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puisqu'en moins de douze années, entre 1288 et 1299, il fallut créer deux nouvelles banques*.
Suivant les registres de comptes tenus par les Treize**, la laine , le fer de Cologne, la craie, les meules de moulins, les toiles, les pelleteries du Nord, l'acier, le plomb, le cuivre, les tissus de laine blancs , noirs et rouges, le feutre, l'huile, le sel, constituoient les branches principales du commerce d'importation. La laine, le fer, le sel arrivaient très-souvent en bateau, ex la neif. C'était sur les objets fabriqués, tels qu'armes, outils, instruments, tissus de laine, cuirs forts, cuirs blancs, etc., que s’exercçait l’industrie messine ; mais les vignes formaient la grande ressource du pays. Pour faciliter la vente des vins, empêcher les accaparements, les spéculations frauduleuses , les magistrats défendaient aux tonneliers, sous peine d’un an d’exil et de vingt sous d'amende, de recevoir les acheteurs chez eux, de les accompagner en ville, de cautionner les vins d'avance et même de les mesurer s'ils n’y étaient point invités ***, On tenait journellement plusieurs marchés sur lesquels les maires de Porte-Muzelle, de Port-Sailly, d'outre-Moselle , ainsi que leurs doyens ont conservé des droits
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jusqu’en 130 et annuellement deux grandes foires, Zy
oires Saint-Pierre en Fenal, et ly foires Saint-Arnoul. “4
* Atours du 26 octobre 1299, pour Jean de Montenier et Georges de Kiers, créés bourgeois et lombards. Archives de feu le comte Emmery, à Grosyeulx.
A cette époque, il existait une banque à Sarrebourg, autorisée vers 1270, par l’évêque Jacques de Lorraine.
** Il en ‘existe un assez grand nombre aux archives municipales, Nous les avons tous feuilletés avec la plus minutieuse attention.
*** Atour du 9 août 1241. Archives municipales.
*kxX Ces droits étaient abolis le 12 septembre 1301.
Différentes halles servaient d'exposition permanente pour les marchandises : le testament d’un moine de Saint-Arnould , en date du 5 avril 1218, porte donation à ses confrères de l'estault qu'il possédait en la halle des draps à vendre.
Le tarif du fonneu, les droits qui se percevaient aux barriéres, prouvent qu'au xu.® siècle , Metz présentait une muraille d'enceinte qu’on appelait Za fermetei de la ville. Nous lisons d’ailleurs, dans un règlement de l'évêque Bertram, en date de 1196, une phrase par laquelle il distingue nettement la ville de ses faubourgs”* ; c'était là, devant la /ermetei, que les juifs désireux de pénétrer dans l’intérieur payaient trente deniers et trois dés, en mémoire sans doute de ceux avec lesquels les soldats israélites avaient joué la dépouille de Jésus-Christ**.
Le pont des Morts et le pont Tiffroy formaient au couchant le point de séparation des faubourgs avec la ville; le pontà-Seille et le pont Sailly la limitaient à l'orient; sa ceinture méridionale contournait Sainte-Glossinde et la septentrionale allait de la porte des Allemands au Champé, du Champé au versant de la colline où Sainte-Ségolène est assise, et de ce versant à la porte Thionville, en coupant la rue Chambiére vers les deux tiers de sa longueur.
Pour la sûreté publique et la régularité des péages, on fit de grands travaux à l'enceinte urbaine ; à cet effet, nos ma-
gistrats imposérent même la taxe du tonneu sur toutes les églises
* Quicumque homo vel femina infrà muros civitatis Mettensis et in suburbis.
** Voyez à la fin de cet ouvrage le tarif des droits du Tonneu.
et tous les monastères, malgré leurs privilèges*. La maistresse tour de Porte-Muzelle (Moselle), la tour du Pontiffroy furent démolies et remplacées par deux forts analogues à celui qui constitue aujourd’hui la porte des Allemands; on bâtit en pierres les deux grands ponts de bois, placés vis-à-vis ces deux entrées ; mais rien ne prouve que la ville ait alors consacré des sommes considérables aux choses qui n'étaient pas d'une urgente nécessité. L'église, plus opulente, mieux posée dans le système hiérarchique du pouvoir, ayant déjà beaucoup fait pour ses garanties personnelles et ne se trouvant point obligée comme Metz, d'innover un état militaire tout entier, l’église, au contraire, souscrivait aux exigences du luxe et du bien-être, autant qu'à celles de son indépendance temporelle. Pour la première fois, sous l'évêque Conrad, la ville épiscopale de Vic fut ceinte de hautes murailles ; Jean d'Apremont dépensa 250 livres à réparer les châteaux de Rembervillers et d'Alberstroff, et une somme non moins considérable aux fortifications de Sarrebourg qu'acheva Jacques de Lorraine. Ce dernier évêque rétablit les murailles crénelées d'Albe, d'Arrestein, de Turquestein, fortifia Marsal, ferma Rambervillers d'une forte enceinte flanquée de vingt-quatre grosses tours, entoura le château de Conflans de murailles et de fossés, répara les fortifications d'Épinal, et construisit Hombourg, son plus bel ouvrage militaire; Hombourg, guérite du monde, disent les chroniqueurs, qui dominait une contrée non moins riante que fertile **,
À Metz, autour de la cathédrale qui déjà s’élançait gra-
* Meurisse, histoire des Euesques, p. 455.
