ANUS ED
***4* 29 octobre, 1b.
*PRXX Jean de Ruette et son frère Colin; Thomas d’'Artoize, Conrad de Hamberch; Jean de Bung; Arnoul et Wauthier de Rodendorff; Philippe et Richard des Armoises ; Hennequin Kamerer, etc. Les originaux de ces traités sont aux archives municipales.
*XP884 Titre du 2 juin 1576. Paul Ferry, observ. sécul., t. 1, fo. 458, verse, ALOUTS, 71UM. CXXXV.
vallées de la Moselle et du Rhin. C'était une danse convulsive nommée danse de Saint-Jean, de Saint-Guy ou de Saint-Witte. « Le prêtre en faisant l'office, le seigneur en rendant la justice à ses sujets, le laboureur en tenant sa charrue, se {rouvoient saisis de cette espèce de manie, etse mettoient à danser et à chanter jusqu’à ce que la fatigue les forçât de se jeter par terre où ils demeuroient immobiles. Lorsqu'ils se rencontroient dans les rues, si l’un d'eux commencoit à danser, tous les autres l'imitoient. Ce mal leur duroit quelquefois neuf à dix jours, quelquefois plus*.> A Metz, quinze cents personnes furent atteintes de la même af. fection. Les gens instruits ne se méprenaient point sur sa nature, et la guérissaient par le massage; d’autres qui l'attribuaient au démon, employaient les exorcismes. Un dévergondage effrayant suivit cette épidémie, en raison sans doute de l'excitation nerveuse qu'elle avait provoquée. L'autorité municipale intervint**,
Une de ces grandes compagnies qui depuis dix années sillonnaient l'Europe en tous sens, compagnie forte de quatre mille lances, et voulant passeir oultre, pour alleir contre le duc d'Austriche, arriva subitement aux portes de Metz. Elle occupa /e vaul. Les paysans épouvantés suppliérent, à genoux, les chefs de dire ce qu’ils devaient leur donner pour éviter des malheurs plus grands. « Rachetez-vous, comme ont fait d'au & tres pays, répondirent les écorcheurs, et nous vous ac- & corderons bonne paix.» Metz se vit donc obligé de financer. On compta trente-cinq mille francs à ces bandits : quelques
jours après, Boppart fut obligé de leur en donner seize mille
* Hist. bénédictine de Metz, t. 11, p. 378.
** Brouver. annal. Trevir., t. u , p. 250.
pour sauver les terres épiscopales d’an orage imminent. Ce sacrifice épuisa tellement les finances du prélat, qu'il vendit
l'année suivante au gouvernement municipal son droit de battre monnaie*,
Ayant quitté Vic, sans doute pour des motifs de sécurité personnelle, Boppart vint dans nos murs, bénir les deux magnifiques églises de Saint-Vincent et des Cordeliers nouvellement reffaictes et reediffiées ; consacrer la chapelle des Gélestins fondée ea 1368 par Bertrand-le-Hungre ; donner les ordres la veille du dimanche de la Passion, et faire à Saint- Arnoul, le dimanche des Rameaux, la bénédiction des Palmes. Ce jour même, il entra processionnellement à Metz, par la porte Serpenoise, tenant le chef de saint Etienne que venait de lui donner l'empereur Charles iv, et qu'il déposa sur le grand autel de la cathédrale.
L'isolement où le chapitre diocésain vivait depuis trés- Jong-temps, puisque son évêque résidait presque toujours à Vic, perpétua quantité d'abus pour Ja répression desquels Boppart ouvrit un synode; mais le chapitre protestait; et lorsqu’en 1577 l’évêque voulut visiter les églises ainsi que la collégiale de Saint-Sauveur, Ja résistance devint plus vive encore. Cependant tous les ordres monastiques, les curés , les
magistrats et la cour pontificale donnérent raison à ‘évêque**.
