UN MAITRE-ÉCHEVIN DE METZ
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= ARBONNEAU. SC RS DRDAREALE SU NE
Metz républicaine.
Première période.
Depuis l’an 4000 jusqu’à l’an 1095.
eme l’onziéme siécle était-il commencé ue D
sles esprits terrifiés par les rêves des millénaires, * ressaisirent leur ancienne énergie. On compta à sur l'avenir, et les projets abandonnés, les travaux ST suspendus furent repris avec une nouvelle vigueur.
< Autant sous l’accablante impression du danger commun,
$PX (ous, monarques et peuples , se montraient dociles aux enseignements de l'église ; autant, quand ils eurent franchi le terme fatal, rejetérent-ils loin d'eux le secours du ciel et
l'intervention de ses ministres, Ces derniers, à la vérité,
n'agissaient pas toujours comme aurait dù le comporter Jeur caractère sacerdotal ; aussi les griefs accumulés contre eux devenaient pour nos ancêtres une raison puissante d'indépendance et de liberté. La ligue ourdie en 1007 par l'évêque de Metz, le prévôt de Saint-Paulin de Trèves, le comte de Luxembourg et le duc de Bavière, à l'effet de soutenir des intérêts de famille qu'avait lésés leur beau-frère Henri n1, roi de Germanie, acheva, selon toute apparence, le discrédit du pouvoir épiscopal chez les Messins , car cette guerre les plongea dans une misére affreuse. Mais, reprenons les choses d'un peu
plus haut.
La mort d'Othon mt, empereur et roi de Germanie, arrivée le 2 janvier 1002, laissait le nord de l'Europe, et notamment notre pays, en proie aux agitations qu'amène toujours un héritage mal assuré *. Aprés s'être infructueusement soulevé contre Henri 11, successeur d'Othon, le duc de Souabe et d'Alsace, Hermann, rentré dans le devoir, attendait pour agir quelque occasion favorable quand Théodorik, duc de Mosellane, lui promit assistance, comptant sans doute sur les Messins, puisque Adalberon 11, leur évêque, était son frère. Mais, au lieu de s'engager dans une guerre incertaine, ils crurent plus sage de raffermir, de multiplier leurs alliances; se bornant à un système d'intimidation , à des mesures illégales et tyranniques vis-à-vis des seigneurs qu'ils savaient leur être opposés **,
Prévenu de ces machinations hostiles , Henri 1 vient à Thionville sur la fin de l’année 1005, et dans une diète où assistent
* Adelbold. Vit. Henric. Imp. ap. Bolland, 14 juil.
** Sigehard. Mirac. sancti Maxim. cap, 11
les principaux seigneurs lorrains, il prend des mesures pour empêcher les entreprises ultérieures d'Hermann et de Théodorik. Ce dernier ne s’endormait pas. La mort d'Adaïlberon , arrivée le 15 décembre 1005, après six mois de souffrances, lui suggéra l'idée de préparer à son fils, encore trés-jeune, l'accès au trône épiscopal demeuré vacant. Venu à Metz avec Bertaut, évêque de Toul, et quantité de seigneurs ecclésiastiques ou laïcs, Théodorik prépare au prélat défunt de somptueuses funérailles ; on l'expose pendant plusieurs jours dans la cathédrale, puis on le transporte à l’abbaye de Saint- Symphorien. Le duc de Mosellane ayant obtenu que Théodorik, fils de Sigefride, comte de Luxembourg, administrerait l’évéché pendant la minorité de son fils Adalberon , l'installation du nouveau coadjuteur eut lieu presqu'immédiatement aprés la cérémonie funéraire. Le duc de Mosellane triomphait, et déjà la ville de Metz lui paraissait soumise ; mais quelques mois à peine s'étaient écoulés que le coadjuteur, sans égard aux engagements pris, chassait du palais épiscopal le jeune Adalberon qui lui était confié, se faisait déclarer évêque en titre par le chapitre , tranchait du souverain , et formait contre le roi de Germanie la ligue dont nous avons parlé précédemment, pour empêcher la réunion du comté de Bamberg à la mance épiscopale de cette église, car ce comté, douaire de sa sœur la reine Cunégonde , devait lui revenir en partie,
puisque la reine était sans enfants *.
