Voyez le chapitre XXIII de ce livre
2, Le gouvernement a environ 20,000 fusils de la plus mauvaise qualité. La Belgique les lui a vendus avec quelques friperies dont on habille les troupes de la capitale aux jours de fètes nationales,
classe ladina. Les colonels, lés généraux, fort nombreux par rapport au petit chiffre de l’armée", appartiennent à la classe dite espagnole?. Il y a pourtant des généraux qui sont Indiens. Vicente- Cruz, Serapio Cruz, Nufio, Paredes, Bolaños, Carrera sont des Indiens; mais ces gens-là n’ont gagné leurs épaulettes qu'en faisant la guerre civile.
La ville de Guatemala est défendue par une forteresse exécutée par un architecte de je ne sais où. Cette forteresse, bâtie en torchis, avec des embrasures que Vauban n'aurait jamais pu imaginer, représente assez bien un chalet suisse. On l’a armée d'une vingtaine de canons de toute forme et de tout calibre.-Quatre bombes tirées dessus la mettraient en poussière. Le mauvais plaisant qui l’a construite a dû bien rire en voyant la peur que son chalet inspirait aux Guatemaliens.
Mais Guatemala est défendue sérieusement par
1. Voici les noms des généraux que j’ai connus à Guatemala: MM. Carrera, capitaine général; Miguel Garcia-Granados, Nicho Garcia-Granados, Belànos, Parodes, Serapio Cruz, Benites, Nufio, Cascara. Il y en a encore une douzaine dont je ne me rappelle plus les noms. Je crois que la République possède une vingtaine de généraux et une soixantaine de colonels et lieutenants-colonels. On conviendra que pour une armée de 3,000 hommes, c’est beaucoup d'officiers généraux et supérieurs.
2. La classe dite espagnole est la classe des ladinos riches.
Tout ladino aisé se prétend Espagnol, et tout le monde se dit Espagnol,
ies précipices qui l'entourent et aussi par la poltronnerie des chefs d’États qui avoisinent la Répuqueries te Re AE Re Alle tr re A e CRE RAESOR
J'ai vu les lucios' de Gusman entrer à Guatemala. Un seul homme était à son poste. C'était le vieux et honnête général Cascara, ministre de la guerre en ce temps-là. Ge bon et digne vieillard était, dit-on, d'origine corse; il avait servi comme sergent dans les armées de la République française. Je le trouvai à minuit dans une salle du palais du gouvernement ; il était assis sur une chaise, et tout seul, tout seul.
— Je suis content de vous voir, me dit-il. Si les Indiens arrivent, vous pourrez dire que le vieux Cascara est mort à son poste.
— Mais n’avez-vous pas d'officiers près de vous ? lui demandai-je. à
— Non, je suis seul et tous ceux que j'avais trouvés ici sont allés se cacher à l’archevêché.
Le vieux Cascara finit par réunir quelques soldats autour de lui: il fit traîner un canon à l’entrée d’une rue, et, voyant les Indiens arriver, il y mit le feu. Ge seul coup de canon sauva la ville, car il tua le général Gusman. Les bandes qu’il commandait pillèrent un faubourg et se retirèrent.
1. J'ai plusieurs fois écrit le mot lucios sans l'expliquer. On appelle lucios tous les Indiens qui se révoltent contre le gouvernement. Ils ont pris ce nom d’un chef qui s'appelait Lucio.
Le lendemain on mit la ville en état de siége et
on publia un bando par lequel on invitait tous les patriotes à se réunir sur la place. Un patriote se présenta: mais il n’était pas Guatemalien, il était Espagnol et se nommait M. Horjales.
Cette échauffourée évanouie, les gens du gouvernement se montrèrent; ils firent des promenades autour de la ville, construisirent des fortins à l’entrée de la place et jurèrent d’exterminer les insurgés si jamais ils s’avisaient de revenir. Les insurgés eurent peur et ils allèrent dévaster l’Antigua ‘.