Nicolle Mortel, Poince Louve, Jehan Burtrant, Pierre
* Charte du 14 août 1576. Archives municipales. Ce droit fut engagé de nouveau, le 23 septembre 1583, moyennant quatre mille francs , avec condition de rachat,
** Chron. du Doyen de Saint-Thiébaut, de Praillon, de Philippe Gérard, ann. 4377.
Bourguiere , s'étaient succédé au maitre-échevinat depuis 1575 jusqu'en 1578 qu'une chevaulchée malheureuse faite dans le pays de Bitche par le sire de Verneperch, mit en deuil plusieurs nobles familles messines dont les enfants guerroyaient pour le compte de ce Seigneur. La même année, notre gouvernement avait eu le bonheur de terminer avec le
sire de Rodemack, gouverneur du Luxembourg, grand nombre de contestations *.
L'année suivante, sous le maitre-échevinat de Nicolle de Raigecourt, des difficultés sérieuses éclatérent entre le duc de Lorraine et noire prélat. Il s'agissait des sources salées de Salonne et d'Amelincourt auxquelles le monarque lorrain prétendaitavoir seul des droits. Ce prince, secondé parle ducde Bar, attaqua l'évêque Thierry, eut d’abord quelques avantages, et remporta sur eux une victoire signalée près de Briey ; mais la fortune inconstante changea bientôt, et les princes confédérés, aprés avoir en un jour complétement ravagé cinquante villages, forcèrent le prélat d'abandonner toutes ses prétentions sur les fontaines contestées**.
Pour subvenir aux frais de la guerre, notre évêque avait été forcé d'engager à différents Seigneurs les villes d'Albe, de Neuviller, de Reidingen, d'Hubertengen, la place d'Hérestein, la terre de Thaon, plusieurs villages et des redevances considérables***, 11 manquait d'autant plus de ressources que les chapitres du diocèse ne lui pardonnaient pas d’avoir voulu réprimer leurs scandaleuses habitudes, et qu'un chisme dé-
* Ce traité du 4 avril 1378 , aux archives municipales.
**X Traité du 23 mai 1381,
*** Anciens titres de la Cathédrale; Meurisse hist, des Eusq., p. 528.
solait la chrétienté depuis la mort du pape Grégoire rx arrivée le 27 Mars 1578. Vo
Au mois de juin 1579.le cardinal d’Aigrefeuille , ‘chargé des intérêts de Clément vir, vint à Metz, convoqua uné-assemblée dans la salle haute du palais épiscopal , et fit si bien:valoir ses droits que tous le reconnurent pour pape, excepté Bertrand; dominicain, évêque suffragant de Metz, les deux- docteurs Francois et Thiriat Fabert, et plusieurs laïcs, partisans d'Urbain vi. Les minorités sont turbülentes; celle-ci s’agita ; de’sorte qu’on mit en prison nos deux docteurs quin'en sortirentqu'aprés trois mois. Ayant trouvé moyen de s'échapper, ‘ls partirent pour Coblentz où Cunon de Falkenstein ,. archevêque de Trèves, dirigeait avec Bertrand le dominicain, le parti d'Urbain vr. Au mois de juillet 1580, Venceslas, roi des Romains, envoya des ambassadeurs à Metz, dans le but d'y substituer Urbain à Clément vu, et Bertrand ainsi que Francois et Thiriat Fabert l'accompagnérent; mais le cardinal d’Aigrefeuille mania les esprits avec tant d'habileté que son parti
prévalut.