Ne pouvant tenter l'offensive, les quatre frères prirent des
mesures pour se défendre vigoureusement. L'évêque Théo-
* Adelbold. Vit. Henric. Imp., ut suprà; Sigehart. Mirac. sancu Maxim. , cap. 2; Ditmar. chron., lib, v ; Labb. concil. t. 1x, p. 784 ; D. Calmet, hist. de Lorr., t. nu, p. 58; le P. Barre, hist, d'Allemagne, IH DH00,
dorik engagea plusieurs domaines dans le but de multiplier ses ressources ; le duc de Baviëre et de Souabe, dépouillé de ses états, vint chercher refuge à Metz avec les fidèles serviteurs qui lui restaient, et comme le peuple messin avait épousé cette querelle, on vit bientôt arriver une nuée d’ennemis au pied de nos murailles. Henri n assiégea Metz et ravagea, pendant cinq années, toutes les campagnes environnantes*. Jamais peut-être tant de misère n'avait accablé ce malheureux pays. « On aurait bien voulu s'enfuir, dit l'abbé Constantin, témoin oculaire du désastre , maïs on manquait de tout, même des choses les plus nécessaires à un voyage. Les villes étaient entiérement dépeuplées, les bourgs et les villages réduits en cendres; le fer, le feu , la famine , la peste avaient complétement désolé nos environs. Des familles nobles, jadis opulentes, se trouvaient réduites à l’indigence. Les vignes étaient arrachées, les arbres coupés , les monastères dépeuplés et réduits en d'affreux déserts. J'ai vu, ajoute Dithmar, autre chroniqueur contemporain, j'ai vu une lettre écrite quelque temps aprés la guerre dans laquelle il est dit que huit cents familles de serfs appartenant à l'église cathédrale de Metz, accablées de faim et de misère, ont abandonné le pays à
1 4 * D â l'insu de leur maitre, et que d’autres se sont exilées même avec leur consentement **.
11 est cependant juste de dire qu'Henri 11 avait recommandé d'épargner les églises etles monastéres, car l'abbaye de Saint- Martin-lés-Metz ayant été ruinée par les Sclavons, le mo-
* Sigibert. chron., ad ann. 1009 ; chron. episc. Met., spial. t. w, pe. 698; Ditmar. chron, lib, v.
** Constant. in vit. Adalberon. n. ap. Labb, bibl, nova, t.1, p.679; \ | > Gp ) OÙ ) Ditmar. chron, lib, v et vi.
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narque répara ce désastre et défendit à son armée d'agir désormais ainsi. Mais Henri ne pouvait être partout, ni empêcher les représailles qu’exerçaient des ennemis poussés au dernier degré du désespoir.
Enfin, un événement qui dans toute autre circonstance n'aurait pas eu grande portée, la mort du jeune Adalberon, servit de prétexte à une réconciliation dont chacun nourrissait l'espoir. Théodorik feignit de renoncer à ses droits sur le comté de Bamberg, à condition que le roi de Germanie le reconnaitrait pour évêque de Metz ; d'autre part ce monarque espéra le détacher de la ligue, et avoir ensuite bon marché des princes de Bavière et de Luxembourg. Mais notre évêque continuait d'intriguer. Il écrivait à Rome des lettres hostiles au roi de Germanie, qui, fléchissant sous le murmure des peuples fatigués de la guerre, convoqua pour le 6 mai 1012, une assemblée d'évêques à Bamberg, porta plainte contre le prélat déloyal, et leur assigna rendez-vous au mois de novembre dans la ville de Coblentz, pour juger les rebelles *. « Ceux-ci, « dit l'histoire bénédictine de Metz, craignant la sévérité « de leurs juges, n'osérent se présenter à cette diète, et « y envoyérent des députés pour faire leurs soumissions. Le « roi ne voulut point les recevoir, et ordonna aux rebelles de « comparaître en personne à une autre diète qu'il devait bientôt « tenir à Mayence. En attendant, les évêques firent défense « à Théodorik de célébrer les saints mystères, jusqu'à ce « qu'il eût fait satisfaction à son souverain, et qu'il eût été « absous **. »
* Ditmar, chron, lib, vi.