4. Voici ce que m'écrivait un Français établi à l’Antigua, M. J. Capuron, sur l'entrée des lucios dans cette ville.
« Il n’y à aucun doute que l'invasion des barbares à l’An- « tigua est le résultat de la plus noire trahison. Il est connu « que le chef des espions du corrégidor est allé à leur ren- « contre jusqu'à Santo-Thomas, village situé à une lieue et « demie de la ville. Léon Reymondo, leur chef, est passé par « le Guarda (porte) à 4 heures et demie du matin et est venu « occuper les issues de la ville, sans que personne en ait eu « connaissance. Après quelques moments de repos, les divers « détachements ont pénétré dans la ville et ont surpris la « caserne en en escaladant les toits. Tous les soldats dormaient; « réveillés en sursaut, sans officiers ni munitions,.les uns ont « été impitoyablement assassinés et les autres se sont enfuis, « la majeure partie tout nus.
« Pendant cette scène de carnage, la place avait été égale- « ment envahie et toutes les issues en étaient fermées quand le « corrégidor Don Manuel Ramirez, réveillé par la fusillade et « croyant que la troupe s’était révoltée, monta à cheval et se présenta sur la place, suivi de six soldats et de son domes-
Le gouvernement de Guatemala tire ses revenus des douanes, de l'impôt sur les eaux-de-vie,
«tique. Il y avait fait à peine quelques pas qu’il s’aperçut qu'il « était cerné par l'ennemi. 11 se jette alors en désespéré sur un « détachement qui le reçoit par une décharge à bout portant et « l’abat aux pieds de son cheval. Les bandits, non contents de « cela, lui coupent la gorge et le poignet. La maison munici- « pale prise en même temps, la garde de la prison mise en « fuite, l’adjudant de la place assassiné dans la salle du Corre- « gimiento où il s'était enfermé, les portes de la prison ouvertes «aux malfaiteurs; ceux-ci se réunirent à eux pour le pillage. « Tous les papiers des archives et du secrétariat de la munici- « palité, transportés au milieu de la place, y furent brûlés. « Les bandits n'éprouvant aucune résistance se ruèrent sur « plusieurs magasins de la rue du Commerce, en enfoncèrent . «les portes et les saccagèrent.
« Après trois heures de pillage, s’étant emparés de 300 fusils «et chargés de butin, les bandits abandonnaient la ville, « quand l’imprudence de quelques personnes qui lâchèrent aux « trainards quelques coups de feu les fit retourner sur leurs « pas, et c’est alors que la maison d’un Espagnol mon voisin, «et la mienne furent envahies après en avoir brisé les portes.
« Pour ma part, j'ai eu peu à souffrir; j'avais eu le temps de « sauver ma famille et les objets de quelque valeur. La porte « qu j'ai éprouvée monte à peu près à 100 piastres. Le cou- « vent que j'habite offre, dans des cas semblables, des res- « sources que je ne saurais trouver ailleurs.
« Voilà, monsieur, comme se sont passés les événements « de l’Antigua dont vous me demandez le récit. Maintenant le « corrégidor, il faut l'avouer, par sa négligence dont il a été « victime, a trompé la confiance publique que toute la ville
«avait en lui. Que pouvait faire la garnison sans officiers, sans munitions et casernée hors de la place? Les retranche-
sur la chich@!, sur la viande, sur le papier, etc. Son budget de 1859 s'exprimait de la manière suivante :
Recettes, 1,140,043
’ : Excédant : 13,854 piastres.
Dépenses, 1,126,189 P
La dette intérieure de Guatemala est de 700,000 p. Sa dette extérieure de. . . . + 500,000
Le gouvernement perd, par l'improbité de ses employés des douanes et par la fraude qui en résulte, une somme de 2 à 300,000 piastres tous les ans.
«ments et la maison municipale étaient les vrais postes « qu’elle devait occuper. Celle-ci, composée d'hommes pris au « hasard, aurait fait son devoir ne pouvant pas s'enfuir, au lieu « que, livrée à elle-même et surprise, elle s’est disséminée sans « faire la moindre résistance. »
« J'ai l'honneur d’être, etc.
« Signé : J. CAPURON. »
Cette lettre que j'ai copiée sans y changer un mot, et qui m'a été adressée par un honnête et très-véridique compatriote, montre toute l’imprévoyance d’une haute autorité guatemalienne. Voilà un pauvre corrégidor qui sait que les lucios sont aux alentours de la ville, et qui, au lieu de prendre ses mesures pour les repousser, va se coucher en oubliant même de faire donner des cartouches aux soldats de la garnison. Ce malheureux corrégidor, victime de sa négligence, comme dit M. Capuron, est un précieux spécimen de toutes les autorités guatemaliennes. ;