Un traité d'alliance pour dix années, conclu le 25 décembre 1380, entre la république messine et le duc de Lorraine; d’autres traités, avec sires Jean de Mirabel, Olry de Fenestranges, etc.” garantissaient, autant que possible, la tranquillité publique, malgré les monitoires lancés contre les. soutiens du pape Clémont vir, pontife cher aux Messins**. »
Thierry Bayer de Boppart devenait très-vieux. Il avait
* 44 janvier et 45: septembre 1381. Archives municipales. : ;,
** Défense en date du 16 janvier 4382, Archives de M. le comte Emmèry.
établi depuis le 12 novembre 1581, le prince Waleran de Luxembourg vicaire administrateur du temporel épiscopal ; et soit qu’on redoutât la puissance de sa famille, soit qu'il eût trouvé le secret d'administrer avec sagesse , aucune affaire sérieuse ne vint troubler le calme des derniéres années qui restaient au prélat. Bayer de Boppart, mort à Metz le 10 janvier 1584, fut inhumé somptueusement dans la chapelle des Évèques bâtie par son prédécesseur *, où se voyaient encore avant 1791 , les tombeaux de l’un et de l’autre surmontés de l’écusson de leurs armes**.
Aprés Nicolle de Raigecourt, sires Arnoult Noiron, Burthe Paillat, Pierre Fessault; Nicolle Drowin s'étaient succédé au maïitre-échevinat; les confréries industrielles avaient été de nouveau supprimées, pour ce que, entre eulx et sans la licence de iustice, ilz faisoient plusieurs ailiances et assemblées ; et nos ancêtres voyant le pays en paix, portaient au roi Charles vi le tribut de leur courage et de leur expérience militaire. Ce monarque créa six Messins chevaliers : Nicole de Heu, Laurent le Gronnaix, Jean Drouin, Werry le Gronnaix, Jacques Burtrand et Jean Braidy ***,
* Philippe Gérard le fait mourir /a quinziesme kalende de febvrier 1583. Jean de Vienne était décédé le 45 octobre 1389 à Porentruy, grettant toujours son évêché de Metz.
re-—
** Adémare portait, comme ses monnaies l'indiquent, de gueule à trois croix d’or clichées deux et un, une crosse brochant sur le tout ; Bayer de Boppart , d'argent au lion de sable, armé, lampassé , couronné d’or; quant à Jean de Vienne, on voit aussi sur ses monnaies l’écusson de ses armes qui sont de gueule à l’aisle éployée d’or, traversé d’un lambel de gueule, chargé de trois croix d’argent.
***° Chron. de Philippe Gérard et du doyen de Saint-Thiébaut, année 1584, Ill LS
Au décès de Thierry Bayer de Boppart, Frédéric, évéque de Strasbourg, avait été chargé d'administrer notre évéché; mais l’anti-pape Clément vir se hâta d'y pourvoir en nommant Pierre de Luxembourg qui, dés la Pentecôte, prit possession du siège épiscopal*. Il portait l'humilité si loin, disent les chroniqueurs, qu'il voulut entrer à Metz monté sur un âne et nuds pieds”**. Son frére, le comte de Saint-Pol, l’accompagnait. La cité lui donna cent quartes d'avoine, deux
bœufs gras et deux queues de vin pour honorer sa bienvenue.
Visiter le diocèse avec André de Porte-Muzelle, suffragant ; dresser, sous l’inspiration de ce digne ecclésiastique, des statuts synodaux pour réformer la discipline cléricale, puis partager les revenus épiscopaux en trois parts, dont l’une fut destinée à l’ornement ainsi qu’à l'entretien des églises; la seconde au soulagement et à la nourriture des pauvres, des orphelins et des veuves; la troisième à l'entretien de sa propre maison; tels furent les principaux actes du jeune prélat, tous empreints d'un esprit de sagesse si supérieur qu’on oubliait et son âge et son schisme.
À la fin de l’année 1584, Venceslas ***, roi de Bohéme, récemment élu roi des Romains, étant venu dans le Luxembourg, la bourgeoisie messine députa vers lui Nicole Fran-
* Il était fils de Guy de Luxembourg , comte de Ligny, et de Mahaut de Chîtillon, frère de Waleran de Luxembourg, connétable. Il n'avait pas encore quinze ans révolus, ayant vu le jour le 20 juillet 4369, Les armes de Pierre de Luxembourg étaient : burlé d'argent et d’azur de dix pièces, au lion de gueule brochant sur le tout.
