LAURENT DE LIÈGE
Jean de Flandres, Bouchard d’Avesnes ne semblent pas avoir frappé monnaie. Nous avons dit précédemment que Bouchard avait cédé son droit monétaire à la ville ; mais lui auraitil en même temps, prêté les coins de ses prédécesseurs ? C'est supposable. J’admettrais toutefois volontiers l'apparition, vers l'année 1505, de l’angevine suivante qui pése quelques grains*. On ne peut accepter d'autres pièces municipales, à moins que le hasard en fasse découvrir de nouvelles.
ANGEVINE RÉPUPBLICAINE.
* Cette sorte d’angevine qui porte en légende, d’une part quarius denarius, quart de denier, et d’autre part, moneta metensis, monnaie messine , a dü paraître immédiatement après la vente du droit monétaire que l’évêque fit à la ville en 4305. Je ne doute pas que le coin de cette monnaie républicaine ne soit sorti des mains du graveur de l'évêché. Il présente une rare perfection.
Je ne connais aucune monnaie épiscopale messine frappée à Marsal, Remilly, Remiremont, dans le cours du xnr.® siècle ; il en existe quelques types sortis de l'atelier monétaire d'Epinal et de Sarrebourg; on les distingue facilement aux deux mots SPINAL et PAVLVS. Toutes les autres pièces furent sans doute frappées à Metz ou sur des coins qui portent le nom de cette ville en légende , comme on l'a vu précédemment*.
Les langues latine et romane sont employées quelquefois ensemble, le plus souvent isolées l'une de l'autre, sur les types sigillaires de l’ordre civil; mais pour l’ordre ecclésiastique, c’est toujours la langue latine. Cette derniére figure seule dans les légendes monétaires, cependant sur les coins de l’évêque Jacques de Lorraine, on distingue par fois le mot 1AKE qui est du roman pur.
La lutte des deux‘idiômes datait d’une époque éloignée. Nous en avons déjà parlé plusieurs fois ; l’église retenait de tous ses efforts la langue latine qui s'en allait piéce à piéce ; tandis que l'administratien républicaine penchait exclusivement vers l’autre langue. Les prédications vaudoises**, la traduction des livres saints , les poésies populaires, la rédaction des réglements législatifs et des sentences judiciaires en langage roman Où rustique, ont achevé le discrédit du latin. Ce fut surtout à Ja fin du x1r.° siècle que la lutte devint vive. En adoptant, vers 1212, le roman dans leurs actes, les échevins et les Treize
assurérent son triomphe dans nos murs. Les ecclésiastiques
* Presque toutes ces monnaies ont le grenetis extérieur, quelquefois double à la face et au revers.
** Il y avait ici un certain nombre d’hérétiques Vaudois. Lx sires Tehans li Vaudois a donné, le 25 avril 1222, sout son heritaige et tout son moibles à l’hospice du Pontiffroy.
parurent vouloir s’en tenir, pour les affaires civiles, aux formes
linguistiques que Rome-leur imposait pour le culte, et cependant, la première charte romane du pays fut rédigée de la main des moines*.
Quoique l’évêque Bertram repoussât les envahissements littéraires de cette langue, en tout ce qui concernait les matiéres religieuses , il accepta la dédicace du Dolopathoz, roman des sept sages, traduit par Habers**. Ce moine lorrain ne s'occupait guëre de dissertations théologiques ; il composait des poëmes, des romans en français d'alors, et acquérait une popularité qu'il n’eût jamais obtenue s'il n'avait écrit qu'en latin. C'était le vrai type des beaux esprits du temps. Le Dolopathoz , ouvrage bizarre dont la destinée fut des plus heureuses, car, pendant plusieurs siécles il se trouva dans toutes les mains, eut, dit-on, pour premier auteur Sandebad ou Sandebar, chef des Brames. Traduit de lindien en persan, en arabe, en hébreux, en syriaque, en grec, puis en latin par un nommé Jean, moine de Haute-Selve, il prit un cachet tout nouveau sous la plume d'Habers et devint le livre à la mode.
On est heureux de trouver ainsi, dans une œuvre littéraire, l'expression générale du goût des hommes qui lui sont contemporains ; car lisez le livre, et vous serez au point de vue des sentiments sociaux de l’époque ***.
* Elle est relative à une transaction faite entre les abbayes de Gorze et de Justemont, et porte la date de 1182.
** Martene, ampliss. collec. t, 1, p. 249.
*** Voici l'analyse succinte du Dolopathoz :
« Un roi, marié en secondes noces, confie à sept philosophes ou sages l'éducation de son fils unique, La nouvelle reine s’enflamme pour le jeune
Aprés Habers, les autres réputations sont bien pales. J’ose à peine citer l'évêque Jacques de Lorraine ouvrant, en 1258,
le concile provincial de Tréves par une harangue latine très-
prince , et emploie mille moyens de le séduire. Humiliée du peu de succès de ses criminelles tentatives, elle l’accuse d’avoir voulu attenter à son honneur, et le fait condamner à mort; mais l’un des instituteurs du prince prouve au roi, par un conte, qu'il faut se méfier des apparences, et le monarque révoque son arrêt. La reine, à son tour, raconte une histoire qui détruit l'effet de la première. Pendant sept jours, chacun des instituteurs obtient ainsi la grâce du prince, et la reine sa condamnation. Enfin, ce malheureux jeune homme fait si bien connaître son innocence , que la reine convaincue d’un double crime, est mise à mort. »
Je m'étonne qu’on ait pu considérer Habers comme l’auteur du livre, tandis qu’il avoue lui-même , à la première page, n’en être que le traducteur :
Li bon moine de bonne vie
De Haute Selve labbeie,
À lestoire renouvellée,
Par bel latin la ordenée ;
Habers la vient en romans traire, Et del romans un livre faire,
El nom et en la reverence
Del roi fil’ Phelipe de France, Loeis quon doit tant loer, etc.
Cette traduction est connue par des fragments insérés dans le Recueil de Fauchet, dans la Bibliothèque française de Duverdier, et par un extrait fort étendu publié dans le Conservateur (janvier 1760) d’après un manuscrit de la Bibliothèque de la Sorbonne, qui paraît égaré maintenant.