#* Hist, bénéd. de Metz, t. 1, p. 12, 413, 497, 499, 435, 445.
ÉTAT SOCIAL. 245 cieuse, on voyait naître quantité de monuments ; les uns substitués aux cryptes.,-aux basiliques romanes , depuis longtemps vieillies et délabrées; les autres témoignant quelque pensée d'association pieuse, quelque agrandissement considérable ou fondation nouvelle. Dans la premiére de ces deux classes, nous indiquerons les trois nefs de la paroisse Saint Martin et celles de la paroisse Saint-Maximin ; l’église Sainte- Ségoléne , moins la porterie trinaire et son portail extérieur ; l'église Saint-Vincent toute entière ; le chœur de la collégiale Sainte-Marie-Majeure, monuments restés debout, et auxquels on peut recourir pour connaître le caractère architecturale de cette époque dans le Pays-Messin; dans la seconde classe, figurent le couvent et l’église des fréres précheurs dont la premiére pierre fut posée, en 1222, dans l'emplacement actuel de l’école d'application; l’église et le couvent des Cordeles, ou Cordeliers, bâtis sur les Murs entre 1240 et 1285 ; la jolie chapelle du Pré, fondée vers l'an 1249, par un physicien (médecin), grand clerc, en l’honneur de ses patrons saint Côme et saint Damien; l'église ainsi que les lieux claustraux des Urbanistes ou Claristes, mises sous le patronage de ces deux martyrs, rue du Tombois, vis-à-vis le jardin botanique ; en 1266 , les Trinitaires, place royale, visä-vis la rue des Cleres, sur la cour ou château du voué de de Metz; vers 1260, l'établissement des ermites de Saint Augustin, derrière Saint-Nicolas, à la place de quelques religieux hospitaliers appelés Cesses ; le monastère et l'église des frères Barrés ou grands Carmes établis en 1275 dans l'emplacement de l'école régimentaire d'artillerie; en 1278, les dames Précheresses, dans la cour de Vic, palais épiscopal, rue Serpenoise; enfin les maisons de Templiers quise trouvaient, l’une, sur la place de Chambre, l’autre au milieu du terrain où
l'on a construit la citadelle; hors de Metz, plusieurs riches
abbayes, Beaupré, Salival, furent construites avec magnificence ; les collégiales de Saint-Thiébaut, de Sarrebourg, de Hombourg et de Vic exigérent d'assez vastes bâtiments, et quantité d’églises paroissiales, de chapelles votives , de stations
sur les routes contribuérent à populariser l’ogive dans nos contrées *.
Aucune église mieux que Saint-Vincent ne peut donner l'idée juste de ce qu'était ici le style ogival, après un demisiécle d'essais et de luttes contre le système à plein cintre. Commencée en 1248, achevée cinquante années plus tard, mais suivant une même pensée d'ensemble, cette magnifique église présente de précieuses révélations architecturales. On n'y voit déjà plus, comme à Saint-Martin, des piliers courts, massifs et ronds, élevés péniblement de la terre, chargés de chapiteaux énormes que surmonte une lourde arcature. Sous ce rapport, l'artiste a franchi l’espace qui séparait les deux systèmes ; il a fait complète justice des exigences du plein cintre ; et des piliers cannelés d'un ordre nouveau ; avec base circulaire peu élevée, sans autre ornement qu'une corniche, se sont élancés. sous sa main à une hauteur majestueuse ; mais aprés cet effort de génie dont il n’a peut-être pas suffisamment calculé l'effet , les arceaux qui joignent les piliers, présentent un jet trop court, une intersection trop rapprochée de la corniche. Du reste , l’architecte semble avoir voulu calculer et combiner l'effet des différentes courbes usitées; cintre ordinaire, cintre surbaissé , cintre légèrement lancéolé, cintre à lancette aigüe, à lan-
cette moyenne, à large lancette, on voit tout cela , sinon
* Hist, bénédictine de Metz, t. 1, pe 419, 455, 456, 459, 440, 445, LAS, 446, 447, 448, 449], 464 , 465.
