LA COLONIE BELGE
DE
SANTO" PAOMPAS"
En 1841, 42 ou 43, il passa dans la tête de quelques personnages belges d'avoir des colonies en Amérique. M. le comte de Hompesch fut le propagateur de cette idée, et il sut y intéresser M. le comte Félix de Mérode. Ces deux gentilshommes trouvèrent bientôt les éléments d’une compagnie de colonisation. On nomma un conseil général d’administration; ce conseil fut composé de :
MM. le comte Félix de Mérode, président ; le comte de Hompesch, vice-président; le comte de Arrivabene, trésorier; le baron Van Lockhorst; le baron de La Peyrouse; le chevalier Huytens de Beaufort; le colonel de génie Remy de Puydt; de Pouhon ; le chevalier Vanderberghe de Binckum; Laurent Veydt, conseiller provincial; le chevalier de Sauvage, président de la cour de cassation; Mettenius, banquier.
Les banquiers de la compagnie étaient :
À Paris, MM. de Rothschild frères ; — à Bruxelles, LA BANQUE DE BELGIQUE ; — à Mons, M. Hennecquine-Briard ; — à Tournay, Me Vecré-Benoît-Leman; — à Courtray, M. Verbeck-Beck ;
— à Ostende, M. Brasseur; — à Liège, MM. Nagelsmackers et Cerfontaine; — à Huy, M. L'Honneux-Detru; — à Charleroi,
M. Hennecquine-Briard; — à Dresde, MM. Bassenge et C°; — à Aix-la-Chapelle, M. Vergifasse,
L'agent de change de la compagnie à Paris était M. Noverre ; elle avait pour correspondant M. Rodier,
rue Tronchet, 31.
Voilà, on en conviendra, une assez jolie liste de banquiers et d'administrateurs. Les colons viendront
plus tard.
Le conseil d'administration nomma une commission d'exploration dont les membres furent :
MM. le colonel R. de Puydt; de Binckum; le capitaine de
Devercy; le lieutenant d'artillerie G. de Puydt; le lieutenant
| du génie Carette; le baron Van Lockhorst, attaché à la com- | mission en qualité de dessinateur.
Le 6 janvier 1842, l'expédition embarquée sur la goëlette de guerre belge la Louise-Marie arriva dans la baie de Santo Thomas, au fond du golfe de Honduras.
La commission se dispersa pour étudier le pays. Le colonel de Puydt, chargé de négocier l’acquisition des terrains, partit pour Guatemala, et il obtint de la plupart des membres du gouvernement de cet État la concession qu'il sollicitait.
| Le colonel fit un rapport, 11 décrivit Santo Thomas comme un nouveau pays de Cocagne; il fit un tableau de genre du gouvernement de Guatemala, appela M. Carrera un Messie, cita: Volney et Humboldt qui ne connaissaient pas la baie de Honduras,
énuméra les mines d’or et d'argent qui ont existé dans l’Amérique centrale, vanta le climat de ce pays qui, dans l’intérieur, méritait de l'être, mais qui, Sur la côte, est tout à fait pernicieux ; il publia une longue liste des légumes, des fruits qu’on trouve dans les forêts de Santo Thomas, et fit si bien que l’eau en vint à la bouche des paysans belges et qu'un grand nombre d’entre eux voulurent aller planter des choux au Centre-Amérique.
Quelques centaines d’émigrants arrivèrent à Santo Thomas en 1843. Les uns moururent et les autres se
sauvèrent dans l’intérieur.
La colonie fut repeuplée par un autre convoi de paysans belges, et M. le comte de Hompesch, pour combattre la mauvaise opinion qu’on com-
mençait à avoir en Belgique de la salubrité de Santo Thomas et de ses alentours, se mit à publier toutes sortes d'histoires aussi fausses que déraisonnables.
Un homme d’un grand mérite dont j'ai déjà parlé dans ces notes, M. Martial Cloquet, fut envoyé sur les lieux par le gouvernement du roi. Il travailla huit ans à encourager les colons, et tout le bien qui a été fait dans ce pays a été fait ou ordonné par lui. Un officier français, M. Dorn, seconda courageusement M. Gloquet. II fit un plan de la ville qu’on voulait fonder, il perça des rues qui étaient disposées en éventail pour ‘recevoir la brise de ner; il fit de bonnes Cartes du pays, donna des conseils aux colons
et eut le bonheur d’en arracher plusieurs à la mort.
Mais tous ces efforts tentés par deux vaillants hommes ne purent vaincre l’insalubrité du climat, et il fallut bien que la compagnie reconnût que le lieu qu’elle avait choisi était peu susceptible de s'améliorer.
4. J'ai habité Santo Thomas pendant dix-sept jours, et je n’en suis sorti que grâce aux bons soins que m'ont prodigués les aimables et intelligents médecins de la Louise-Marie.
Les fourmis de Santo Thomas sont extrêmement dangereuses. Malheur au malade qui n’a pas de garde! S'il s'endort, les fourmis se fourrent dans ses narines, dans ses oreilles, dans sa gorge, partout où elles peuvent pénétrer, et il est perdu en moïns de cinq minutes.
Les moustiques, très-petits mais très-nombreux sur cette côte, sont très-venimeux. Leurs piqûres âcres et brülantes produisent souvent des plaies dont il est très-difficile de se débarrasser.
On ne peut se soustraire aux attaques incessantes de ces abominables insectes qui s’acharnent toujours sur les nouveaux venus. Je me promenais quelquefois avec M. Cloquet, ét j'étais tout étonné de voir les moustiques se ruer sur moi tandis qu’ils laissaient en repos mon compagnon, et comme je lui demandais en plaisantant s’il était inviolable pour eux, il me répondit :
— Il y a huit ans que je suis ici; mon sang s’est appauvri, tandis que le vôtre est encore un bon sang européen que les moustiques préfèrent au mien. Je puis me promener avec vous sans craindre d’être piqué.
— Aloïs, mon cher ami, interrompis-je en riant, rentrons vite chez vous; car, malgré l’amitié que je vous porte, je n’ai pas du tout l'intention d’être votre bouclier contre les dards de
vos moustiques.
En 1851, le gouvernement du roi Léopold envoya la goëlette la Louise-Marie à Santo Thomas. J’eus l'honneur de faire la connaissance du commandant de ce bâtiment, M. Petit, et aussi celle de M. Célarier, le médecin-major de la goëlette. Tous les officiers de la marine belge furent coïvaincus que la colonie ne pouvait prospérer, et je crois qu’ils ont adressé au gouvernement du roi des rapports dans ce sens.
L'idée prêchée par M. le comte de Hompesch avait pu séduire M. le comte Félix de Mérode et les autres personnages qui s’y étaient associés ; mais on peut leur reprocher d’avoir trop longtemps caché la vérité à leur pays, et d’avoir, en donnant trop de crédit aux rapports de la commission d'exploration, compromis la vie et la fortune d’un grand nombre de leurs concitoyens.
Si une colonie agricole peut être formée dans ‘ l’Amérique centrale, c’est sur un plateau, dans l’intérieur, qu'il faut aller l’établir. Là, du moins, on n’a point à redouter les fièvres de la côte ; le climat est bon et la chaleur n’est pas assez excessive pour ôter leurs forces aux travailleurs.
Si j'avais un lieu à indiquer, je n’hésiterais pas à recommander le plateau de Salama.