Le roman des Sept Sages fourmille de sentences et de proverbes. Nous citerons les suivants :
On sert li chien por li seignor, Et por lamor li chevalier.
Riens tant en greve menteor, À larron, ne a rebeor.,
Na mauvez hom quiex qui soit, Com’ veriteiz quand lapercoit :
Et veriteiz est la masme
Qui tot Le mond occit et tue.
Bocace a pris dans cet ouvrage la deuxième Nouvelle de la troisième
élégante *; l'abbé Nonus Albertus, maître de l'évêque Renaud de Bar, qui vivait à la-fin du siècle**; Henri de Fisting , devenu archevêque de Trèves aprés avoir été doyen de notre église cathédrale. Je ne parlerai pas davantage d'un moine de Saint-Vincent qui collectait chaque jour des faits plus ou moins dignes d'intérêt, écrivain crédule, mais exact***, Ce fut alors le seul annaliste messin.
Sans doute il existait dans nos murs quelque école pour
l'enseignement de la langue romane devenue si populaire ;
Journée de son Décaméron, l'Heureux Palfrenier ; « car il raconte , dit Duverdier, d’un qui coucha avec la fille du roi, laquelle l’ayant marqué au front , il en alla faire autant à tous les chevaliers dormant dans le palais. >» La quatrième Nouvelle de la septième Journée, et la huitième Nouvelle de la huitième Journée sont également tirées du Dolopathoz. « Il semble que la vie de Josaphat (qui est une instruction pour les rois), continue Duverdier , sorte de la même veine; duquel aussi Bocace peut avoir pris ce qu'il dit de ce jeune garcon, qui, n'ayant jamais vu des femmes , en demanda une à son père, comme la plus belle chose qu’il eùt Jamais vue. Tout le sujet du livre italien intitulé Erastus, est pris de ce Dolopathoz , qui eut les mêmes aventures qne ledit Erastus. >
En dédiant, vers l’année 4184, sa traduction à Bertram, Habers foi Le plus bel éloge du prélat ; ce qui donne à penser qu’il croyait avoir trouvé un digne appréciateur. Habers a composé, en outre, le roman des Sept Juges, ouvrage original cité par Huet ; mais nous n’en ayons aucune connaissance.
On peut consulter sur Habers : Fauchet, chap. x des anciens Poètes français ; — Lacroix Dumaine, t. 1, p. 86; — Duverdier, t. n, p. 472; — Bibliothèque lorr., p. 481 ; — Hist. de Metz, t. 11, p. 302 ; — Novice d'un manuscrit grec de la Bibliothèque du Roi, par M. Dacier , dans les Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. xzi; — art. Hébert de la Biogr. univ. dû à la plume savante de mon excellent ami R. Weiss.
* Chron., M.N.S. Trevir.
** Le nécrologe de saint Arnoul donne à Nonus Albertus le titre d’abbé.
a 17 chronique de Saint-Vincent est imprimée dans la nouvelle bibliothèque du P. Labbé. I] en existait une plus grande.
car, même dans les abbayes, dans les cathédrales, elle ne pouvait déjà plus demeurer en dehors des études réputées indispensables pour parvenir aux ordres sacrés.
Un tel état de choses dut fixer les regards de l’autorité républicaine, et quand les lettres romaines s’enseignaient concurremment avec la langue romane aux clercs de l'école épiscopale du cloître, des collégiales de Saint-Thiébaut, de Saint-Sauveur, de Notre-Dame-de-la-Ronde, surtout aux frères prêcheurs dont la mission spéciale consistait à répandre les dogmes évangélistes, je suis persuadé qu'à la suite du mouvement d'émancipation intellectuelle qu'entraina l’hérésie vaudoise , il y eut, pour la bourgeoisie et pour le peuple , un enseignement grammatical à sa portée. Il fallait bien que l’église elle-même s’y soumit. Les prédications lui en imposaient la loi. Quand le frère Raoul fit tant de bruit dans nos contrées, en prêchant la croisade de 1295*, il est hors de doute qu'il employait la langue vulgaire , peut-être même avec des formes communes, afin que sa parole pénéträt mieux au sein des masses.
Je suppose qu'en fait d'études, c'était encore la cathédrale qui présentait le plus de suite et d'ensemble, puisqu'elle se trouvait immédiatement sous les regards de l’évêque, et que ses revenus lui permettaient de rétribuer convenablement les maitres. Vers 1150 , le célèbre Gauthiez de Metz remplissant les fonctions d'écolâtre , groupant autour de sa chaire plusieurs hommes devenus évêques, acquit une réputation qui rejaillissait sur le chapitre tout entier. L'abbé Hugo, son successeur, dont je vois le nom sur une charte de l'année 1158 aura suivi
* Meurisse, his. des Euesq. , p. 479.
ÉTAT SOCIAL. 261 la même marche et présidé, jusqu’à la fin du x. siècle, au maintien des études ecclésiastiques. Dans le siècle suivant, je ne trouve le nom d’aucun écolâtre épiscopal ; mais, est-ce à dire qu'il n'y en eut point?
L'exécution calligraphique des manuscrits, caractérisée par un développement sensible de l'écriture dite gothique, sans que pour cela les formes romaines fussent tout-à-fait abandonnées, suivait le mouvement de l'époque. Elle se conformait au goût populaire qui montrait une prédilection notable en faveur des lettres rondes, à queues alongées coupées en biseau, telles que les présentent certains manuscrits de notre bibliothèque publique exécutés dans les monastéres diocésains, mais principalement dans le cloitre épiscopal”.
ardiens précieux, témoignages irrécusables du sentiment artistique de l'époque, ces manuscrits forment avec les sceaux et les monnaies une véritable galerie monumentale qu'il importe d'exa-
miner pour bien saisir sa physionomie.