ATP 115:
L'évêque de Metz, le duc de Baviére, accompagnés d’une suite nombreuse, se rendirent à Mayence, bien moins pour se disculper qu’afin d'intimider leurs juges, parmi lesquels figuraient Théodorik, duc de Mosellane, Haimon, évêque de Verdun, etc. Les coupables n'ayant pu détruire les charges accumulées contre eux, quittérent l'assemblée plus irrités que jamais, commirent toute sorte d'excès, et furent atta— quer leurs adversaires lorsqu'ils s’en retournaient paisiblement chez eux. Cet infâme guet-à-pens devint fatal à bien du monde; plusieurs y périrent, et le duc Théodorik tomba dans les mains de ses ennemis.
Justement irrité d'un tel attentat, Henri 1 convoqua une troisième diète à Aix-la-Chapelle, chargé d’instruire le procés des coupables. On devait se réunir en 1017, après Pâques; mais l'archevêque de Cologne Héribert sollicita la clémence royale pour le duc de Bavière et l'évêque de Metz, qui coururent se jeter aux pieds du monarque. Ce dernier les reçut avec bonté; il fit plus, il leur pardonna*.
En rentrant dans sa ville épiscopale, Théodorik la trouva remise à peine des malheurs qu’elle avait éprouvés; maudissant les auteurs de tant d'infortunes, et bien résolue de chercher en elle-même des garanties contre l'ambition et l'esprit de famille que montrait notre évêque. Le comte de Metz, fils d'Eberard 1v, comte d'Alsace, aïeul ou grandoncle de Gérald d'Alsace, premier duc héréditaire de Lorraine**, avait épousé la princesse Eve, sœur de Sigefride ,
* Ditmar. chron., lib, VI; chron. vetus ap. Bertholet, hist. de Luxembourg, t. 111, p. 64; Sigibert. chron.
XX L’hérédité de Gérald d'Alsace était une hérédité de fait, mais non de
, , s Ê ; le : \ droit, comme l’a très-bien prouvé M. Noël, dans ses Mémoires pour servir à l'histoire de Lorraine.
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premier comte de Luxembourg, ce qui lunissait par des liens étroits à Théodorik et doublait l'influence qu'ils allaient exercer désormais.
Pressée, comme elle va l'être pendant plusieurs siécles, entre deux rivaux jaloux de sa puissance et de sa fortune, le Luxembourg et la Lorraine; menacée dans son propre sein par un pouvoir qui cherchera des alliances au-dehors, Metz usant du droit électif qu'elle n'avait peut-être jamais perdu, donnant une extension indispensable aux capitulaires de Karl- Magne demeurés en vigueur”, nomma un maïtre-échevin à vie, chargé de la représenter et de la défendre dans les circonstances difficiles. Le premier maître-échevin se nommait Honnolubertin. Les chroniqueurs l'inscrivent sous la date 4050. Mais il est bien présumable que c'est 4020 qu'il faut lire, car on sortait alors d’un état de crise; le pouvoir épiscopal se trouvait mal assuré, l'empire préoccupé d'intérêts plus graves s'inquiétait peu des constitulions populaires, et la France n’y portait guëre plus d'attention.
Ce fut cependant pour s'entendre sur l'administration générale de leurs états qu'en 1023, le 12 août, les deux monarques, flenri 1 et Robert, se rendirent, suivis d’une brillante noblesse, à [voy, aujourd’hui Carignan, d'ou l'empereur vint à Verdun, puis à Metz, signalant son passage par de grandes libéralités en faveur des monastéres**, C'était une sorte d'adieu solennel, car il mourut le 14 juillet suivant,
âgé de cinquante-trois ans, la vingt-troisième année de son
* Charte d'échange de l’année 1012 , entre l’abbé de Saint-Arnould et l'abbesse de Sainte-Glossinde, découverte par MM. Huguenin frères, et inédite,
** Cartul, Si Martin.; chron, Camerac, et Atreb,, cap, xxxvinr.
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élection comme roi, la onzième de son couronnement comme
empereur.
