‹ Metz depuis Dix-huit siècles. Son peuple, ses institutions, ses rues, ses monuments; Récits chevaleresques, religieux et populaires. Par Émile Bégin. Troisième volumeChapitre 32 sur 53 · D ON N · texte numérisé non relu

D ON N

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Quand les conseillers-échevins eurent pris le nom de Treize, is formérent un tribunal suprême auquel on jugea convenable d'adjoindre, quelques années plus tard, des comtes

jurés élus par le peuple pour le représenter dans les assemblées du grand conseil, et vingt-six prud'hommes*, etc. Ges trois tribunaux , “séparés ou réunis selon les cas, embrassaient toutes les affaires. Dans les circonstances graves, le pouvoir délibératif faisait un appel aux échevins des paroisses**, et même à d’autres représentants du peuple désignés en tête des atours sous le nom de tous li Communs, toute lai comunitcit, tout lou coumun de Mes. Les prud'hommes et le peuple n’avaient eu d’abord que voix consultative dans les délibérations. Il en fut ainsi des paraiges appelés au pouvoir en 1248. Le maitre-échevin, les Treize, les comtes jurés décidaient, suivant avis des paraiges et du peuple; quelquefois ils ne prenaient conseil que d'eux-mêmes. Le nom des prud'hommes apparaissait par intervalles; mais le rôle de ces derniers dut s’amoindrir après l’adjonction des paraiges au conseil souverain. Il résulte du Grand cartulaire de Metz, qu'en 1250 le conseil délibératif se composait de 15% personnes, savoir : le maïître-échevin ; les Treize; 20 députés du paraige de Port-Sailly; 20 députés du paraige de Port-Muzelle; 20 députés du paraige de Saint-Martin; 20 députés du paraige de Jurue ; 20 députés du paraige d'Outre- Seille, et 40 du paraige du Commun.

Les paraiges*** ne formaient pas, comme on l’a supposé, des tribus populaires sectionnées par quartiers distinctifs. Ce furent d'abord cinq grandes familles avec leurs alliances, qui, réunies

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pour imprimer une forme normale au gouvernement répu-

* Li Treses Jureiz ou Juriez de Mes, li Treses Jureiz de la paix, li peirs dou maistre Eschevins; li contes jureiz, ou simplement, li contes; li Prodommes, ou Proudommes de la communalteit de Mes.

** Li Consoil des Eschevignes,

*** Li six Paraiges ou lignaiges de Mez,

blicain, finirent, à la longue, par constituer une véritable aristocratie hors de laquelle il n'y avait point d'avenir*. D'autres familles réclamérent : on les associa dans un sixième paraige appelé paraige du commun, et l’ensemble de la population demeura divisé ainsi tant que dura la république messine. Seulement, l'administration eut soin, plus tard, d’adjoindre aux familles paraigiennes primitives quelques familles nouvelles pour combler les vides qu'entrainaient les guerres, les proscriptions, les épidémies si communes au moyen-âge, et le cours ordinaire des destinées humaines. Ces péripéties sociales furent tellement mullipliées, qu’à la fin du xv.® siècle, sur ces 150 souches ou chefs d'hôtel dont se composaient les paraiges primilifs, il n’en existait plus que dix ou douze. Dans l'organisation paraigienne, tous les fils succédaient à leur père; mais quand le père et l’aïeul maternel étaient demeurés fidèles au paraige dont ils se trouvaient issus, les fils pouvaient choisir entre le paraige de l’aïeul et celui du pére. Il en résultait qu’à la longue, les membres d’une même famille patricienne appartenaient souvent à trois ou quatre paraiges. Les alliances, d’ailleurs, faites au sein des paraiges aussi bien qu’en dehors, modifiaient incessamment leur composition; de sorte qu'on voyait dans les paraiges de Porte- Muzelle, Juif-Rue, Saint-Martin, Outre-Seille, quelques roturiers figurer parmi grand nombre de nobles; et dans le paraige du Commun, quelques nobles parmi grand nombre de roturiers , industriels, négociants et gens de métiers**. Les membres des paraiges, gentilshommes, chevaliers et

* On voit au bas d’une charte du # des kalendes de janvier 1214, concernant les droits de tonne payables par les forains, cinq noms qui semblent marquer les cinq souches paraigiennes primordiales; ce sont : Henry de Porte-Sailly ; Rodulphe de Porte-Muzelle ; Simon Maleboche d'Outre-Seille; Albert de Juifrue; Remy de Saint-Martin.

** V, le grand cartulaire de la cité.

ÉTAT SOCIAL. 215 roturiers , se trouvaient confondus sous l'appellation générale de bourgeois et bonnes gens de la cité, tandis que les autres habitants se qualifiaiént manans. Une alliance matrimoniale

pouvait élever un manan au titre de bourgeois.

Chaque paraige avait son hôtel ou lieu d’assemblée, et son scel particulier. L'hôtel, vaste, crénelé, rectangulaire, percé d’un nombre considérable de petites fenêtres, offrant une porte en retraite sur une petite cour qui alignait la rue, dépassant de la moitié de sa hauteur, au moins, les maisons groupées autour de lui, présentait l'image d’une forteresse urbaine plutôt que celle d’un asile pacifique. On voit encore, rue du Grand-Cerf, rue des Piques et rue Chèvremont, trois

monuments semblables , désignés à tort par le vulgaire sous le nom d'hôtels des Treizes.

Le sceau différait, selon qu’il appartenait à tel ou tel paraige :

Porte-Muzelle avait burlé d'or et d'azur de huit piéces, et pour légende, S. de Porte-Moselle ;

Juif-Rue, d'or, à l'aigle de sable, sans membres, et pour légende, Sig. dov. paraige. de. Gerve. +3; au contrescel, tête de juif de carnation, caricaturée, en champ d'azur ;

Saint-Martin, de gueules, à trois besans d'or posés deux et un; celui de dextre chargé d’une croix de gueules, et pour légende, Sigillom illorom de S.° Martino;

Porte-Sailly, d'or à une tour de sable annelée, et pour V> légende , S. parentele de Porta Salie ;

Outre-Seille, chevronné d’or et d'azur de onze pièces , et pour légende, Sigillum de Maleboches ;

Le Commun, d'or, à un saint Esprit d’azur en chef et à un saint Etienne de carnation, à genoux, en habit de lévite, les mains jointes et élevées vers le ciel; le saint Etienne accosté de deux lapidateurs également de carnation; au contrescel, un saint Paul de carnation tenant de la main dextre une épée d'argent, instrument de son martyre ; de la main senestre, le livre des saints évangiles, et pour légende, Sigillum S. Stephani. de communitate. Metensi . +.

Ces sceaux, que personne encore n’a publiés, offrent beaucoup d'intérêt sous le rapport de leurs symboles et de leurs

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