On concoit qu'entrainés à des luttes incessantes M, avec la bourgeoisie, les moines, les chanoines aient insensiblement perdu l'esprit de recueillement, l'habitude de prières, de retraite et d'œuvres saintes prescrits par les canons. Le désordre devint inévitable : à la cathédrale, les jeunes
chanoines ne faisaient plus de stage ; ils ne s'in-
* Ces manuscrits portent les chiffres B, 52; B, 35; B, 58.
quiétaient plus de la résidence ; l'église demeurait presque abandonnée ; et sur soixante chanoines , à peine s'il s’en trouvait six ou sept présents aux offices. Pour réprimer de tels abus, Conrad de Scharphenneck avait cru devoir attacher ses chanoïnes au chœur par un motif d'intérêt pécuniaire, et il leur avait abandonné la quote-part du tonneu attribuée jusqu'alors à la trésorerie, mais sous condition d’être présents dans le sanctuaire *. Ils n’y furent pas plus fidéles. En conséquence, Otton, cardinal, légat du Saint-Siége, prescrivit vers 1298, d'imposer six mois de stage aux nouveaux chanoïnes ; l'année suivante, dans un règlement supplémentaire, le même légat fut encore plus explicite : « tout chanoine messin , dit-il, qui sans causes légitimes telles qu'études ou maladies, ne résidera point, pendant l’année, six mois consécutifs ou par différentes reprises , et n’assistera point aux matines, à la messe, aux vépres, sera privé des fruits de sa prébende **. Des abus non moins déplorables existaient dans presque toutes les abbayes. Pour remédier au mal et former une ligue salutaire, les prêtres et les curés tant de notre ville que des faubourgs formérent, en 1250, une confraternité de prières et de bonnes œuvres ; exemple qui fut imité quelques années aprés par les abbayes bénédictines d'Hornbach et de Saint-Mihiel; de Saint-Vincent de Metz et de Vaussor; de Saint-Symphorien et de Saint- Mansuy de Toul***. Vers la fin du xni.* siècle, le chapitre diocésain fit un code de constitutions nouvelles qu'on s’obligea de lire chaque année et d'observer avec rigueur; le chapitre
* Charte de 1220, publiée par Meurisse dans son hist. des Euesq., p. 4H,
** Le pape Grégoire 1x confirma ces statuts par une bulle datée du mois de juin 1241.
*** Archives m.n.s de la cathédrale; hist, bénédictine de Metz, t, 11, pe 457, 440, 441, 470, 474.
de Saint-Pierre-le-Vieux imita cette bonne disposition *; mais les troubles du dehors prédominaient d'une manière trop puissante pour qu'on pt conserver des habitudes régulières. Rien ne prouve mieux le relâchement monastique que l'admission des bâtards au sein des communautés; or, c'est ce qui avait lieu; car, en 1260, Albert de Floranges s'étant fait prémontré de l’abbaye de Justemont, lui fit présent d'un fils naturel accepté comme esclave. Il le racheta plus tard, pour le consacrer à Jésus-Christ, dans la même abbaye **, moyennant une rente annuelle d'huile de noix payable aux religieux, au commencement du carême. Un statut du chapitre de Saint-Thiébaut, en date du 3 février 1222, porte défense d'y recevoir aucun bâtard. On en acceptait donc auparavant ***,
L'abus qui s'était introduit en plusieurs abbayes, pour la distribution des portions monacales, devait contribuer également à y metire le désordre; des laïcs en jouissaient, et diminuaient d'autant les ressources de la communauté. C'est ce qu'on voit par une lettre du pape Honorius m1 à l'abbaye arnulphine, datée du 7 des ides de janvier 1296. Honorius ordonne positivement l'annulation de semblables privilèges ****,
Les cloîtres épiscopaux , les monastères continuaient d'offrir un asile aux indigents malades; car, vers l'année 1269, l'évêque de Metz trouvant sans doute que l’infirmerie abbatiale de Saint-Symphorien n'était point assez riche, lui donna la cure
* Hist. bénédict. de Metz, p. 485.
** Archives anciennes de l’abbaye de Justemont. *** Preuve de l’hist, bénéd. de Metz, t, im, p. 485. *#X* Jbid , p. 186.
de Liéhon”. D'un autre côté, les prêtres visitaient les malades, non-seulement en qualité de confesseurs, mais comme médecins, et percevaient certains honoraires, ainsi que je le vois dans une charte en date du 25 décembre 1214 pour la desserte de l’église d'Arey, appartenant à l’abbaye précitée. Il y est dit que Île vicaire aura les deniers provenant des visites faites aux malades, des baptèmes, des confessions, et la moitié des pains qu'on offrait à l'autel *. Semblables conditions furent arrêtées , vers la même époque, pour la desserte des villages de Mance, d'Avril, de Cheminot, etc., preuve que l'usage en était général, au moins dans les campagnes ***, A la ville, où les physiciens (médecins }se trouvaient en certain nombre; où de vastes maisons hospitalières, parmi lesquelles nous citerons au premier rang l'hospice Saint-Nicolas, prodiguaient à l’indigence des secours de toute nature, je ne pense pas que les desservants des paroisses exerçaient la médecine, mais le clergé avait ses infirmeries, ses salles d'asile, sespauvres et ses
uérisseurs, commel'administration républicaine avait les siens. :)
Aux moyens naturels de soulagement on joignait les pélerinages; on allait, comme dans les siècles précédents, prier sur le tombeau des premiers évêques, devant la vierge de la cathédrale, ou devant telle autre effigie réputée miraculeuse ; on cheminait vers Raba, Sainte-Barbe, Dieulouard, Saint- Nicolas et beaucoup plus loin encore ; mais depuis la fondation de la collégiale de Saint-Thiébaut, bien des gens profitaient
* Meurisse, hist. des Euesq. p.475.
** Hist. m.n.s. de Saint-Pierremont, par l’abbé Drouin. Cetintéressant manuscrit est entre les mains de M. Dégoutin , substitut à Briey.
*** Au 5.° volume, en parlant des rues du Pontiffroy, des Allemands et du Neufbourg, nous donnerons quelques détails sur les hospices qui existaient dans ces trois rues.
des indulgences que le pape Célestin nr y avait attachées en 1195, et rachetaient le voyage de Rome par deux stations annuelles dans cette église, à la seconde fête paschale et le jour de la fête de Saint-Laurent: ces circonstances attiraient un nombreux concours d'âmes pieuses*, concours non moins favorable à la religion qu'à la politique, puisque c'était préparer l'union fraternelle des peuples entre eux.