** Chron. de Philippe Gérard, t. 1, fol. 358,
*** Appelé Wessellin par les chroniqueurs. Praillon et Philippe Gérard fixent son voyage à l’année 1587. C’est une erreur.
QUATORZIÈME SIÈCLE, 379 çcois, Jean le Gournay, Arnoul Baudoche et Jean Guennetel qui se firent accompagner d’Olry de Fenestranges et d'Henri de Morbange, leurs conseillers. Il s'agissait de terminer quelques différents avec les Luxembourgeois. L'ambassade eut le succès qu’on s’en était promis ; et Venceslas applanit toutes les difficultés, moyennant une pension annuelle de trois cents florins à laquelle les Messins s'engagérent vis-à-vis de lui. Olry de Fénestranges recut d'eux, en témoignage de gratitude, six cents florins valant onze sous piéce*.
Aprés cet accord, le roi vint à Metz, suivi du duc de Tancin, de l'évêque de Hambourg, etc... Il y arriva Le dimanche apres la S.'-Martin dhyver. On fut au-devant de sa majesté, dans le cérémonial accoutumé; les députations paraigiennes avec leurs bannières; les échevins des paroisses; les trois maires ; le conseil des Treize en robe mi-partie rouge et noire; chaperon de même; le maïître-échevin en robe longue écarlate rehaussée par une ceinture d'or, le chaperon écarlate, la bourse pendante au côté, la chevalière au doigt, ayant devant lui les deux pertuisaniers accoutumés. L’orateur d'office de la cité harangua le monarque**, et le maître-échevin, Joffroy de airize, ayant le genou droit fléchi, selon l'antique usage, le pria d'accepter une coupe de vermeil remplie de florins d'or, au coin de Metz, ainsi qu’un ensemble de vaisselle plate dont la ciselure élégante rivalisait avec celle de Florence ***.
* Chron. du doyen de Saint-Thiébault.
** Hermann de Bure ou de Burey, advocas en la court de Ales.
*** € Plusieurs belz vaissellemens d'argent, montant a la some de neuf cents liures. »
380 MÉTZ RÉPUBLICAINE.
Venceslas, enchanté d'une aussi gracieuse réception, con-— firma, par un diplôme, les libertés et les franchises urbaines ; il jura, parole de roi, de ne jamais venir à l'encontre de ces privilèges, et d'être à l'égard des Messins ce qu'avait été Charles 1v. Mais, par réciprocité, Venceslas exigea que le maitre-échevin et les Treize le reconnussent roi des Romains ; qu'ils promissent de lui rendre hommage, dés qu'il serait empereur, et de ne prêter aucun secours à son compétileur,
s’il s’en élevait un. Les deux diplômes sont datés du 45 novembre 1384*.
Partisan d'Urbain vr, Venceslas aurait voulu que les magistrals messins reçussent, en qualité d'évêque, Thiellemant Voize compétiteur de Pierre de Luxembourg, et qu'il avait eu soin d'amener avec lui; mais déjà l’on respectait trop le jeune prélat pour l'abandonner. Il demeura donc évêque en titre et Thiellemant conserva le titre d’élu.
Venceslas ne fut à Metz que deux jours. Au moment de son départ, il fit compter vingt francs aux Sergents des Treize. La ville, beaucoup plus généreuse, en donna cent au Chancelier royal, et distribua 56 florins d’or aux gens qui composaient la suite du monarque, messaigiers, menestrelz et aultres.
PlusieursMessins le reconduisirent jusqu'à Luxembourg.
