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grâce n Dirn, In spécnlntion ici u'avnit que faire.
Parmi les éminonls artistes, dont quelques-uns allaient si vaillamment contribuer à sa doire, il en était un que Meyerbeer connaissait de longue date, et dont il avait étudié, après les avoir pressenties, les grandes facultés, en se promettant bien de les utiliser à certain jour.
J'ai nommé M. Levasseur,
Bien avant le Crociato et Robert le Diable, Meyerbeer avait rencontré M. Levasseur en Italie, où le futur artiste de TOpéra préludait, lui aussi, à d'autres destinées. Qui sait même si ce ne fut pas en l'entendant chanter dans sa Marguerite d' AnjoUj en lui voyant dans le Barbier, deRossini, représenter Basile, que le jeune Berlinois, impressionné par cette double et vivace nature de chanteur et de comédien, résolut de l'attacher à sa fortune ?
Cette troiipo de Robert le Diable et des tliiyuenots fut donc bien positivement l'œuyre de Meyerbeer. Le grand maître, en cela, ne fit, du reste, que ce qu'ont fait en musique, comme ailleurs, les hommes de génie ses pareils. Sans parler de Racine et de Molière suscitant pour leurs chefsd'œuvre d'illustres compagnies dramatiques, sans nommer Victor Hugo créant autour de lui tout ce monde des Dorval, des Frederick, des Bocage, des Georges, qu'on me cite un grand musicien (|ui n'ait pas amené ses interprètes? Rossini fait les Davide, les Nozzari, les Lablache, les Colbrand, les Pasta, lesMalibran et lant d'autres ; de Bellini et deDonizetti, sortent les Rubini, les Tamburini, les Grisi, les Persiani, les Rouconi ; do Moyerbeer, devaient procéder les Nourrit, les Levasseur, les Falcon.
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« Il faut en prendre noire parti, me disait-il souvent, ce trio de Robert et des Hitçjuenots, nous ne le reverrons plus ! »
Ces interprètes admirables n'étaient point pour lui seulement des artistes, il les aimait comme les enfants de son génie, toujours empressé, affectueux, prévenant, et, de près ou de loin, ne les séparant plus des types immortels de sa prédilection. En dehors de ce groupe choisi, je ne sais guère que Jenny Lind qui l'ait à ce point intéressé. Certes bien des Alice et bien des Valentine ont passé devant ses yeux, et le nombre ne serait pas facile à fixer des Robert et des Raoul, des Bertram et des Marcel, qui, sur les grandes scènes de Londres, de Vienne et de Berlin, ont mérité des applaudissements ; mais ce que je puis alfirmer pour l'avoir mainte fois entendu de sa bouche, c'est (juo les trois artistes, ayant figuré dès l'origine dans ce fameux trio de Robert et des Huguenots, aquou ne (levait plus revoir, » restèrent pour lui jusqu'A la (in rinrarn;ilion la plus vivante de son idée.
Lorsqu il vint à Paris pour la première fois, que trouva-t-il ? des éléments, rien de coordonné. Entre lexécntion de Guillaume Tell, si incomplète, et cet ensemble admirable qui, à dater de Robert le D<V/We fit, pendant vingt ans, la gloire del'Opéra, on sent qu'un homme a passé, résolu, tenace, convaincu, auquel la simple voix du chanteur ne suffit plus et qui prétend aussi avoir affaire à son intelligence.
Ici je prévois une objection, et je m'explique, (iar s'il est déjà si difficile de se faire comprendre des esprits bienveillants, quelle clarté, quelle précision ne faudra-t-il point pour parler à ceux qui ne veulent pas comprendre.
Oui, certes, il existait des chanteurs qui, pour établir sur la scène de l'Académie royale de musique leur personnalité dominante, n'avaient pas eu besoin d'attendre l'avènement de Meyerbeer ; mais ce que je maintiens, c'estque jusqu'à fiottr/ le Diable et dans tous les ouvrages qu'il leur élail arrivé de créer, ces divers chanteurs n'avaient en
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quelque sorte figuré qu'à l'état personnel. De Meyerbeer seulement date l'idée d'une troupe, d'un ensemble systématiquement organisé pour un effet voiihi. Et la preuve, c'est cette parole même du grand maître? « Ce trio de Robert le Diable et des Huguenots, nous ne le reverrons plus. » Qu'on me cite un seul compositeur ayant ainsi dès le premier jour trouvé l'idéal entrevu pour l'exécution de ses œuvres. Est-ce par hasard Rossini, forcé d'attendre dix ans son interprète et dont le Guillaume Tell ne fut révélé dans toute sa splendeur au public français que lorsque Duprez eut paru.
Les ouvrages de Meyerbeer, au contraire, n'ont jamais lire profit de pareilles rencontres. Pour l'exécution de Robert le Diable, comme pour celle des Huguenots, comme, plus tard, pour l'exécution du Prophète, l'idéal fut atteint dès le premier jour: témoignage irrécusable de l'influence exercée par le maître, et de son aptitude à se créer sa troupe.
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De ce trio nioiiuinental, une des trois cariatides Tut M. Levasseur. Ce qu'il (it des rôles de Bertram et de Marcel, chacun le sait; car si les conlemporains de cette grande époque n'ont pas oublié l'imperturbable maestria Yoca.le et dramatique qu'il déploya dans le dessin et l'accentuation de ces deux physionomies si diverses, les générations nouvelles peuvent tous les jours encore s'en rendre compte [)ar la tradition qui survit. . Ce qui reste au théâtre de M. Levasseur, c'est le trait caractéristique dont il a marqué les principales créations de son répertoire. Le Bertiani de Robert le Diable, le Marcel des Huguenots, le l'ontanarose du P/)(7/rt',. personnages à coup sûr fort opposés de caractère et de costume, garderont toujours l'empreinte de ce talent grave et réfléchi qui, même lorsqu'il lui arii\e de passer du sérieux
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au bouffon, sait mainlenir sa dignité et porter la [lerruque d'un vendeur de vulnéraire en véritable artiste ; qui, comme Lablache, dans le don Magnifico de la Cenertfntola, s'entend à provoquer l'éclat de rire sans condescendre au mauvais goût. On conçoit qu'avec dételles qualités M. Levasseur ne recherchât les ap])laudissements que dans une certaine mesure. Je me souviens d'un temps où le public le trouvait froid. Il se peut que le reproche fût vrai lors de sa première apparition sur le Théâtre Italien de Paris ; mais plus tard,(|iiand vint à l'Opéra Robert le Diable, on vit ce qu'il fallait penser de cette fi'oideur, ou plutôt de ce calme sous lequel se cachaient et mûrissaient à l'ombre des facultés de composition et de style qui n'attendaient pour se révéler qu'une occasion favorable. Du reste M. Levasseur a toujours apparieim à cette clnsse d'artistes qui, en fait de succès et d'ovations, ne demandent, ne recherchent rien en dehors de ce que leur conscience approuve. Nous étions bien jeune, et encore sur les bancs du