Un évènement aussi grave appela notre évêque en Allemagne. Après avoir contribué beaucoup à la nomination de Conrad 11, dit le Salique , couronné dans la ville de Mayence le 8 septembre 1024, il voyagea quelque temps avec lui“, vint ensuite installer sur le siège épiscopal de Toul le célébre Brunon, devenu pape un peu plus tard, sous la dénomination de Léon ix**, et continua de parcourir l’Allemagne , autant comme personnage politique que comme ministre des autels***, car jamais Théodorik ne cessa d’avoir ce double caractère. En 1055, il assistait avec Poppon, archevêque de Trèves, Pelegrin de Cologne, Reinard de Liège, Nanterre, abbé de Saint-Martin-lès-Metz, et quelques autres, à une entrevue que l’empereur et le roi de France eurent ensemble à Ditschwiller, non loin de Metz, entrevue menagée par l'abbé de Stavelo pour réconcilier les deux monarques****.
Notre ville se trouvait alors sur le qui-vive, par suite des sanglants démêlés qu'excitait la succession au royaume de Bourgogne. Rodolphe m1, dit le Fainéant, étant mort sans enfants le 6 septembre 1052, ses neveux, l’empereur Conrad et Eudes, comte de Champagne, se disputérent aussitôt ce riche héritage. L'évèque, le comte de Metz, et conséquemment la bourgeoisie toute entière, puisque le comte en com-
mandait les troupes, prirent fait et cause pour Conrad. Tandis
* Vippo, de vit. Conradi Salici; Archiv. de Saint-Arnoul, charte de donation de la terre de Viviers à un seigneur appelé Odelon.
** Wat. Brunon. ap. Bolland. , A9 april.
*#X JHist. bénéd. de Metz, t. 1, p. 130.
**** D, Martene, vet, script., t, 1, præf., p. vin et 56
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que l’empereur guerroyait en Bourgogne et en Lorraine, Gothelon, comte de Bar, duc de Mosellane et de Basse- Lorraine , attaquait la Champagne. Le 25 novembre 1057, les armées d'Eudes et de Gothelon secondées par son fils Godefride, étaient en présence sur les rives de l'Orne. Après une lutte opiniâtre, les troupes Barrisiennes inférieures en nombre, avaient le dessous ; elles commencaient même à prendre la fuite, lorsque les Messins arrivant alors rétablirent le combat et fixérent la victoire. Eudes fut tué. Aïnsi finit la contestation pour le royaume de Bourgogne*. L'empereur jouit peu de cette nouvelle conquête, étant mort deux années plus tard. Son fils, Henri nr, dit le Noir, lui succéda. Nous apprenons d’une charte qu'il était dans ce pays-ci le 19 mai 1040**, et d'une autre charte, qu'il se rendit à Stavelo avec notre évêque, pour la dédicace de l’église que venait d'ériger l'abbé Poppon***.
L'objet de ces voyages n'était pas de pur agrément. Un but tout-à-fait humanitaire y présidait. Henri-le-Noir voulait s'entendre avec le haut clergé afin de mettre si non un terme, car la chose eût été sans doute impossible, du moins une suspension aux brigandages, aux luttes intestines qui désolaient les peuples. Il s'agissait d'établir la Tréve de Dieu, code réglementaire extrait des décrétales de plusieurs conciles, et que les seigneurs ne se souciaient pas d'admettre. Ce code ordonnait, entre autres choses, que tous les particuliers mar-
* Vippo, vita Conradi Salici; Glabri, Rodulphi histor., Lib. ur, cap. 1x, ad ann. 4055-1056 ; Sigibert. et Alberic. chron., ad ann. 1056 ; chron. de Jean de Bayon, liv. 11, chap. 48,
** Cartul. Gorziensis, tit. 195.
*** Diplom. Belgic, ap. Miræum., t. 1, p. 660,
cheraient sans armes; que ceux qui pilleraient le bien d'autrui seraient punis de peines pécuniaires ou corporelles ; que les églises serviraient d'asyle à tous ceux qui s’y réfugieraient aprés un crime commis, excepté cependant aux violateurs de la Tréve ; qu'on respecterait, dans leurs pérégrinations, les clercs, les moines et les religieuses; qu’on ne tirerait vengeance d'aucune injure; que les cautions existeraient sans gages, sur une simple parole donnée, etc., et que les contrevenant(s seraient punis comme s'ils eussent mérité la mort,
c'est-à-dire, excommuniés et bannis.