L'approche de la Chandeleur 1385 , jour auquel était fixé l'élection des Treize, amena de vives altercations entre les officiers épiscopaux et les magistrats messins. Ces derniers
* Ils existaient dans le cabinet de Gabriel, célèbre jurisconsulte messin ,
… , r qe . 7 . 2 44 où les Bénédictins les ont copiés pour les publier, t. vr, p. 457, 358 de leur histoire messine.
contestaient au prélat, en raison de son jeune âge, le droit d’élire ot de recevoir le serment des nouveaux élus. Les paraiges furent assemblés ; des mandataires , pris dans leursein, eurent mission d'examiner les droits respectifs d’un évêque adolescent et ceux d'une ville qui se gouvernait elle-même. Pour aplanir les difficultés, il fut convenu que désormais on prendrait annuellement en chaque paraige deux personnes, et trois dans celui du commun, lesquelles sous le nom d'Ewardours, conservateurs, défendraient les citoyens contre les entreprises des Treize dont le pouvoir se trouvait de la sorte bien diminué. Quand l’évêque revint à Metz, il n'y fit pas même attention, tant les choses mondaines le touchaient peu; mais Waleran, Comte de Saint Pol, qui, sachant les Treize dévoués au prélat, espérait exercer par eux une influence directe dans les affaires de la république, ne voulut point accepter cette innovation. Dés la fin de mars, il s’approcha des murailles messines avec 190 lances et quarante arbalétriers, pendant que Louis 11, duc de Bourbon, entré dans cette querelle, envoyait à son aide quatre cents hommes d'armes. Le comte somma la République de rétablir les choses sur le même pied qu'autrefois ; mais on se rit du comte et de sa petite armée qui tomba
sur Gorze dont elle s'empara ; puis sur Moyeuvre et Marsal*.
Pierre de Luxembourg ayant alors quitté Metz, pour répondre aux désirs du pape Clément vi qui venait de le créer cardinal et de l'appeler à sa cour, Thiellemant - Voise tâcha d'obtenir un sceptre auquel il avait d'incontestables droits. Repoussé de nouveau par la république, il mit dans ses intérêts Gérard de Blanckenheim, le duc de Juliers, le comte de
* Chron. du Doyen de Saint-Thiébaut , anr. 4585; Duchesne, hist. des Card. Fr. t. n1, p. 527.
Nassau-Sarrebrück, le sire de Boulay, lesquels, auec grant foison de gens, ravagèrent le Pays-Messin. Nos magistrats, par représailles , prirent Neufchatel devant Thionville, Lanoy dont les Seigneurs avaient défié la cité ; et trois fois, ils assiégérent Boulay, mais sans succès. D'un autre côté, le comte de Saint-Pol guerroyait autour de Metz avec mille lances, moins encore pour les intérêts de son frère que pour les siens propres. On le repoussait vigoureusement; sans pouvoir éviter les maux qu'il causait aux campagnards dont il ravageait et brülait les récoltes.
Jaique Burtrant, du paraige de Porte-Muzelle, Joffroy Lohier, du paraige d'Oultresaille ; Jehan de Vy, du paraige du Commun occupérent le maitre-échevinat en 1385, 1386 et 1587. Burtrant fortifia la ville; Lohier et Vy contractérent de nombreux engagements avec divers gentilshommes qui furent long-temps à la solde des Messins : tel nous citerons Guillemin de Perpignan, qui servit trente-cinq années dans nos murs et s'allia aux paraiges en épousant la fille de Périn-le-Bel; Olry de Fenestranges, Willaume de Lucey, Henry de Morhanges; le comte de Salm; Hainzelin de Lichtemberg; l’écuyer anglais Jannins Hilleton, lui huictieme de glaives, homes d'armes et quinze archés; Hennement Flechler, maistre des bombardes, ou chef de l'artillerie républicaine, et beaucoup d’autres. Ce dernier recevait quarante livres de gages par année; on donnait aux autres une somme proportionnée au nombre d'hommes qu'ils amenaient*. Le
comte de Deux-Ponts**, ne s'était pas mis à la solde des Messins,
* Toutes les quittances de ces gentilshommes , chevaliers, écuyers , etc. se trouvent aux archives municipales.
** « Hennemans , conte de Douspons et Signour de Biche. »
En
QUATORZIÈME SIÈCLE. 385 car c'eût été repousser l'alliance des princes allemands, ligués contre la république, maisil promit de ne l’attaquer désormais qu'aprés avis donné quatre semaines d'avance, dans des
lettres ouvertes *.
