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LE MUSICIEN DEVANT LES MUSICIENS

Cette déclaration, (ju'il faul raj)pi'ochi'r de ctdlt' (juc j'ai placée en épigraphe à ce livre, mamt'nc à dire un mol des relations ijui ont existé entre .Meyerheer et

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Ricliaifl Wagner. On en parle souvent sans les connaître assez, ce me semble, et l'on embrouille, par passion, une question très simple, une évolution toute naturelle.

Il y a Jeux Wagner, à l'égard de Meyerbeer. tous deux d'une sincérité que personne ne songe à mettre en doute. Il y a celui qui, reconnaissant de l'accueil fait à ses débuts, de l'appui donné à ses premières œuvres, exprimait à Meyerbeer lou à propos de lui . ilans des lettres qu'on a retrouvées, autant de sympatbie que d'admiration etde déférence. C'est le même qui, en 1842 sans doute, c'est-à-dire après la première représentation des Hiifjuenots à Berlin et tandis ijur Meyerbeer s'employait, nous l'avons \\x. à l'aire jouer Le Vaisseau fcuitùme, écrivait un grand article de trois cents lignes qu'il n'a pas recueilli dans ses œuvres, il est vrai, mais qu'il n'a pas détruit, puisqu'on en possède l'autographe)', où il louait son illustre ciiiiipatrinlf : d'asoir c élargi et élevé sa manière à iahautfur il un >hlt' rlassique éloquent pour tous w ; d'avoir « conijui.^ uiil- noble et idéale personnalité, exempte des faiblesses de certaines matiirres et pduitant ii'iini-'-ant Ifins axantages » : de posséder « une conscience irréprochable (jui éclaire de ses purs rayons les productions les plus gigantesques comme les inventions souvent les plus raffinées »...

Par parentht'sc. il est curieux de ra[q)rocht'r l'altitude de Wagner de celle de W eber, dans cette conjoncture

« Puljlic rn 1S86 jiar Licpmannjuhn dans un catalogue de vente publique : traduit et commenté par MM. Suubieà et Malherbe : c Wagner et Mevcrbeer » 1891.

semblable, où, voulant tous deux, pour des raisons diverses, ménager Meyerbeer, et ne jiouvant admettre qu'il ne restât pas (juand même fidèle au génie de sa race, ils s'efforçaient, dans des termes analogues, à expliquer, à justifier même cet éclectisme pour lequel ils avaient tant d'aversion. Nous savons également que Weber, tout en défendant ainsi son ami, le suppliait de faire avec lui cause commune pour la fondation du véritable opéra national. Il est probable que Wagner tenta une démarche semblable, y pensa tout au moins, et que son erreur est la source première de sa volte-face.

Car, à l'endroit de Meyerbeer, le \Yagner le plus connu est celui qui, en I80O, dans un article aussi rempli d'amertume et de parti jtris que de vérité, attaquait l'esprit juif dans la musiijue, et, venant à Meyerbeer, alfectait de ne voir en lui qu'un amuseur, coupable d'employer à la recherche d'un succès facile, et par des effets trop sûrs, faute de pouvoir réellement faire œuvre d'art (et s'en rendant compte;, une science et un talent incontestables.

L'explication de cette divergence d'opinion est si humaine, (juon s'étonne d'y voirattacher de l'importance. Tant que Wagner a pu espérer que Meyerbeer, — précisément parce qu'éclectique et chercheur de voies nouvelles, lomnu' Gluck. — poun-ait entrer dans ses vues, les appuver, agii' dans le même sens, il a syiiipalliisé sincèrement, il sest déclaré spontanément avec lui. il a été jusqu'à exj)rimei- l'esjjoir d être un joiu- tenu poui* son élève. Mais lorsqu'il s'est bien rendu compte (|u'au

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fond Meyerbeer ne le comprenait nullement, (ju'il lui fallait déciJément suivre une voie toute opposée, il a renoncé à un appui illusoire, il s'est môme irrité contre sa propre confiance, contre une reconnaissance absurde. . . et il a cherché le moyen de rompre « des relations équivoques », dont il soulfrait de plus en plus.

Avouons qu'il n'a pas pris le meilleur de tous. lia beau, dans une lettre à Liszt, se retrancher derrière « une rancune aussi nécessaire à sa nalur»' (}uc la bile l'est au sang- », cet écrit anonyme, pour la satisfaire, n'est pas un acte qui se justifie par une boutaile. Sans doute, on ne peut s'étonner, alors qu'il avait tant de peine à faire admettre ses conceptions, à plus forte raison à les faire applaudir, qu'il n'ait pas gardé son sang-froid devant le succès unanime que l'Allemagne faisait, sur les mûmes scènes et en même temps, à des œuvres dont le triomplH- lui t'-tait justement un obstacle de plus. Mais il eût mieux fait de se rappeler qu'il avait plus d'une fois signé ses lettres à Meverbeer : « votre éternellement fidèle », que l'une des dernières i8i2) se tmiiinait ainsi : < Je lU' jiouriai plus, ii tout jamais, vous dire autre chose que merci 1 merci 1 Que Dieu fasse naître la joie pour chacun des jours de votre belle vie. c'est la loyale priJ-re de votre tout dévoué élève et serviteur! »; ([u'enlin il répondait <à Schumann (en 1840) « Je lui ilois tout 1 »

Il savait mieux que personne — il l'avait dit — que Meyerbeer était, lui aussi, à sa façon, un novateur, qui avait créé un certain style, rencontré une opposition

nouvelle a ehacune de ses étapes. Qu'il ait écrit pour la foule et non pour Fart, c'est incontestable; mais il ne l'est pas moins qu'il ait voulu s'imposer à cette foule : la nuance n'est pas indifférente.

