Ce Français fusillé s’appelait Baraéon, Sa mère habitait
Guatemala.
mais on dut faire comprendre à M. Carrera qu'il n’était pas permis de faire fusiller un mauvais sujet, sans le juger et surtout sans donner au représentant de ce mauvais sujet des garanties d’un bon et loyal jugement. Après trois ou quatre heures d’une longue discussion à laquelle j'assistais, l’excellentissime président finit par comprendre son tort, et il offrit pour l’expier de payer trois mille piastres à la mère du Français que ses soldats avaient passé par les armes.
J'ai connu à Guatemala deux Français fort distingués. L'un était M. le colonel Mercher, l’autre M. Vinchon de Quémont. Ces deux messieurs, après la chute de l'empereur Napoléon qu'ils avaient servi de la manière la plus brillante, étaient venus, chassés par la police de la Restauration, se réfugier au Centre-Amérique. M. Mercher avait fait à Guatemala des affaires de commerce, et il avait, comme beaucoup d’autres Français, été volé par les gouvernements de la confédération centro-américaine. Pendant vingt-cinq ans, il travailla pour faire reconnaître ses justes réclamations qui furent enfin reconnues. Sous le gouvernement couard du roi Louis-Philippe, il ne put trouver aucune aide de nos consuls ; M. Guizot avait donné des ordres pour qu’on ne créàt pas d’embarras au gouvernement de Juillet, et les agents français durent bien souvent se boucher les oreilles pour ne pas entendre les cris des malheureux que les chefs d'État du Centre-Amérique avaient infâmement spoliés.
Je crois que toutes les vieilles réclamations de nos compatriotes ont été réglées en 1855.
Un jour que je revenais chez moi, je vis ma rue pleine de monde. Des soldats contenaient une foule frémissante et lui distribuaient force coups de crosse de fusil. J'avançai, non sans difficulté, jusqu’à la porte de ma maison, et je vis bientôt défiler devant moi un horrible cortége. Sous un parapluie de coton rouge, marchait, soutenu par deux prêtres, un malheureux Indien qu’on allait fusiller. On le faisait arrêter tous les trois pas et on lui disait de se recommander à Dieu, de nommer ses complices, sous peine d'aller brûler éternellement dans l’enfer. Le pauvre condamné suait à grosses gouttes, son visage était livide, et je crois qu'il avait moins peur des balles qui allaient le frapper que des horreurs que lui racontait l’un de ses assistants. Je rentrai chez moi tout bouleversé, et j'appris par mes gens que l’homme qu'on allait exécuter était un idiot qui avait tiré un coup de pistolet sur une personne qu'il n'avait point touchée.
Les peines inscrités dans le code pénal guatemalien sont :
La mort par la fusillation :
Les travaux forcés :
Et l’emprisonnement.
On ne voit guère aux galères que des gens du peuple; des Indiens, des Zambos ou de pauvres Ladinos. Les voleurs de la haute société — il y en a —
ne sont jamais, jamais, jamais punis que par des amendes, et encore...
J'arrête ici ces notes. Je crois avoir été juste et vrai dans mes narrations. J’ai dit que le Guatemala était un admirable pays, j'ai essayé de démontrer que le peuple indien était susceptible de se civiliser et de devenir-un corps de nation; j'ai montré les vices du gouvernement, l’égoïsme du clergé guatemalien, et maintenant je n'ai plus qu’à faire des vœux pour que les gens honnêtes qui sont à Guatemala arrivent au pouvoir et réussissent à faire le bonheur de leur belle et intéressante patrie.