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ont charge de conserveries traditions, llossini luimême a subi la loi commune. Qui oserait soutenir que Guillaume Tell est un opéra italien? Autant vaudrait prétendre que Bobert le Diable et les Hii- [juenots sont des ouvrages allemands. Et ne nous y trompons pas, s'il a été donné à Meyerbeer de remporter sur notre première scène lyrique tant de beaux triomphes, si nuls succès de notre temps n'égalèrent les siens, c'est qu'avec sa merveilleuse dextérité d'intelligence, avec son esprit si profondément observateur et critique, Meyerbeer a su mieux que personne deviner nos instincts, comprendre nos sympathies, en un mot, s'établir victorieusement dans le domaine de notre nationalité nmsicale. Pour preuve de ce (|ue j'avance, je ne veux que la manière inouïe juï^qu'alors dont ses opéras furent exécutés. On parlera toujours de l'exécution de Robert le Diable et des Huguenots comme des deux plus magnitiques ensembles qu'il y ait eu au théâtre. Et les vaillants interprètes de celte nuisi(|ue, ([uels élaicnt-ils? Des Français,
des élèves du Conservatoire, des clianteurs formés à cette tradilion, dont l'illustre maître avait si naturellement saisi le sens. Rossini n'eut jamais pareille rencontre ; il est vrai que chez l'auteur du Comte Orij et de GuiUaume Tell rélément italien prédominait davantage. N'importe, cette supériorité d'exécution qui signale les chefs-d'œuvre de Meyerbeer m'a toujours frappé comme un trait dislinctif; seulement, pour être sentie et rendue d'une si tière façon par des chanteurs français, il fallait que cette musique fût écrite dans leur langue.
Le sacerdoce dans l'ail. — La lé^iMide de la Malihran et d'Adolphe Nourrit.
D abord comprendre, puis chanter, ainsi le veut Mejerbeer ; et Nourrit ne se contentait pas de comprendre pour Itti, il comprenait encore pour les autres. On riait presrjue à celte épofjuc de voir chez un chanteur tant de prosélytisme; hélas! 011 ce rire nous a-t-il conduits? Et qui avait raison de celui qui prenait au sérieux sa vocation ou de ceux (|ui s'égayaient de son enthousiasme?
C'est le privilège des maîtres croyants, d'avoir
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des croyanls pour interprètes ; voyez Beethoven et le Conservatoire : tels compositeurs, tels artistes ; dans ce monde de la poésie où tout s'enchaîne, le scepticisme des uns a bientôt réagi sur les autres, et l'on arrive ainsi par degrés à ces époques où poêles, musiciens et acteurs n'en veulent que pour ses sequins à ce bon public qu'ils bafouent, et dont, chaque matin dans les journaux cl chaque soir au théâtre, on irrite les plus vils instincts moyennant finance.
Nourrit comprenait pour tout le monde; étudier son rôle, le composer, le créer, était pour lui la moindre des choses, il fallait encore qu'il s'occupât des mille détails de la mise en scène, vivant de la vie des autres personnages aussi bien que de la sienne propre, et ne s'épargnant ni travaux, ni pas, ni démarches pour motiver un geste, rendre une intention, reclilior un costume.
Avec quelle sollicitude il veillait sur mademoiselle Kalcon, son élève! (|uel zèle il mettait et quelle discrétion à la conseiller, à l'instruire; plein
de tact et do mesure, et s'évertiianl à ne laisser voir que l'ami dans le professeur.
Nous a-t-on assez répété que l'art était un sacerdoce. En ce sens ce mot, devenu impossible à force d'avoir servi de monnaie courante aux imbéciles, trouverait cbcz Nourrit une sorte d'application. Chanter Mozart, Rossini, Meyerbeer peut passer après tout sinon pour un service public, du moins pour un service rendu au public; et sans exagérer la comparaison ne peut-on pas dire qu'il y a aussi, pour ces prêtres de l'art, des dévouements, des sacrifices et que leur histoire a son martyrologe.
