaye de Saint. Arnoul, par l’évêque Etienne de Bar, pour lui confirmer le droit de foire annuelle , prouve que la division de la ville de Metz en trois mairies existait déjà, puisque cette charte est signée de Gérard de Port-Sailly, d'Arvanne de Porte- Muzelle, de Jean d'Outre-Muzelle, ofliciers principaux; du premier échevin Thierry; du juge Albert, et de plusieurs autres.

** Cela résulte d’une charte de donation d’Etienne de Bar, en date de l’année 1175.

*** Le Sefer ha Doroth, p.52, assure que Siméon mourut à Metz pendant la persécution de la première croisade,

*##* Siméon ha-Gadol , surnommé Siméon ben Isaac ben Abon , eut une

réputation éclatante comme poète et comme sage, On le met au nombre

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