Un autre jugement, trop connu jtour que je le passe sous silence, mais bien moins solide et même d'une surexcitation aussi peu critique que possible, c'est celui que Scbumann publia contre Les Huguenots à la môme é})0(}ue oi^i Wagner les exaltait. 11 est vrai que le sujet surtout révoltait sa pudeur de bon protestant : sa « haine » et son dégoût ne trouvèrent pas de mots assez forts pour styg'matiser un tel scandale, sans apercevoir que l'esprit essentiel de l'œuvre est tout à la gloire de la réforme et que plus d'une de ses critiques tombe exactement à faux. Pour la nmsique, si l'ensemble lui répugne également, s'il condamne tout en bloc, il n'en épargne pas moins, en détail. la plupart des pages capitales, dont « le travail musical et le Ilot d'idées » restent, pour lui aussi, incontestables.

Scbumann n'était d'ailleurs pas un bomme île tbéàtre. Berlioz l'était, au contraire, de toutes ses forces, et sa plus grande ambition eût été de doter ses œihres de la vie puissante et de l'irrésistible action qui faisaient les succès de Meyerbeer. Son attitude à l'égard de ce derniei' n'en est que plus recommandable. Alors (lue la jalousie égarait tant de musiciens parisiens contre b' bonheur insolent de cet étranger sui' toutes b's scènes, Berlioz jamais ne songea, pour sa [)art, à s'en plaindr»', et, puisqu'il tenait une ]»lume de critiijue, toujours il

LE 11 i; \ E l> E M E V E II li E E II . (Dcsïiii anoiniue. Collcclioa de M. G. Haitniann.j

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J.'Affkaiue, i:\i\iCAtn\.E de mahoi. (1865). NrUi?k.) I-auic . Sélika ^Maiie Sass,. Va-co de Gaina Naudiui.

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l'employa à soutenir, à analyser passionnément, ces œuvres qu'il admirait. Celte attitude obstinée gène certains fervents du plus grand des maîtres français, qui ne peuvent douter de son indépendance (si souvent à l'épreuve avec les puissants), ni de sa véracité (ses lettres intimes sont d'accord avec ses feuilletons), et préfèrent rougir un peu de lui, (jue de suj)poser ses raisons fondées. Ils ne trouvent quelque satisfaction que dans certain mot, rapporté d'ailleurs inexactement, faute de savoir où il a été dit... (Jn le rencontre au cours des « soirées de l'orchestre », en un endroit où Berlioz parlant de cette chance au jeu, «l'où dépend le sort de tout opéra, ajoute : « L'auteur du Proplif'le... a non seulement le bonheur d'avoir du tah-nt, mais aussi le talent d'avoir du bonheur. Il réussit dans les petites ciioses comme dans les grandes, dans ses inspirations et dans les combinaisons savantes comme dans ses distractions. )) — Ce n'est même pas une ironie.

Berlioz occupe, en somme, la première place dans le livre d'or de Meyerbeer. Ses jugements dispensent de s'attardera ceux (|ue tant d'autres ont portés ajtrès lui, et (jui, pour peu (|u"ils j)i'ocèd('nl d'une t'iude iiidt''pendanle et sans idée préconçue, s'accordent tous à peu près avec les siens. Ils permettent encore de faire bon marché des altacjues systémati(|ues dont l'auteur des Huf/urno/s a été l'objet de tout tcnijj.s. Autant et |)lus (|ue ttds dilliyrambes, les pani[)hh'ts sont d'une superlieiahté (|ui étonne.

C est une pauvre crili(|ue (jue celle ([ui juge les œu-

vres anciennes avec les aspirations et les impressions actuelles. Dans le (lomainc musical surtout, oîi révolution est continue, il n"est presque pas une œuvre d'art qui, jugée de la sorte, ne présente quelque point faible. Mais quand, d'ailleurs, elle date, quand elle est le couronnement d'un genre et l'expression d'une épo- (jue. elle a droit à être traitée historiquement. Il y a une espèce nouvelle de snobisme à trop craindre de passer pour snob. C'est au critique historien à faire sans passion le départ entre les parties viables et les parties caduques.

Mais l'effet ;i craindre, l'exemple donné, voilà ce qui a surtout aliéné de Meyerbeer tant de bons esprits... C'est à ceux qui ont voulu suivre cet exemple qu'il convient de s'en prendre ; et lui-même ne saurait être responsable d'élèves (juil na jamais voulu faire. Lorsque Wagner déclarait que Meyerbeer avait donné la plus haute formule ilu genre ]jar lui choisi, et (juon n'irait pas plus loin, il entendait bien montrer la vanité (ju'il y aurait à suivre ses traces. Très vite, du vivant de Meyerbeer, on s'est rendu compte combien lui faisaient tort ceux qui prétendaient s'inspiier de lui. — « 11 savait créer, lorsque tant d'autres imitent (ont dit très sag-ement MM. Soubies et Malherbe); quf tic foriiiulis (tu lui reproche maintenant, dont la fault' retombe sur ses plagiaires ! Que de mt'rvt'ilk's (|ui nous paraissent toutes simples parce qu'elles sont tombées depuis dans le domaine public! »

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