Les tournois , les combats en champ clos suivis de danses et de récréations scéniques amenaient également dans notre pays une foule d'étrangers; mais des passions rivales s’y donnaient rendez-vous, et si de telles réunions développaient le courage et l'intelligence, elles ne favorisaient pas, comme les grandes dévotions, l'union chrétienne que prescrit l'évangile. On cite un tournois remarquable tenu en 1219 à Rigny-la-Salle, entre les gentilshommes de l'évêché de Toul et ceux de l'évéché de Metz, pour divertir le roi de Germanie et le fils de Philippe Auguste; tournois à la suite duquel ces deux monarques se firent peindre avec les seigneurs de leur suite, sur les murailles de l’église **; les chroniqueurs parlent aussi d’un combat en
* Celestinus episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis sanctæ Marie sanctique Theobaldi canonicis salutem et apostolicam benedictio— nem.... Quicumque bis in anno, secundé scilicet Jeri& paschæ , et die dedicationis ecclesiæ vestræ, quœæ celebratur in natale beati Laurentii Martyris, nomine peregrinationts, ecclesiam vestram visitabunt > 4 pec- Ccatis patrum et matrum , quo sine lesione fuerunt, de parte Dei et nostrd se noverint absolutos ; penitentias et peccata quæ ab eorum memorié recesserunt remiltimus, et de penitentüs sibi injuntis quadraginta dies.
Pretereà si qui sanctorum limina adire proposuerint, et de expensis viæ
necessarts, juxià consilium episcopt sut, vel eJus quem episcopus loco ejus delegaverit, ecclesiæ vestræ in remissionem péccatorum suorum conferre voluerint, viam et peregrinationem, auctoritate Dei et nostrà, eis indulgemus. Datum Laterani, quarto nonas Juln. Pontificatüs nostri anno quinto.
* Benoit Picard (hist. manusc. de Metz).
champ clos, qui eut lieu vers l'année 1299 , entre deux bourgeois messins, et dont l'étrange nouveauté attira dans nos murs toute la noblesse des environs *.
Ces spectacles en plein air finirent par remplacer les jeux de boule, de paille-maille, et les jeux de hasard que l’église etles magistrats défendaient parce qu'on y reniait Dieu, Notre- Dame et les saints; parce que les enfants y devenaient g/ou-
tons et larrons**.
* Chronique de la collégiale de Saint-Sauveur.
TE SR ES D Nulz ne doit tenir boulle, ne escole, ne paillole, por ceu
ke elles sont escommunies, et k’on i reniet Deu et Nostre-Dame et toz asins, et li anfans des Proudomes de la ville i devienent glouton et larron...
Atour du 8 février 1244.
Quatrième Période.
Quatorzième Siècle,
KP Eux moiss'étaient écoulés
depuis le décès du der- K{Y {nier évêque, lorsque les K
chanoines, réunis dans la
ee cathédrale, élurent à sa place "leur princier, Renaud de Bar, fils de Thié-
baut 17, comte de Bar, et de Jeanne de Tocy, sa
seconde femme, D'un autre côté, la bourgeoisie désignait pour maître-échevin, signour Maheu Hesson, qui eut pour successeur en 1502 Jacques de Heu, famille devenue plus tard tristement célèbre , puisqu'elle trafiqua des libertés messines.
Remarquez bien le verbe désigner dont je me sers à dessein; car il constate un droit politique que les
paraiges se sont arrogé, celui de
SE
présenter quelques-uns d’entre eux au choix des six électenrs *
L'église, perdant ainsi de son influence, tàchait de la ressaisir par le choix d’un prélat qui pût à l’occasion, moyennant sa fortune et ses
alliances, lutter contre la bourgeoisie. Renaud
il de Bar avait tout ce qu'il fallait pour cela; mais A d il possédait les défauts de ses qualités ; il était despote, entier, prodigue; et quand Philippe
= P À ) pr 5 5 q | PPS OA Gérard vient nous dire qu'il gouverna l'eveschié
moult paisiblement**, la gratitude du chroniqueur envers René d'Anjou lui fait certes oublier les torts graves que le clergé diocésain a pris soin d'enregistrer ***,
LAN Dicter, archevèque de Trèves, assisté de ses
ou x ; À D deux suflragants Jean de Sierck, évêque de Gad Toul, et Jean d'Apremontir, évêque de Verdun,
sacra Renaud de Bar, qui fit son entrée solennelle à Metz au mois de novembre 1302. Le
nouveau prélat déposa pour offrande, sur le grand
* Voyez précédemment, p. 204.
** Chron. m.n.s, de Metz, t. 1, fol. 274.
1 | *#* Monitions du clergé de Metz contre l’évêque Renaud de Bar. Archives de l’Hôtel-de-Ville.
autel, les ornements pontificaux dont il était revêtu, et la belle crosse d'ivoire qu'il tenait à la main, témoignage
d'humilité généreuse qui n'était nullement dans son cœur*,
Dés le mois suivant, Renaud parcourait le diocèse, s’arrêtant à Vic, à Saint-Avold, à Hombourg-l'évêque, pour y recevoir les hommages, les serments des Vassaux, et publier plusieurs ordonnances touchant ses prérogatives seigneuriales, Le départ prochain d'Henri nr, comte
de Bar, qui allait en terre sainte, interrompit notre évé-
que dans celle tournée pastorale, Henri lui remettait ainsi qu’à son autre frère Jean , seigneur de Puisaye, la garde du comité et celle de son fils Edouard; et comme Renaud croyait favorable aux intérêts respectifs du diocèse et de ce pupille, de fortifier les limites des deux états, principalement du côté de la Lorraine , il s’en occupa presque aussi{ôt**. Philippe-le-Bel, en guerre
avec les Flamands, aurait voulu faire épouser la même
querelle à notre évêque ; mais il s’y refusa, ne pouvant compter, ni sur l'amitié du clergé, ni sur l'alliance durable des Messins.
