‹ Metz depuis Dix-huit siècles. Son peuple, ses institutions, ses rues, ses monuments; Récits chevaleresques, religieux et populaires. Par Émile Bégin. Troisième volumeChapitre 45 sur 53 · IL · texte numérisé non relu

IL

elle regardait l'évêque comme son ennemi le plus direct, et tous les moyens de l'humilier lui semblaient bons. En conséquence, le maitre-échevin, les treize, les paraiges, etc., profitant de l'avènement de Ferri 1v au trône ducal, lui proposérent un accord qu'il accepta volontiers, accord par lequel ils s'engagèrent réciproquement à n’arrêter pour dettes aucun de leurs sujets, et consentirent à l'annulation de toutes les anciennes créances que les deux états pouvaient avoir l’un sur l'autre, sans préjudice, aux intérêts particuliers*, bien

entendu.

Nos archives urbaïnes renferment plusieurs traités conclus , à la même époque, entre la république messine et divers seigneurs du voisinage, ainsi qu'une sentence de bannissement pour soixante années, et des amandes considérables prononcées contre quelques jeunes citadins d’origine distinguée. Les parchemins ne donnent aucun éclaircissement sur cet acte de rigueur, mais il devait avoir pour cause quelque conspiration

locale **.

Occupé successivement, depuis 1508, par sire Thiébault Boucquin en 1309 ; sire Quercire Rueffe ou Rucce en 1310 ; sire Gille Tresbuchat en 1511; sire Geoffroy Joutte en 1512; sire Hue Gemelz ou Grimelz en 1515, le maitreéchevinat dut se ressentir d'une infinité d’agitations populaires

indiquées à peine par les chroniqueurs. Par exemple, au

* « Que furent faictes lan de graice nostre Signor mil trois cens et treze ans ; loue diemange devant feste sainct Luc Ewangeliste (10 octobre). » Archives municipales.

** La sentence de bannissement rapportée par Paul Ferry, observ. sécul., t. n1,.f01. 83, versd, num. 454, porte la date du 29 octobre 1314.

nom de Gille Tresbuchat, je lis sur ma liste échevinale : cy fallont ly chevaliers, ..... Eh bien, dans ces quatre mots se trouve indiquée une révolution toute entière: l'humiliation, la chute de l'aristocratie urbaine et de la chevalerie, événement qui coïncide avec l'expulsion des Templiers.

À peine deux années s'étaient écoulées , que cette chevalerie échevinale renaissait avec Thiébault de Heu appelé au souverain pouvoir en 1514. 11 signa l'exil des fils de famille dont nous avons parlé précédemment, parmi lesquels se trouvait un Gournai, circonstance qui fait supposer plutôt une lutte entre deux paraiges ou une conspiration en faveur de l’évêque, qu’un soulèvement démocratique auquel je ne vois pas ce que

la famille des Gournai aurait pu gagner.

Thiébault de Heu fut remplacé par Wicolle Baudoche, à qui succéda Jehan de la Court, nobles tous trois de nom et d'armes ; preuve sensible d'un retour à l'aristocratie. Ces magistrats populaires prirent les rênes administratives en des circonstances bien difficiles. L’agitation violente qu'avait provoquée l'expulsion des Templiers, la lutte du pouvoir épiscopal avec l'administration urbaine, les empiétements jaloux d'un paraige sur l’autre paraige duraient encore, lorsque le ciel en sa colère , frappa l'Europe d'un double fléau, la peste et la famine. « En celle année et aussy l’année devant, dit « Philippe Gérard , furent les grandes pluyes par toutte Fran-

« ce, lesquelles continuerent par l’espace de deux ans(1315

et 1516); pour laquelle chose fut si grant chier temps que « a celle cause y eult grant peuple et grant bestial qui mou-

« rurent*.» Nos chroniqueurs sont trés-sobres de détails; le

* Chron. m.n.s. déjà citée,

doyen de Saint-Thiébaut dit seulement : « En 1544, fut 14 £ grande mortalité des gens. En 1545 fat grant chier temps & de bleif, tel que la quarte coustoit dix-huit sols*.» Guilliman assure que l'épidémie enleva treize mille âmes à Strasbourg ; treize mille six cent à Colmar ; quatorze mille à Bâle, et ainsi, dans la même proportion le long du Rhin**, Notre vallée mosellanne n'éprouva pas de moindres désastres ; le souvenir en devint si cruel que pendant plusieurs siècles , pour désigner une famine extrême, une mortalité sans exemple, on rappelait les années 1314 et 1515.