La prise des maisons fortes de Louvigny par le comte de Saint-Pol; le procès criminel qu'entraina l'abandon de l'une d'elles par Nicolle Martelz son défenseur ; le chagrin qu'éprouvérent les Messins et surtout Jean Corbel, obligé dese rendre, faute du secours sur lequel il comptait, engagèrent nos magistrats à traiter avec le comte de Saint-Pol; mais ses prétentions étaient exagérées et rien n'ayant pu se décider, il regagna Ligny avec quatre vingt-dix prisonniers. Ce fut pour revenir quelque temps après dans le Pays - Messin, car le 26 mai il menaçait Gorze; au mois de juin il campait à Woippy, demandant bataille sans même recevoir une réponse. Aussi reprit-il la route du Barrois. Les Messins le poursuivirent avec audace , attaquérent Maindor, au val de Roussy, s'emparérent d'Hettange, brülérent Victemberg , abattirent Champillon et ramenérent de nombreux prisonniers.
L'évèque de Strasbourg, administrateur du temporel pendant l’absence de Pierre de Luxembourg, s’entremit à la fin pour accorder les esprits. Il alla trouver le comte et plein droit lui fut accordé, car les magistrats promirent de casser toutes les nominations faites sans la participation du cardinal, de n'user désormais du privilège d'élection qu'avec son consentement, d'envoyer d’humbles excuses au prélat, et de donner au comte quatre mille florins à titre d'indemnité des frais de la guerre.
* Promesse du 28 septembre 1384, renouvelée le 4.°" juin 1585.
Quand ces choses avaient lieu , Pierre, transporté malade d'Avignon à Villeneuve, au-delà du Rhône, y mourait le 2 juillet 1587, laissant le monde édifié de ses vertus et le peuple messin affligé de sa perte. Il eut pour successeur Raoul de Coucy, fils du sire de Montmirail et de Jeanne d'Harcourt, chanoine qu'éleva sur le trône épiscopal la double influence de la maison de Lorraine et du pape Clément vn*.
Raoul entra solennellement à Metz le 6 janvier 1388, précédé de ses bannières **, des officiers à son service, accompagné du sire de Coucy, des comtes de Blâmont, de Deux- Ponts, de Salm, du vieux comte de Meaux, etc. et suivi d'une troupe assez considérable. La ville offrit quatre cents florins à l’évêque et pareille somme au sire de Coucy ; droit de bienvenue qui leur parut si mesquin, qu’ils ne demeurérent que cinq jours dans nos murs, et qu'ils partirent sans rien donner aux valets des Treize non plus qu'aux sergents de ville ***,
Certaines courses faites par les Messins aux environs de Fleury sur les domaines du sire Gérard de Blanckenheim ; le siège de Servigny où fut tué Richairs de Vouzey, écuyerservant du sère Galchot d'Aigremont; une protection efficace donnée au clergé contre les prétentions du sire Pierre de Cronimberg et de Nuwebourg qui réclamait une somme trésconsidérable, avaient armé contre la république ces mêmes seigneurs que secondaient la comtesse Yolande de Flandre,
* Philippe Gérard, Chron., t. 1, fol, 360, verso ; le P. Benoit, hist. m.n.s. de Metz ; Duchesne , ouvr. cité, t. 1, p. 705; n, p. 42.
** IL portait facé de vair, de gueule à six pièces.
*** Philippe Gérard, chron., t. 1, 07. 364.
duchesse de Bar, les sires de Lanoy, Philbert de Brixery, Collardz de Folz et plusieurs autres chevaliers. La paix se conclut entre tous, sous le maïtre-échevinat de ÂVicolle
Baudoiche et de Burthe Pappenatte, qui se succédérent
en 1388 et 1389*.