dans les grandes masses, du moins aux bas-côtés et dans certaines parties du transeps. Les ornements des corniches et des frises , rares et simples , ne rappellent jamais la Byzantine : ce sont les formes fantastiques de la Romane liées à des formes nouvelles, à des feuillages simples et rudimentaires qui, dans le siècle suivant, vont se multiplier, s’entrecroiser de mille manières avec des raisins, des fleurs et des fruits. Quelques têtes , quelques bustes de personnages apparaissent de loin en loin, soit avec figure grimaçante, soit avec expression naturelle ; les clefs de voûte sont tantôt simples, tantôt feuillées ; les cintres s’harmouient avec les ogives par leurs gouttières et leurs cannelures multipliées ; les croisées du chœur , fort étroites , présentent, comme à Notre-Dame-dela-Ronde , une longueur aussi démésurée que celle des colonnettes qui les accompagnent ; enfin, le monument semble avoir cinq à six points de départ offerts aux méditations des artistes futurs, cinq à six idées génératrices que les siécles devront élaborer. Il y a telles combinaisons de lignes, telles figures polygonales , aux deux grandes verriéres du transeps par exemple, que je retrouve admises et transportées avec bonheur deux siècles plus tard dans certains portails de la Lorraine et du Pays-Messin. Effectivement , isolez de l'église Saint-Vincent les deux branches latérales de la croix latine et vous les prendrez volontiers pour une œuvre voisine de la renaissance. Ne dirait-on pas que les faces tanslucides de notre cathédrale ont été construites d’après ce modéle ?
J'ai dû m'étendre quelque peu sur une église type dont l'étude offrirait le plus grand intérêt, et dont les motifs architectoniques se rencontrent dans les monuments messins de la même époque; aussi ne ferai-je qu'indiquer le Temple de la citadelle , curieux oratoire composé de trois parties distinctes
à hauteur décroissante , la premiére partie offrant un prisme octogonal racheté par un prisme rectangulaire, qui rachète lui-même un demi-cylindre. Il existe; chacun peut l'aller voir. Mon savant ami de Saulcy l’a d'ailleurs trés-bien décrit dans les annales de notre Académie*. Mais, moins réservé que lui pour l'appréciation de sa date, je me permettrai de la fixer entre 1250 et 1270 , époque à laquelle l'art messin acceptait, et le trilobe tréflé qu’on rencontre dans l’arcature extérieure de l’octogone , et le profil fortement évidé de pié-
destaux , et la toiture conique d’une portion du monument**.
Hätons-nous d'échapper à ces détails techniques, à ces observalions spéciales qu’il faut bien placer ici puisqu'elles ne sont nulle part ailleurs, et voyons si l'intelligence messine était stationnaire dans les autres branches d'application du
dessin quand l'architecture subissait une révolution complète.
En sculpture comme en peinture , on revenait à des formes humaines mieux caractérisées; on mettait moins de raideur dans la disposition des sujets; on combinait, d'une maniére assez heureuse , le genre fantastique légué par l'époque romane avec limitation de la nature végétale ; les figures étaient empreintes d'une grande naïveté qui n’excluait pas toujours l'exactitude académique ; les draperies prenaient plus d’ampleur ; la pose , les airs de tête semblaient s’ennoblir à mesure que l'ogive acquérait de la grâce. Les parvis des temples et
des appartements seigneuriaux peints à fresque avec l'eau
* Notice sur l’oratoire des Templiers de Metz, par M. de Sauley , 1854 — 1835, p. 424 à 445, avec planche.
** Les tourelles extérieures de S.t-Vincent présentent une toiture en pierre absolument semblable.
ÉTAT SOCIAL. 249 d'œuf, quelquefois même à l’'encaustique ou cire mcrustrée , représentaient tantôt des cônes, de petits carrés , des lozanges à couleurs alternées, semblables aux vitraux peints dans leur état rudimentaire; tantôt des fleurons détachés, des têtes idéales, des tiges de lierre ou d’autres racines grimpant en hélice autour des colonnes engagées, ou le long des frises. Sur la vitrerie peinte apparaissaient différents groupes, soit allégoriques, soit historiques, exécutés dans des proportions tréspetites, peu visibles de loin; ou bien des figurines isolées tracées avec fermeté, avec entente parfaite de l'effet des couleurs, surtout avec un sentiment indéfinissable de piété confiante qu'on n’atteint plus aujourd'hui. Ces figurines , hautes de 40 à 60 centimètres, sont presque toujours encadrées dans un médaillon rond ou oval et disposées perpendiculairement le long des croisées. A la cathédrale , la chapelle Notre-Damede-la-Ronde offre des peintures de ce genre.
Les figurines de nos planches 73 et 7}, donnent une idée suffisante de la miniature employée pour les manuscri(s , miniature ordinairement coloriée , mais à {eintes plattes. Nos
exemples sont pris sur des volumes écrits dans le Pays- Messin.
Les sceaux , les monnaies à l'étude desquels tant d'intérét s'attache sous le rapport chronologique, n’en ont pas moins au point de vue de l'art. Nous avons signalé précédemment la différence énorme qui existe entre les types gravés de l’administration républicaine et ceux de l'administration ecclésiastique , différence telle qu'on croirait le burin populaire manié par des mains enfantines ou barbares , tandis que l’autre sent la bonne école, la réminiscence des traditions classiques. Comparez le grand sceau de la cité, p: 210, le sceau du pa-