DES DIVERSES CLASSES DE LA SOCIÉTÉ
Quand Alvarado eut conquis le Guatemala, les aventuriers qui le suivaient s’établirent dans le pays ; ils prirent des femmes de gré ou de force et en eurent des fils ; ce sont ces fils des soldats d’Alvarado qui sont les Guatemaliens.
La société se divise en trois classes :
Le peuple (el pueblo).
Les gens comme il faut (decentes).
Et les nobles (LOS NOBLES).
Le peuple comprend les Indiens, les ladinos, les zambos, tous les gens qui occupent une position infime, à quelque race d’ailleurs qu'ils appartiennent.
A la classe dite des gens comme il faut, espèce de
bourgeoisie sans crédit, sans influence, mais hon-
nête, laborieuse et sage, appartiennent toutes les personnes qui exercent un commerce, un métier ou une industrie. Les épiciers, les bottiers, les barbiers, les petits marchands sont des decentes.
La noblesse se compose de tous les négociants riches et de tous les honorables citoyens qui se disent nobles. Le nombre en est grand. I] y à pourtant à Guatemala un homme qui porte le titre de marquis; c’est M. le chanoine de Aycinena. Pourquoi? comment est-il marquis ? Personne n’a pu me le dire ; mais enfin, où l'appelle M. le marquis et il
signe marquis. On conviendra qu’un seul marquis
pour une République, ce n’est pas trop, et pour moi je confesse que j'ai toujours cru, durant mon séjour à Guatemala, que toute personne plus ou moins blanche et chaussée était une personne noble. J'ai connu un brave propriétaire très-riche et un peu avare qui se croyait parent de S. À. R. le prince des Asturies, et une vieille dame très-maigre qui se croyait cousine de S. M. la reine Isabelle II. N'ayant aucune prétention à la couronne d'Espagne, je ne me suis pas mis en peine de vérifier si les prétentions du vieux propriétaire très-riche et de la vieille dame très-maigre étaient ou non fondées : et si la reine d’Espagne a une cousine au Centre-Amérique, si le prince des Asturies a un oncle à Guatemala, tant mieux pour Sa Majesté et pour Son Altesse Royale !