FINANCES
La République de Guatemala a une armée qui, en temps de paix, peut s'élever à trois mille hommes. En temps de guerre, elle se renforce de toutes les recrues que le gouvernement juge à propos d’enrôler. Pour avoir des soldats on envoie dans les rues des agents de police qui balayent devant eux tout ce qu'ils rencontrent d’Indiens et de gens du peuple. Les domestiques sortis pour le service de leurs maîtres, les gens de la campagne venus en ville pour y vendre des légumes ou leur fourrage, sont tout étonnés de se voir conduits dans les cours du palais et de s'entendre nommer, malgré eux, les défenseurs de la patrie. On ne se met pas en peine de répondre à leurs protestations, à leurs plaintes ; on n’écoute ni leurs cris ni leurs prières; — ils sont soldats de la République, et tout est dit. Il faut qu’ils se conforment à cette nécessité rigoureuse.
Les fils de famille, tous ceux qui ont quelque chose à conserver, tous ceux qui portent un habit de drap, — sont exempts de porter les armes. Il n°y a que les Indiens, que les pauvres diables qui soient obligés de se battre pour la défense d’un pays où on leur refuse non-seulement le libre exercice de leurs droits civiques, mais encore tous les moyens de se civiliser et d'améliorer leur triste sort’. Ce mode de recrutement exécuté par la force, par tout ce qu'il y à de plus injuste, de plus arbitraire, de plus scandaleux, démontre suffisamment quelle peut être la valeur morale de l’armée.
Chaque soldat reçoit un fusil et une baïonnette?, une veste de coton, un pantalon de même étoffe : il est Coiffé d’un chapeau de paille. Il n’a point de souliers. Il reçoit en outre pour sa nourriture une livre et demie de tortillas (galettes en farine de mais), un peu de viande séchée au soleil (cezina), et il a droit à toucher une solde d’un réal par jour, solde énorne assurément, mais qui ne lui est payée qu'alors qu’il reste de l'argent dans les caisses de l'État ou que, poussé par la faim, il menace de piller la ville et de renverser le gouvernement.
Les officiers sont ordinairement choisis dans la