DIVERSES CLASSES DE LA SOCIÉTÉ
La noblesse guatemalienne forme ce que l'on appelle le parti servile. Elle vend du madapolam, de la cochenille, de l’indigo et autres denrées coloniales. Dans ses boutiques, on trouve, écrite en grosses lettres et dans un endroit très-apparent, cette devise qui n’est pas très-héraldique :
Aqui, no se fia.
Ici, on se défie.
Cela veut dire que l’on ne vend pas à crédit.
Les prêtres et les nobles règnent sur le pays par l'intermédiaire de M. Carrera.
Les médecins, les avocats et beaucoup de marchands honnêtes se disent libéraux. Leur libéralisme n’est pas dangereux, et les serviles ont, à notre avis, tout à fait tort d'en avoir peur.
Si tout le monde, à Guatemala, voulait s'unir, on verrait cette petite République prospérer, et son peuple, si digne de compassion, pourrait enfin jouir d’un peu de bien-être. Mais, pour cela faire, il faudrait que le clergé ne sortit plus de son église, qu’il ne se mélât plus des affaires publiques; il faudrait que les négociants n’eussent plus de prétentions à la noblesse, qu’ils ne voulussent plus dominer les classes qu’ils nomment inférieures et qui, en bonne justice,
seraient tout aussi en droit qu’eux de prétendre à une supériorité quelconque, car tous les Guatemaliens ont la même origine: ils sont les fils des soldats d’Alvarado et des aventuriers qui ont suivi Ce Con-
que Sa vanité est ridicule, s’il voulait s’unir avec le parti libéral, la fortune du pays s’améliorerait rapidement, et sa prospérité rejaillirait sur les quatre autres pauvres petits États du Salvador, du Honduras, du Nicaragua et de Costa-Rica.
J'ai dit quelque part, dans ce livre, que les Guatemaliens, malgré leur admiration pour l’excellentissime président don Rafaël Carrera, malgré la reconnaissance qu’ils croient lui devoir, ne seraient pas éloignés de se remettre sous la tutelle du gouvernement espagnol. Le parti servile, en refaisant du pays une colonie espagnole, aurait l’espoir d’être attaché au gouvernement colonial, d’être titré, crucifié, honoré, et de pouvoir revêtir un habit plus ou moins galonné dans les jours de cérémonie publique. Il est des membres de la noblesse guatemalienne qui donneraient cent surons de cochenille et cent arrobes de sucre noir pour pouvoir mettre un bout de ruban à leur boutonnière. — Le parti libéral voudrait se remettre dans les bras de l'Espagne pour se débarrasser du parti servile et surtout pour s’affranchir du gouvernement de M. Carrera. Il aurait l’espoir de voir l'Espagne profiter des fautes que ses anciens gouverneurs ont commises et qui lui ont fait perdre cette belle et riche contrée: il lui demanderait de bonnes lois, des travaux utiles, en un mot, tout ce qu'il ne saurait obtenir de son propre gouvernement. — Le peuple indien, qui n’a pas été