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oollt'gc, luis(|u il nous arriva do Iradiiire le Don ■laun, de Mozail, et d'asï^isler aux répéîitioiis du chef-d'œuvre à l Opéra. Nourrit faisait Don Juan, mademoiselle Falcon Dona Anna, M. Levasscur Le-. pcrello. A cette bienheureuse époque, la jeunesse ne vivait que d'enthousiasme. L'amour de la poésie, (le la musi((ue, un dilettantisme universel entlammaicnlles cœurs. In des plus précieux parmi les autographes que nous possédons est une lettre de Victor Hugo à la veille du Roi s'amuse^ lettre où le poète, après avoir écrit notre nom sur l'adresse, y joignait cette qualification singulière : élève de quatrième au collège Bourbon. Elève de quatrième, de seconde, de rliéluii(|ue , c'était un titre alors de recommandation près des maiires de la pensée, car ils connaissaient notre ardeur militante, savaient quel appoint généreux pouvaient apporter dans la lutlc ces gcnéralion> nouvelles éprises d'idéal, et (]ui ne fermaient leur Virgile et leur Tile-Live ipie pour causer, aux
heures de lécréation, de Lamartine, de llossini.
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C'est dire assez quelles dispositions d'esprit nous, eni'ant de cette période, nous apportions à ces répétitions de Don Juan, et quel sentiment de reconnaissance et d'adniii'.Uion nous nispiraient ces artistes convaurcus aijordant religieusement l'œuvre du génie. Tant de loi, de scrupules, de soins révérencieux, à cette époque, les plus grands trouvaient cela tout simple. Avec Mozart, pas plus qu'avec Shakspeare, on ne niarcliandaif, sa peine. Dans cette méritoire émulation, M. Levasseur ne fléchit pas un instant. Nul n'avait plus de zèle, d'intelligence ; et quel respect pour le texte, (|uelle incorruptible fidélité dans son interprétalion.
Cy n est pas lui que des promesses d applaudisseiiieiils eussent détourné de la droite ligne. Ne recliei cher, ne vouloir que la juste approbation de ïoi-niènic, c'est la loi du. sage. Il y eut jadis à
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l'ancien Thcàlro Italien un hiirylon lélèhie (jui pratiqua jiis(|n à la lin celle maxime dans loulc son austérité. Ce Uoniain (étail-il de Rome on de Florence, je l'ignore) se nonnnait j'ellegrini. II s'était constitué d'oltico son [)ro[)re justicier, s'applai^dissanl, se criti{pi;inl, cl an besoin se cliuianl ^ui-lnénle, car du public et des journaux il n'en tenait compte. Pellegrini avait cliez lui son [)orkait en pied, etcluKjue soir, comme il rentrait du ^ llîéàtre, l'abordait en traversant son salon pour aller se coucber : tour à tour, élogieux, acerbe, dénigrant, selon les circonstances. Ainsi, parexernpie, s'il avait joué et chanté sans reproche et que l'auditoire se lût montré par trop avare d'applaudissements, l'honnête- baryton, planté là devant son image, se complaisait à la féliciter, à la relever, par quehjue parole bien sentie^ des découragements où l'indifférence d'un public imbécile peut conduire parfois un grand artiste. Mais lorscpie, |»ar hasard, le contraire avait lieu ; s'il arrivait à Lcpoicllo d'avoir commis (|uel(pie bévue musicale
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OU dramatique, à Kigaro d'avoir chanté son air au-dessous du ton, ce Pellegrini, naguère si bon, si affable, si indulgent envers lui-même, devenait un juge impitoyal)le. Il fallait le voir alors s'arrêter devant le malheureux portrait, et l'œil enflammé de courroux, le poil hérissé, l'accabler des plus terribles réprimandes. « Oui, va, fais le beau î s'écriait-il, en montrant le poing à cette image qui n'en pouvait mais, il te sied vraiment bien de te pavaner dans ton habit neufettonpanlalon à breloques, tète d'âne, ventre de grenouille, au lieu de te cacher dans un coin pour y cuver la honlc! As-lu assez chanté faux ce soir, misérable ! as-tu été assez piètre, assez mauvais! Toi Pellegrini! allons donc! tu nés qu'un baryton de pacotille, un vil ruftian ! Si le public était juste il t'aurait jeté des pommes cuites. » Et là-dessus le bonhomme, satisfait de la correction .qu'il s'était vertement appli(|uée, allait se mettre au lit et revoir en rêve Taulrc Pellegrini, le l'/ïW, celui qui fut, au dire de Rossini, le meilleur ligaro de son temps.
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C'est là, je l'avoue, nue anordoln assez grotesque, mais qui, comme toutes les farces de ce moude, a sa moralité. S'ils étaient déjà !'ort rares à celle époque, ils sont |)lus rares encore aujourd'hui les chanteurs uniquement préoccupés de bien mériter de leur propre conscience, et auxquels se puisse appliquer le mot d'.ilnnius au sujet du grand F;i-*" bius ! iVo» pouebat enim nnnores unie salutem. A ce compte, M. Levasseur marquera comme une exception ; s'il ne fut pas l'homme de lieaucoup de rôles, il fut l'iioiume de quelques-uns qui sont restés des cré(ttious, ce (jui nous ramène an M.ucel des Huifueinits.
Les Huguenots. — La couleur et les caractères. — Le comle de Nevers. — Phidias. — Le chef-d'œuvre pour le chef-d'œuvre. — La Bcnéxliction des Poignards. — Le duo de Valenlineel <le Raoul. — Adolphe Nourrit el M le duc d'Orléans. — La mélodie chez Meyerbeer. — Le provisoire dans l'exécution de hoberl le Diable el des Huguenots. — La nouvelle salle et les anciens chefs-d'œuvre. — Des Huguenots au Prophète.
Les Huguenots furent représentés au mois de mars 1856. C'était l'époque des beaux esprits, le règne du dilettantisme ; il ne suffisait plus d'entendre de la musique, chacun en voulait disserter. On se demandait pourquoi l'art musical, à l'égal de la littérature et des arts du dessin, n'aurait pas