Il résulte d'une grande quantité de quittances, de lettres de convenance et de compromis déposés aux archives municipales, que Metz, livré plus que jamais aux spéculations industrielles, aux travaux agricoles, soldait comme d'habitude plusieurs défenseurs étrangers, parmi lesquels nous citerons Jean de Vergy ; Robert d'Hervilly ; Niclosse de Castres; Philibert de Beffroimont; Guillaume, bâtard de Poitiers;
tr*
Conrad Bayer de Boppart””*, etc., demeurés presque tous,
jusqu’en 1592, au service de la république.
Du château de Vic où Raoul se tint d'habitude, il confirma,
par lettres patentes, les privilèges des bourgeois de Saint-
* Lettres d'accord du 20 mai 1588 entre Gérard de Blanckenheim , Pierre de Cronimberg, Gestran de Boulay et la république ; lettres d’accord du 9 juillet, entre Yolent de Flandres et la république; du 15 juillet, entre Collardz de Folz et la république; du 7 et du 42 avril 4589 entre Galchot d’Aigremont, Jehan et Ferris de Lanoy et la république. Les originaux de ces pièces existent aux archives municipales.
** ÇCoinrairds Baier de Bopperch déclare, dans un compromis de
l’année 1387, que moyennant une pension annuelle de soixante livres et deux francs par jour, tant que dureront les hostilités , il servira la république messine toute sa vie; dans un autre compromis, il s'engage avec six gentilshommes, sous condition qu'il recevra cinquante florins; que ceux de ses compagnons qui auront trois chevaux, recevront vingt-cinq florins , et ceux qui n’en auront que deux , vingt florins ; il prometenoutre, s’il survient une guerre, de livrer aux Messins ses forteresses de Hombourg, d’Albe, d'Hungesanges et de Château-Bréhain , à condition qu’on
lui versera 400 florins.
Archives de la municipalité.
Avold et d'Épinal* ; il règla les appointements des baillifs de l'évêché*", retira plusieurs terres engagées, et défendit ses prétentions les armes à la main. La famille des Bayer retenait Hombourg, Albestroff et d’autres domaines : Raoul, secondé de l'évêque de Strasbourg et du duc de Lorraine assiége Hombourg, s'en empare, et force les détenteurs d'ac. cepter deux mille francs d'indemnité sous condition de lui rendre immédiatement les seigneuries engagées ; moyennant 1200 florins, il retire Lucelbourg des mains de Frédéric, évêque de Strasbourg ; mais d'autre part il met entre les mains du sire Enguerrand de Coucy, comte de Soissons, les villes et bans d'Epinal, de Rambervillers, Baccarat, La Garde, l'abbaye d’Autrey, la cour de Saint-Benay, ainsi que différentes mairies. C'était s'arroger un monstrueux pouvoir. Enguerrand, plusscrupuleux, ou craignant des contestations ultérieures, ne voulut pas y donner les mains, par l'aduis certain, dit-il, que l’euesque mon cousin, ne puelt aliener li homes ne li biens de l'eueschié”"”**. Plus tard, Raoul engagea les mêmes seigneuries ainsi que celles de Nomeny, Fribourg, Saint-Avold au duc de Lorraine, et la terre d'Apremont au fils ainé du duc de Bar, mais le tout avec faculté de rachat.
Les guerres précédentes , le retrait de plusieurs domaines engagés, une révolte des Sarrebourgeois contre l'autorité épiscopale avaient obéré les finances du prélat, Metz vint à son aide en lui prêtant seize mille francs d'or au coin du roi
de France ; et l'évêque, par un sentiment de gratitude bien
* Lettres datées du 10 mars, et du 22 décembre 1388.
** Ces baillifs, indépendamment des revenus attachés à leur charge, durent recevoir D00 florins, monnoie messine.
*** Acte du 9 octobre 1393.
naturel, autorisa pour huit ans, la bourgeoisie messine à nommer les Treize jurés comme il l'entendraient, sans autre formalité que celle de les lui présenter *.