Des dispositions aussi sévèêres ne pouvaient évidemment être acceptées de bonne foi, ni maintenues. L'empereur et les prélats prirent un moyen terme; on supprima les articles dont l'application semblait impossible, et la Tréve, au lieu d'être sans réserve, avec continuité, n’embrassa que quatre jours chaque semaine, depuis le mercredi soir jusqu'au lundi matin.
Cette Tréve singulière, revirement des consciences qu’effrayaient leurs propres excés, fut observée presque dans toute la Gaule”. Chose étrange, deux ecclésiastiques d’un mérite éminent , artistes, administrateurs, Odilon, abbé de Clugny, Richard, abbé de Saint-Vannes, détournérent les Neustriens de s y soumettre. Comme un mal affreux, /e mal des ardens, épidémie intestinale accompagnée de pétéchies , attaquait alors Ja Neustrie, on ne manqua pas d'attribuer le fléau à la colére divine, de maudire les deux abbés et de les appeler à la barre des peuples.
* Y /] 2 3 D " « e Gnl Abe Trève de Dieu ou du Seigneur, parce qu'on croyait avoir remarqué l'intervention pacifique du Très-Haut dans plusieurs circonstances , et sa volonté de maintenir l’union entre les hommes.
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Metz avait accepté franchement les conditions de la Trève. Nulle part on ne l'observa mieux , peut-être même aussi bien ; car sa moralité , sa justice faisaient sa force”.
Nous ne suivrons pas Théodorik aux synodes de Trèves, aux dédicaces, aux canonisations, à toutes les réunions solennelles où la politique et la religion se donnaient rendezvous, car son action regardait bien plus l'empire que le Pays- Messin**; mais nous irons le recevoir aux portes de la ville, quand, tombé malade à Saint-Trudon, il revint ici pour mourir.
La bourgeoisie messine avait oublié les torts d’une ambition justifiable. Elle tenait compte au prélat de l'harmonie qui régnait depuis quarante années entre un pouvoir déchu et un pouvoir nouveau, et de sincères démonstrations d’affectueuse reconnaissance l’accueillaient. Mort le 50 avril 1046, les airs retenlirent du glas funéraire, car on avait donné pour cela douze deniers aux sonneurs ; il fut exposé trois jours, inbumé dans un coffre en chêne, et vingt sols messins
* Ilist. bénéd, de Metz, t. 11, p. 153,
** Brouverus, annal, Trev.,t.1, p. 318; Mirœus, diplom. Bels,, t.1, pe 264, 471, 519, 660 ; Sigibert., carm. in $. Lucid; Halinard, vit., n, 6, ap. Mabill, act, SS, 0. S. B., t. 1x, p. 86.
constituérent la riche fondation qui devait perpétuer annuellement l'expression de la douleur publique. Bien qu'on se füt conformé aux intentions modestes du prélat en plaçant sur sa poitrine une simple croix de plomb dont voici l'image réduite des deux tiers*, la ville et le clergé firent ériger pour lui, au milieu du chœur de la basilique karlovingienne, un somptueux mausolée**.
J'ai signalé, dans mon Wistoire de la cathédrale de
* 1 à Nix * ga sie 0 Q e On Lit sur cette croix: ZI. Kal. Mai, obüt Theodericus Junior, Ecclesiæ Metensis Episcopus, le 2 des kalendes de mai mourut Théodorik le jeune, évêque de l’église messine.
** Meurisse, hist. des Euesq. de Metz, p. 532; hist. bénéd. de Metz,
t. 11, p. 460; hist. et description pit, de la cathédrale de Metzst.r, p. 97 à 99.
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Metz, la part que dut avoir Théodorik à l'érection du nouveau sanctuaire ; j'ai combattu l'expression hasardée de Martin Meurisse, qui a dit que le prélat vit, avant sa mort, quelque partie de son église élevée jusques au comble et voutée, et repoussé, sans doute victorieusement , les opinions des historiens qui m'ont précédé*. Ce n’est pas le lieu de reproduire cette dissertation ; mais, pour frapper les yeux les moins
clairvoyants, je donne ci-dessous une porte byzantine dans le style du onzième siècle, qui, comparée aux motifs d’ar-
chitecture ogivale d’après lesquels fut construite notre grande église, ne laisse aucune incertitude sur la différence artistique des deux époques.