Un jour viendra où, quand ou lira laviedelaMalihran, on croira lire une légende : tant cette existence tient du merveilleux, tant le fantasque s'y mêle au réel, la poésie à la prose, tant ce qui s'y
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passe à la lueur du soleil y ressemble, pour l'extraordinaire à ce qui ne se voit qu'à la clarté du lustre. La Malibran joue sa vie et vit ses rôles, spectacle au delà delà rampe et spectacle en deçà. Voici une créature espiègle, entêtée, soufreteuse dont son père n'a rien obtenu qu'à force de coups, et qui, les yeux mal essuyés des larmes du premier âge s'élance sur le théâtre pour y triompher en souveraine : naïve et conservant jusque dans l'explosion de sa joie, je ne sais quelles traces de mélancolie enfantine. La jeune fille et l'artiste grandissent ensemble, se forment ensemble. C'est Ninette, Zerline, Tancrède, Desdemona, Roméo et aussi Juliette. Interrogez sa camériste, elle vous en dira de belles sur ses caprices, et ses trépignements, sur ses mutineries à mettre en morceaux le point d'Angleterre, à s'arracher du cou des colliers qu'elle écrasait ensuite perle à perle sous le talon de sa bottine. Demandez à ceux qui l'ont le plus servie, entourée, aimée, des nouvelles de ces éternels vagabondages d'esprit et de cœur qui la rendaient
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ins;iisissal)le, de ce fiévreux besoin de battre la campagne sans trêve ni repos. A d(ifant d'hippogriffe, elle avait le cheval, cl phis la monture était rétive, plus elle s'amusait aux obstacles. On la voyait arriver aux répétitions en amazone, la cravache en main, l'œil étincelant de génie et d'audace, fringante et jolie au possible. Mais ta celte belle humeur il ne fallait pas se fier, car pour la mobilité c'était l'Océan, et quelles tempêtes s'il vous plaît! un mot qu'elle prenait mal , une note dans' l'orchestre qui n'allait pas à son gré, elle vous jetait son rôle au visage et courait échevelée et toute en pleurs s'enfermer dans sa loge. Après l'équitation venait la natation. Amazone hier, aujourd'hui matelot. Et comme en comparaison d'une existence si turbulente et si romanesque la vie du théâtre aurait pu à son tour finir par lui paraître monotone, elle s'y avisait des plus chimériques tentatives, et, sebarbouillantla figure, jouait Othello. — Enfin, pour terminer celte suite de contradictions et de travestissements incroyables, j)our clore l'é-
nigme, une mort tragique en pleine jeunesse, en pleine beouté, en pleine gloire !
Légende aussi et roman, la destinée de ce brave Adolphe Nourrit, vraie figure d'artiste moderne, ne vivant que pour l'œuvre à laquelle il s'était consacré dès ses premiers jours, et que le découragement vint abattre aux pieds de la Muse. Si jamais un nom fut populaire en France, ce fut le sien ; le nommer, c'est réveiller dans l'esprit de chacun les plus beaux souvenirs de l'Opéra ; et cette consécration du succès, il la devait, non-seuloment à son talent si élevé, à son intelHgence si prompte à saisir les intentions du génie, à sa voix si puissante à les rendre, mais à la dignité de sa personne, à la noblesse de son caractère, à cette activité généreuse (jui l'entraînait, au péril de sa
voix el de son avenir, partout où il y avait quelque service à rendre, (juelque gloire ignorée à produire, quelque hymne patriotique à célébrer.
Nourrit débuta, en 1821, par le rôle de Pylade dans Ylphkjéme eu Tauride de Gluck. Sa voix fraîche et marquée d'un timbre juvénile, que rappelait au début, mais avec plus- de charme, la voix de Mario, son heureuse organisation musicale, son nom, déjà célèbre à l'Académie royale, lui concilièrent en peu de temps la faveur du public.
Néanmoins, à vrai dire, la carrière dramatique de Nourrit ne date guère que de l'arrivée en France de Rossini. Alors seulement son activité se fait jour, alors seulement le jeune chanteur se débarrasse de l'emphase de l'ancienne école, et grandit sous le souftle de l'inspiration du grand maître. On sait avec quelle ardeur, quelle foi sincère dans l'avenir de cette musique, quelle intelligence des effets nouveaux. Nourrit joua Néoclès, Aménophis, le comte Ory, Arnold. Dans certaines parties de