Ces derniers, pour donner au maïitre-échevinat un lustre nouveau et le rendre de plus en plus indépendant,
* « Il vint reuestu en pontificat moult noblement et richement ,
et estoit vestu tout blanc; et quandil fut receu , il se deuestit devant le grand autel sainct Estienne et offrit ses vestements de prestre , diacre et sous-diacre , tout estoffe, et une blanche crosse d’iuoire, moult belle ; et sont encor en ladite église lesdits vestements desquelx on en font le seruice aux grandes festes, »(Ph. Gérard, m.n.s. cité.)
** Ce fut alors qu’on bâtit les châteaux de Pierre-Fort et de l'avant-garde,
EE
établirent, au mois de fenal ( juillet) 1505, 4e kikionques sereit des or en avant nommeiz por maistres eschevins de Mes, se ferait recevoir chevalier aux fêtes de la Pentecôte : et jeroit bonne xureteit, ( consignerait) B00 Zivres de boins petis tournois noirs, en la main dou changeour (receveur) ; condition qui éloignait naturellement de cette charge importante les gens sans fortune.
Ne croyez pas qu'ici les paraiges aient délibéré, comme jadis, avec les électeurs ecclésiastiques : non, c’est entre eux que la chose s’est décidée; et rien ne prouve mieux leur puissance que l'obligation qu’ils imposent aux six électeurs d'accepter ce nouvel atour: Et c’il y avoit nulz princiers, ne abbeis ke ceu ne voeissent faire, et ki a ceu ne voeissent acordeir, cil qui a ceu ne se vorroit acordeir et faire, ansi come ci dezouz est devis, perderoit v° livres de messins de somme à la ville*..…. Voilà donc le parti populaire imposant des lois , formulant une volonté, et le clergé forcé d'y souscrire.
Cette révolution administrative eut lieu sous un Gournai, ÆArnoult de Gournai qui avait succédé à sire Ferry Chièlairon, maître-échevin en 1305, et à sire Nicolle de la Court, en 1504, issus tons deux, comme on voit, d’une souche patricienne.
La réaction commençait : déjà, quelques mois auparavant, le maître-échevin, les Treize, les comtes, les prud'hommes,
réunis aux conseillers de la cité, avaient défendu à tout che-
* Nous donnons ce curieux atour parmi les notes qui termineront l’ouvrage, ù
valier, prêtre, clerc ou laïque de tenir justice sur les degrés de la place de Chambre, et ce, sous peine de vingt livres d'amende. L'atour ne fait nulle mention de l'évêque; mais il n'est pas douteux qu’on le dirigeait spécialement contre lui : car les prélats messins, depuis un temps immémorial, \ tenaient leurs plaids-anneaux *. Enhardis par cette premiére tentative d’absolutisme , les magistrats étaient allés plus loin ; ils avaient interdit à tous leurs justiciables de comparaitre ailleurs que devant leurs maiours respectifs ou devant la Justice ordinaire de la cité**, excepté pour les affaires concernant la dime qui ressortaient naturellement du tribunal ecclésiastique *"*. Sommation sera faite aux contrevenants, dit l’atour, de terminer leur procés dans l’espace de sept nuits, sous peine d'être amendés de vingt livres messines qu’ils paieront dans le délai fixé, faute de quoi, on les bannira pour soixante années et un jour, à dix lieues de la ville.
On ne dira pas que l'autorité municipale y allait de main morte. L’évêque et son chapitre se soumirent; il le fallait bien; mais plus tard, nos magistrats ayant mis le séquestre sur les biens d'un ecclésiastique, trés-riche, mort intestat, Renaud vit dans cet acte une mesure arbitraire contre ses
* Atour du mois de janvier 4305. Archives municipales,
** K’il ne soient nunlz, clercs , ne lais , hons , ne femme, ke soient nos manans, ne nos Justesables, que plaidissent , ne faicent plaidier, per ous, ne per eutrui, des or en avant a nul jor maix, nulz de nos manans de Mes, homes, ne femes, ne nunlz eritaiges k’il aient, ne k’il tegnent, cest assavoir, de nos censalz, et de’nos allues, et de nos terres de meize (jardins attenants aux maisons) et de quarteir, dont ils soient tenant, par nulles justices, keilles k’elles soient, fors ke (excepté) pardevant les maiours des bans et des leus où li éritaiges geist, ou per devant la laie justice de la citeit de Mes,
Atour du mois de février 1305. Archives municipales.
*** Sauf les dismes k’on doit bien plaidieir et chessier ansi com om doit,
droits personnels et fit opposition ; d'où grands débats, levée de boucliers, bataille imminente, si des arbitres n'étaient point venus réconcilier les deux partis. Philippe Gérard nous a laissé de cette affaire un récit pittoresque trés-intéressant :
&.... Grand guere se esmeut entre eulx, et tellement que pour ceste causecen vint ledit évesque sur ceulx de Mes, a grant puissance de gens jusques à une moitresse à une lieu prez de la cité, nommée Praiel; et ceux de Metz issirent dehors encontre luy. Et illec eussent cheu batailles et grand occision, ce n’eust esté que aucuns grand personnage et gens de bien ne cen fussent entremis de faire paix et ne fussent allés entre eux. Mais iceulx firent tant qu'ilz y mirent le bien et l'accord, en telle maniere que lesdits seigneurs de Metz laissairent à l'euesque sa raison. Or auoit celuy euesque Regnauld juré que jamais n’entreroit a Metz forsque a grand puissance et a grand compagnie de gens ; et pour sauuer son sairrement, il fist faire le jour des palmes la grand procession, selon que l'ordinaire de la grand eglise le devise ; car a celle procession l'euesque doit estre present et doit gessir, le jour deuant, a l'abbaye de sainct Arnoult qui est située deuant la porte de la cité de Metz, et y doit estre baigné. Et le landemain, toutte la clergie et toutte la ville doit aller jusques audit sainct Arnoult, et doient ouyr ung sermon general en la crowée dudict sainct Arnoult, etillec se doient benir les palmes, et puis doient reuenir en la grande esglise par belle ordonnance. Et sont telz les anciens statuts et ordonnance ; et enssy le fist ledit euesque ; et parmei ce, il sauueit son sermant, car alors, pour veoir le triumpbhe , il entroit en Metz a tout plus XL mille personnes, que grand, que petit”. »
* Chron. manuscite précitée , fol, 277, tecto.