L'année 1590, fatale sous le rapport de la mortalité qui décima le pays, fut marquée d'une tache de sang, car, sur d'injustes soupcons d'empoisonnement des eaux et des fontaines, le peuple aveugle immola les lépreux, éustice fut faicte des meseaulx. Après cet épouvantable holocauste que la république n'eut peut être ni la volonté, ni le pouvoir d'empêcher, on tâcha d'organiser la paix avec Simon Walter, comte de Deux-Ponts** ; avec le comte de Ligny et de Saint- Pol auquel il fallut compter Za some de cinq mille frans d'or***; ainsi qu'avec plusieurs autres seigneurs dont Îles Messins avaient pris les forteresses, ravagé les terres****. En même temps, pour garantir sa sécurité, l'administration urbaine concéda des lettres de bourgeoisie au comte de Deux- Ponts *****, comme elle en avait accordé au comte de Salm, quelques années auparavant ****** ; elle engagea le sire de
* Charte du 5 octobre 1393, Paul Ferry, observ. sécul., t. 11, fol. 166 rectù , num, CLXXXI,
** Traité du 23 juillet 1590, aux archives municipales.
*** Traité du 2 octobre 14391, Paul Ferry, observ. sécul., t. 11, fol. x, recto, num. 99.
*XX* Doinsienons et Bertrandz de Chastel Wevey ; Gilles de Hon; Phillebers de Beffroimont ; Lowis de Sancey ; Villaume de Secarnasse ; Henris d'Orley ; Anthone de Morhange fait prisonnier dans le château d'Herlimer ; Guelrairt de Walsse et leurs aidans, servans, receptans, homes et subgis. Traités du 11 mars; du 29 septembre; du 4 et du 49 décembre 45914. Ils sont aux archives municipales de Metz.
***k* L'original de cet acte est chez feu M.le comte Emmery. 1] a été publié par les Bénédictins, t. 1v, p. 394— 395;
##*#** Le 10 octobre 1581, Voyez Paul Ferry, observ. sécul., t. 11, fol, M, rectd, num. 486.
Cronemberg, de son propre corps, et de quarante compaignons, On vingt-cinq le moins, jusques à la quarte jointe ,
c'est-à-dire jusqu’à la quatrième génération*.
Monarques etsujets, administrations républicaines et cléricales souffraient cruellement des bandes de voleurs répandues à la surface du pays. Pour arrêter leurs excès, les ducs de Lorraine et de Bar, l’évêque, les magistrats messins s'étaient ligués entre eux , le 17 du mois de mars 1592. Huit chevaliers**, parmi lesquels Metz en fournit deux, Jean le Gronnaix et Nicolle Francois, furent chargés d'aller rétablir la sécurité publique. On les autorisa même, le cas échéant, à disposer des forces nationales. Plusieurs expéditions eurent lieu. Le conseil des huit, qui siégeait sous les armes, déployait autant d'activité que de rigueur : les gentilshommes faits prisonniers avaient la tête tranchée devant la cathédrale; les simples compagnons étaient pendus ; ceux qu'on grâciait
devenaient esclaves, homes «a la ville ***.
Nicolle Gronnais; Nicolle Grongnat, Yun des meilleurs jouteurs de son temps: Jehan Renguillon; Wiriat Bouchatte ou Bouchotte, souche de la famille actuelle des Bou chotte; Jaicque de Laïtre; Nicole de Meltry; Witiame Faulquenels; Thiébault Bataille; Wiriat Noiron se succédérent au maitre —échevinat depuis l'année 1590 jusqu'en 1399. Pendant leur administration deux édifices faillirent être entiérement consumés par les flammes, l'Hospice Saint-Ni-
colas, en 1392; l’église Saint-Vincent en 4595 ; l'évêque
* Cette lettre de convenance existe aux archives municipales.
** Cetraité, fort long, fort explicatif, existe aux archiv. municipales.
*** Expression du Chroniqueur Philippe Gérard, t. 1, p. 378, verso.