Monsieur, monsieur, par ici
voleur qui, en définitive, ne nourrit pas son homme dans ce pays.
— Nous ne sommes pas des voleurs, dit l’un des quatre muets.
— Est-ce que nous t’'avons pris quelque chose ? demanda celui qui avait retenu mon cheval.
— Vous ne m'avez rien pris parce que vous êtes des poltrons et que vous savez bien que j'ai là, dans mes fontes, deux bons revolvers qui pourraient vous incommoder très-fort.
— Nous ne sommes pas des voleurs, nous sommes des chasseurs.
— Des chasseurs de bourse, n'est-ce pas?
— Amigos! dit Maximo en s’approchant, vous êtes ce que vous êtes, cela ne nous regarde pas: mais je veux vous donner un bon conseil : il y a là, à deux cents pas, trente soldats. Je n’ai qu’à siffler pour les faire monter ici, et soyez sûrs que s'ils montent, ils voudront savoir où vous avez eu vos fusils de munition. Vous dites que vous n’êtes pas des voleurs ; mais ils pourraient bien croire que vous êtes un débris de l’ancienne troupe de Lucios que Léon Reymundo a conduite à l’Antigua. Ce que vous avez de mieux à faire, c’est de vous enfoncer dans le bois, en ayant soin de ne pas en sortir avant deux heures. Je vous ai donné un bon conseil, faites néanmoins ce qui vous conviendra.
— Êtes-vous donc des Lucios? demandai-je aux cinq Indiens.
— Nous ne le sommes plus; mais nous l’avons été, répondit l’un.
— Eh bien! mes amis, il vous faut retourner dans vos pueblos et ne plus recommencer cette guerre sans but que vous faites. Agustin Perez, Léon Reymundo, tous vos anciens chefs ont été des fous, de malheureux hommes qui n’ont fait que du mal à leur pays. Retournez dans vos familles. Je vais vous donner quelques piastres pour vous aider à faire votre route et j'espère bien que vous ne recommencerez plus cette folle guerre qui vous a rendus si malheureux.
— Cachez vos fusils! dit Maximo. Ils vous compromettraient et vous feraient peut-être fusiller.
Je remis quelques piastres à ces pauvres diables, et l’un d’eux me demanda si je n’avais pas un peu de pain à lui donner.
— Hélas! non, lui dis-je; mais avec votre argent vous pourrez manger au prochain village.
— Îl y a quinze jours que nous ne vivons que de notre chasse, me dit un Indien... Ah! señor, ajoutat-il, nous sommes bien malheureux!
Maximo fouilla dans son sac et en retira quelques galettes de maïs.
— Prenez cela, mes fils! dit-il aux Indiens, et croyez-moi, cachez, cachez vite vos fusils !
— Ah! maintenant que nous avons des piastres, nous n'avons plus de chasse à faire, dit un Lucio en brisant son fusil contre le rocher. :
Les quatre autres en firent autant,
— Vous êtes de braves gens, dit Maximo, allez! le bon Dieu vous récompensera.
Nous partimes.
— Sais-tu, dis-je à Maximo, quand nous fûmes rentrés dans le sentier, sais-tu que tu m'as tiré d’un
très-mauvais pas?
— Oui! je le crois, répondit-il en fronçant son noir sourcil, Mais aussi que diable êtes-vous allé faire dans ce vilain bois? Ah ! les Français, les Français!
— Cela veut dire, señor Maximo?
— Eh! cela veut dire qu'ils sont d’une imprudence.… incomparable. J'ai servi d'arriero, pendant trois mois, à M.de Challaye : vous n’avez pas d'idée des tours de force qu’il m'a fait faire, sans compter F que plus d’une fois j'ai dû laisser un peu de ma peau pour le tirer des broussailles où il s'était fourré.
— Aujourd’hui, mon cher Maximo, ta peau est
restée intacte. et la mienne aussi.
— Oui! mais prions Dieu de ne pas retomber entre les mains de ces gens-là.
— Crois-tu donc qu'ils soient capables de commettre un crime?
— Señor, on dit ici qu’il ne fait pas bon de se trouver sur le passage d'un tigre ou d’un Indien qui | a faim.
Tout en causant ainsi, nous arrivämes à la porte | de la ville de l’Antigua où nos mozos s'étaient arrè- | tés pour nous attendre.