Quand s'opéra cette réconciliation, l'administration échevinale de sire Regnier-le-Baique, successeur de sire Estienne Reffault, allait finir, et l'on désignait pour le remplacer, un homme dont le nom a marqué plus tard d'un grand éclat dans nos annales républicaines, Henrey Roucel. Tous demeurérent fidèles au mandat qui leur était donné; tous luttérent contre les prétentions iniques du prélat, lequel se sentant fort d'alliances multipliées, ne ménageait pas plus le peuple que son clergé, ses vassaux et ses amis. Le premier cri d'alarme s’éleva des rives de la Seille et de la Moselle: plusieurs curés courageux , réunis en conseil, dénoncérent leur évêque au Saint-Siège et fureut appuyés par trois archiprêtres puissants, Bertrand de Metz, Pierre de Jouy, Drogon de Magny : «Notre vénérabie père en Jésus-Christ et seigneur Renaud, évêque de Metz par la grâce divine, ainsi que son official résidant à Vic, nous font chaque jour, dirent-ils, soit individuellement, soit généralement, des demandes intolérables ; nous imposent des subsides immodérés qu'ils exigent et extorquent sans motif légal” ; ils nous appellent, nous traduisent devant leur tribunaï de Vic, forteresse dont nous n'osons approcher sans trembler pour notre liberté et notre fortune**, Dans les conflits qui ne cessent d'exister d’une part entre notre évêque, ses vassaux el ses amis; d'autre part, entre lui, la ville et les citoyens de Metz, il nous impose l'obligation de prendre parti contre ces derniers, d'être hostiles à certaines personnes de notre archiprêtré, ce que nous ne pouvons faire sans Courir de graves dangers, et ce à quoi nous n’osons nous
refuser, parce qu'on nous menace d'excommunication. …»
DÉEAA, HE Absque caus& rationabili a nobrs exiguntet extorquent.
** Dropier metum Propriorum corporum, et rerum nostrarum dis pendia.
ul 3)
Cette accusation dont l'original existe aux archives municipales fut écrite et scellée du sceau de l’archiprêtrise de Magny, le 5 juin 1307. Cinq jours aprés, Bertrand, curé de la paroisse Saint-Victor, Drogon de Magny et leurs adhérents dressérent une nouvelle plainte, à peu près dans les mêmes termes”; mais aucun acte ne devait produire autant d'effet que la procuration donnée par les principaux monastères de Metz**,
à deux députés***
pour faire au prélatles monitions nécessaires. Il y est dit qu'aprés dix-huit mois d'attente infructueuse pour obtenir justice des dilapidations, des mesures despotiques, des offenses commises par l’évêque envers eux, ils ont recours au monitoire. Une première monition eut lieu, sans témoins, le 2 mai 1508, au château de Hombourg ; trois autres, en présence de témoins, les 3, 4 et D du même mois; et enfin, le prélat n'y ayant point répondu, procuration fut donnée le 7, à Bertrand, licencié ez lois, et à Pierre de Trémise, chargés de poursuivre l'affaire devant la cour pontificale ****,
Aujourd'hui que la haute église se conduit généralement avec tant de sagesse et de mesure, on serait tenté de repousser comme calomnieuses les accusations du clergé messin contre Renaud de Bar; mais ce clergé provoquait une enquête; il ne cherchait point à frapper dans l'ombre, et c'était pour ar-
* Archives municipales de la ville de Metz.
** Saint-Vincent, Saint-Clément, Saint-Symphorien, Saint-Martin-lès- Metz, Sainte-Glossinde , Sainte-Marie, Saint-Pierre, Saint-Sauveur, Saint- Thiébaut. On s'étonne de n’y pas voir figurer Saint-Arnoul.
*** Constituimus..…. procuratores legitimos, honestos viros, dominos Jacobum Capellanum Gapellæ sancti Pauli Metensis, ac Mathœum dominum de sancto Georgio, Capellanum in ecclesiâ metensi, Presbiteros.
**#* Toutes ces pièces reproduisent les mêmes sriefs. P g
rêter le scandale d’une existence désordonnée, d’un arbitraire
épouvantable, qu'il divulguait les torts, je devrais dire les crimes de son évêque.
On lui reprochait d’avoir introduit dans le diocèse, dés le jour de son avènement*, grand nombre de jeunes chevaliers du comté de Bar et du duché de Lorraine, dont les ancêtres avaient été les ennemis constants de l’église et de la cité messine; de les immiscer non seulement à ses affaires personnelles, mais aux affaires les plus importantes du diocèse, et d'exposer ainsi la république et l'église à de continuels dommages. On l'accusait du relâchement général qui existait dans les pratiques de dévotion, soit à la ville, soit à la campagne, parce que lui-même n'assistant, pour ainsi dire, jamais aux offices, ne se montrait pas plus sévère pour les autres que pour lui-même, répondant toujours à ceux qui lui faisaient des observations, que le temps n'était pas encore venu d'exiger d'avantage, Les
archers, les voleurs, les assassins renfermés dans les maisons fortes et les châteaux du prélat, interceptaient toutes les voies
de communication entre Metz et les cités voisines , arrêtaient, pillaient, maltraitaient, ranconnaient les marchands qui ve— naient à Metz avec confiance munis de lettres de sauve-garde, et privaient ainsi l’état de ses ressources habituelles. L'évêque etles siens se nourrissaient du pain des pauvres, des orphelins, des veuves et des religieux , s'emparaient des revenus destinés à la réparation d’édifices publics qui tombaient en ruines ; Renaud dilapidait, dissipait, enlevait les biens, meubles et immeubles de l'église messine, soit par un transfère au bénéfice de quelques parents, soit par des tolérances abu-
sives , et ce n'était pas un vain soupçon, car la voie publique
* A die adventüs sur.