Ne croyez pas qu’accablé sous de tels fléaux qui servent d'enseignement aux populations égarées, l'évêque Renaud ait : discontinué ses menées ambilieuses. Pour reconquérir ce qu'il avait perdu, il acheta des soutiens, augmenta le nombre des hommes-liges de l'évêché, leva des troupes, et tâcha d’être en mesure de recommencer la guerre contre le duc de Lorraine***; mais une mort subite, attribuée au poison, l'enleva le # mai 1316****,

C'était un homme dont les facultés, mieux dirigées, eussent

* «Ung florin d'or ne valloit que xur où x sous » Philippe Gérard.

** De Episc. Argent. chron. ; gest. Balduini, Uib. rrr.

*** Il existait jadis, dans la chancellerie de Vic, beaucoup de reprises faites à cette époque; et, dans les archives de Lorraine , quantité d’actes constatant des donations épiscopales à là condition de porter Les armes pour défendre l'évêché. « Celluy Euesque, dit Philippe Gérard, auoit fait Sy grant pourchais et alliances a plusieurs gns seig."* que on disoit de certain que sil heust vesqueis il heust destruict au duc de Loherenne toutte terre. » (Chron. fol. 277, recid.)

sa

€ La fin il fut empoisonné à sainct Vincent, »

assure un des copistes de Philippe Gérard.

QUATORZIÈME SIÈCLE 285 amené d'excellents résultats, surtout dans le domaine des lettres et des arts qu'il protégeait, malgré ses préoccupations belliqueuses. Il aimait le faste, la représentation. Son mo--

bilier, ses vêtements indiquaient du goùt*.

Deux compétiteurs, seigneur Pierre de Cierque, archediacre de Marsault(Marsal) et seigneur Philippe de Bayon, archediacre de Sallebourg (Sarrebourg) se mirent sur les rangs: Pierre, soutenu par le duc de Lorraine, réunit la pluralité des suffrages; Philippe, appuyé du crédit d'Edouard, comte de Bar, ne se tint point pour battu ; l'affaire devint vive entre les chanoines; et nos deux prétendants coururent solliciter du pape Jean xxn1, la confirmation de leur élection. Après deux années d'indécision, le souverain pontif exigea qu'ils renoncassent bénévolement à leurs droits respectifs; puis agissant, comme avait fait un de ses prédécesseurs, dans une circonstance analogue, il ne nomma ni Pierre de Sierck, ni Philippe de Bayon, et confia le sceptre épiscopal au fils d’'Humbert de la Tour et d'Anne, hériticre du Dauphiné ; à Henri, surnommé Dauphin** ; ensy furent defraudez

les deux esleus***.

Ce choïx ne valait rien; car le nouvel évêque avait si peu l'intention d'habiter Metz, qu'il n’accepta qu'à la con-

* Renaud portait d’azur à deux barbeaux d’argent ; mais il aimait d’associer l’écusson de sa mère à celui de ses ancêtres paternels. Les Bénédictins disent qu’il fut le premier évêque de Metz dont le scel ait présenté des armoiries; mais c’est une errenr puisque Étienne de Bar fit cette innova— tion deux siècles plus tôt.

** Henri Dauphin porta, comme Renaud de Bar, ses armoiries sur son scel. Elles etaient d’or, au dauphin d’azur, crété et oreillé de gueules.

RAY Philippe Gérard , fol, 280 , verso,

dition que le pape le dispenserait de prendre les ordres , voulant gouverner le Dauphiné pendant la minorité de ses neveux.

fils du Dauphin, Jean n, mort depuis peu.

Le maitre-échevinat, tenu par sire Poince Chameurs en

1517 ; par sire Jehan Witier en 1518: était passé de leurs

mains dans celles de «ire Jehan de Laitre dont la descen-

dance illustre existe encore.

Page 1