entière signalait de tels méfaits*. Ce prélat, ajoutait le monitoire, à placé dans les châteaux de l’'évéché, comme gar— diens, des vassaux du comté de Bar, qui, selon toute apparence, les retiendront après son décès, au profit de ses frères et de ses parents, de sorte qu’on ne pourra les recouvrer qu'avec des périls infinis. Sur une somme d'environ quatre mille livres de petits tournois provenant des revenus diocésains qu'il a touchés depuis quatre années, à peine s’il en a employé trois mille au profit de l’église messine. Sans avoir pris l'avis de son conseil, de ses clercs et du peuple, et sans raison valable, il a transféré contrairement aux anciens usages, sa cour et les cours archidiaconales de l’église messine , bien malgré elles, dans son château de Vic, ne laissant à Metz personne qui présidât la juridiction ecélésiastique; de sorte qu'il en résulte des peines et des frais énormes pour les plaideurs qui, souvent empêchés de défendre leur cause eux-mêmes, ou ne pouvant charger personne d’une procuration, tant on redoute les approches du château de Vic, sont exposés à mille vexations et même frappés d'excommunication publique par l’officialité. Le même évêque, par sa négligence, a laissé prendre ou retenir certains biens, certains droits inhérents au domaine épiscopal dont le monitoire indique Ja nature, tandis que, d’un autre côté, il use de la dernière rigueur envers ses créanciers et ses vassaux , les dépouillant sans pitié et les faisant incarcérer jusqu'à ce qu'ils se soient acquittés. À peine si les moribonds peuvent tester en liberté : lorsque maître Alberic, archidiacre de Marsal, mourut, Renaud n’a-{-il pas extorqué 500 livres de petits tournois, et même plus , sans
compter les autres torts qu'il a faits à la même succession ? Et
ester ME OTLE super his est publica vox in civitate et diocesi metensi.
QUATORZIÈME SIÈCLE. 2717 Folmar, ce respectable clerc qui, après trente années de services consécutifs rendus à l'église messine, se vit incarcérer cruellement dans les prisons de Vic? Son seul crime était d’avoir excité la con voitise insatiable du prélat, qui lui enleva plus de mille livres petits tournois pour les distribuer aux fauteurs de ses crimes. Les excommunications dont il frappe lessujets insolvables ou rebelles, il les léve moyennant finance; il permet, sous la même condition, d'administrer les sacrements aux usuriers ainsi qu'à toute espèce de criminels; et lorsqu'au lit de mort, un voleur pour se réconcilier avec le ciel, charge son évêque de restituer l'objet volé, l’évêque le conserve pour lui-même. Au lieu de laisser au libre suffrage des citoyens la création du tribunal des Treize, il a faussé l'esprit de cette institution en y poussant des gens inhabiles qui avaient acheté sa protection. Il a conspiré sans cesse avec les barons, les chevaliers et les seigneurs du voisinage contre la république et léglise messine; il a permis aux Lombards étrangers, aux prêteurs à usure, d’habiter les châteaux ainsi que les domaines de l'évêché, sans crainte d’encourir les peines prononcées par les canons. Lors de l'élection annuelle du maitre-échevin, 1l a reçu de certains candidats, plusieurs mille livres pour corrompre les six électeurs ecclésiastiques desquels dépendait cette nomination. Enfin, le supplice de Ferrionus dont il a fait brüler la plante des pieds, malgré les services éminents rendus par sa famille; l'incendie de Louvigny, de Cheminot, et d’autres méfaits du même genre complètent le tableau scandaleux rédigé par les accusateurs du prélat, qui
tous y ont appendu leurs sceaux. En même temps le chapitre
* Lombardos alienigenos, et aliundè ortundos publicè pecuniam fene-
brem, exercentes et exercere volentes, … . habitare precipit.
déclara qu'il cessait toute espèce d'office , et qu'il ne rouvrirait les portes de la cathédrale qu'après satisfaction obtenue.
D'un autre côté, la république messine , non moins irritée, défendait aux amans de prêter leur ministère à l'évêque ou à ses alliés, pour toute espéce de contrat, excepté pour des remboursements au profit des citains* ; en même temps qu’elle contractait des alliances avec le comte de Luxembourg et d'autres seigneurs, non-seulement contre Renaud , Mais aussi contre les deux maisons de Lorraine et de Bar**.
Vaincu par une résistance aussi énérale, Renaud se trouva forcé de transiger avec le chapitre. Il ne put l’appaiser qu'avec d'énormes sacrifices dont il signa l'engagement le 2 mai 4308. le] ere ©)
Une autre affaire trés-sérieuse le menacait alors. D'aprés d’anciennes conventions, Renaud et son frére Jean de Bar avaient promis au duc de Lorraine de rebâtir le château de Montreuil, détruit par l'évêque de Liège quelques années auparavant. Jean, comte de Salm, Henri, comte de Blâmont, s'étaient rendus cautions du prélat pour cet objet, et Renaud cependant ne sexécutait point. Le duc irrité le somma d’être fidéle à
sa promesse : dans la crainte d'une guerre qu'il n’eût point
* Et tout ceu doit dureir, dit l’atour, tant com nous averons werre encontre l’Avesque Renalt desus dit ; et ancor tant com li plais , ke nous avons an Court de Rome, contre l’avesque desusdit et contre l’albeit de Gorze s#et lou convent , durerait. Arch. municipales, atour du 23 avril 1508; cartul. en parchemin , fol. v, rectà, num, 7.
** L’original de ce traité, en date du 29 juin 4307, existe dans les ar-
chives de feu le comte Emmery. Les Bénédictins l'ont publié, t. m3 Preuves, p. 286.
soutenue avec avantage, Renaud dut s'imposer encore ce nouveau sacrifice *.
Dans un tel désordre, Bauduin, archevêque de Trèves, chargea le 50 septembre 1308, Humbert de Belle- Ville, Louis de Lagrange, tous deux chanoines à la cathédrale de de Metz, et maitre Henri Bouchard de Luxembourg, son clerc familier ou secrétaire intime, d'inspecter notre diocése**, autant sans doute, pour concilier les esprits que pour s'enquérir du véritable état des choses. Ils ne durent pas être trèsédifiés; car d’abominables scandales y régnaient, et l'évêque, dans ce moment même, se voyait obligé de comparaitre à Verdun, devant le commissaire du pape, pour recevoir l’injonction d'observer un traité fait au profit du comte de Bl4mont, traité qu'il avait violé comme tant d'autres ***,
Impatient d'agir, de remuer des masses et d'entendre le bruit des armes, Renaud, du milieu de ses embarras se préparait à la guerre. Tout-à-coup, sans que l’histoire nous en fasse connaître le motif réel, il la déclare au prince lorrain, et l'attaquant au nord, à l’ouest et au midi, avec trois corps de troupes commandés par le comte de Salm, par le comte de Bar et par lui-même, il le met dans une position fort critique. En peu de jours, le château de Wermerange fut pris et démoli; Lunéville pillé, toute la campagne ravagée. À la
* Archives de Lorraine sur Metz, in-fol. m,%.s. p. 149. ** L’original de cette lettre de mission existe aux archives municipales,
*** Par ce traité, renouvelé en 1505 , Renaud promettait au sire de Blämont une rente annuelle de 100 livres en augmentation de fief, hypothèquée sur les salines de Moyenvic et de Marsal, sous condition que ce seigneur le secourerait dans toutes ses guerres.
tête d’une armée considérable, enivré d'ailleurs de ses premiers succés, Renaud voulut forcer le duc d'accepter un combat général. Pour l'y contraindre, il mit le siège devant Frouard. Le duc accourut effectivement, le jeudi avant la Saint-Martin d'hiver, au secours de ce château qui fermait le pays; mais sa marche fut si rapide et si secrète, l’impéritie guerrière des princes de Bar si grande que le monarque lorrain occupa les hauteurs qui dominent Frouard avant qu'on eût la moindre idée de sa venue, et qu'il put tomber à l’improviste sur les troupes épiscopales rangées dans la plaine. Le désordre y fut grand; les comtes de Bar et de Salm, demeurérent prisonniers presque sans combattre, et une grande partie des troupes se noyérent dans la Moselle *.
Renaud, déchu de sa puissance , n’eut d’autre asile que le château fort de Vic. Humble et soumis d'arrogant qu'il était, il accepta toutes les conditions qu'on voulut bien lui imposer.
La mort de Thiébaut , arrivée en 1512, suspendit les négocia-
= tions; mais peut-être reprirent-elles avec quelque avantage sous Ferry 1v, naturellement moins animé contre l'évêque que
ne devait l'être son prédécesseur **
* Nangis, chron. ad ann. 1313 ; Jean de Bayon, chronique de Moyen- Moustier. Cette dernière chronique originale se trouve dans la précieuse collection de M. Noël, à Nancy.
** « Le comte Edouard, neveu de l’évêque Renaud , dé
tenu prisonnier par le duc de Lorraine , n’ol
tint sa liberté qu’en vertu d’un traité fait à Bar-sur-Aube, le 20 mai 4e l’année 1514, par la médiation de Louis, roi de Navarre, fils aîné de France, comte Palatin de Champagne et de Brie , et depuis roi de France sous le nom de Louis Hutin. Ce traite portoit que le comte de Bar donneroit au duc Ferri pour sa ranc des seigneurs qui avoient été faits prisonniers avec lu Frouard, excepté Raoul de Loupy et Jean de Deuilly, 1 vingt dix mille livres tournois,
on et pour celle i à la bataille de a somme de quatredont viugt mille seroient touchés à Neuf-
Le Palais des Treize.
— FPS La ta 5
QUATORZIÈME SIÈCLE. 281 La guerre entre Renaud de Bar et la Lorraine était pour
la république messine un motif d'alliance avec ce duché : car
château à la Saint-Jean prochaine ; que l’évêque de Metz engageroit au duc pour la somme de dix mille livres, le fief que le comte de Blamont tenoit de lui; que le comte de Bar engageroïit également les châteaux de la Mothe et de Gondrecourt , avec leurs châtelleries et leurs revenus, pour vingt mille livres, payables au duc de Lorraine à Noël prochain ; les chàteaux et châtellenies de Conflans, de Châtillon et de la Marche , pour une autre somme de vingt mille livres payables de Noël en un an , enfin le fief de Vaudémont, pour une pareille somme payable de Noël en deux ans, sous peine de perdre pour toujours ces terres, s’il manquoit de faire les payements aux termes marqués ; et pour l'estimation des dommages de part et d'autre, on convint de nommer quatre gentilshommes , lesquels devoient se rendre tous sur les lieux, y faire les informations nécessaires, et remettre les choses en bon état. Quant à l'hommage exigé par l’évêque de Metz, pour certains fiefs que le duc de Lorraine tenoit de lui, ce prince convint de rendre cet hommage ou de renoncer aux fiefs, sur le Jugement que le roi de Navarre » Cntremetteur de la paix , porteroit d’après le mémoire que l’évêque de Metz devoit lui présenter sur ses prétentions. D'un autre côté, le comte de Bar promit cinq mille livres tournois au comte de Blamont, et lui assigna jusqu’au payement trois cents livres de terres à Etain ou aux environs, etc. Enfin, on termina dans ce traité les différens que le comte de Blamont et l’évêque de Metz avoient sur diffé rens articles, principalement au sujet des campagnes appelées alors d’entrecour, telles que Morviller, Truviller, Brouville » Hadomeiïx , Hablenville :
Vatronville, et quelques autres, qui furent déclarées. communes entre les deux partis. On y décida que les bois de Turquestein, de Blamont et de Bon-Moustier seroient partagés par moitié ; que la garde de l’abbaye
de haute — Seille resteroit à l’évêque de Metz, et qu’il payeroit quatre
mille livres comptant au comte de Blamont pour ses indemnités
avant mA que le comte de Bar sortit de prison.
« Deux mois après, Renaud fit un autre traité avec ce comte qui, quoique son vassal, était entré au service du duc. Ils convinrent que les prisonniers seroient rendus de part et d’autre, que la sentence de Vic qui privoit le comte de ses fiefs pour avoir porté les armes contre son seigneur, seroit nulle, et qu'ils lui seroient rendus ; qu’il feroit serment de n’entrer
jamais dans aucune alliance ou confédération avec des princes étrangers , s successeurs ne pour-
sans le consentement de l’évêque ; que ni lui ni se roient jamais rien répéter, sous prétexte des dommages causés dans la dernière guerre; enfin que l’évêque et le comte donneroient
» Chacun de leur côté, des garans du traité qu’ils venoient de conclure. »
Hist. bénédict. de Metz, t. n, p. S05 à 505.