‹ Meyerbeer, notes et souvenirs dún de ses secrétairesChapitre 18 sur 19 · I2Ô MEYERBEER · texte numérisé non relu

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sa fille qui a débuté à TOpéra-Comique dans Y Étoile du Nord. Une santé délicate a malheureusement abrégé sa vie ; elle aurait été une grande artiste, comme la France n'en a pas produit depuis longtemps. C'est la seule personne à qui j'aie entendu chanter avec un style parfait l'air en mi bémol ajouté par Mozart au rôle de Dona Elvira de Don Juan. Cet air est dans une forme italienne vieillie ; il serait aussi impropre à donner une idée de Don Jitan} que l'air écrit par Meyerbeer pour Mme Castellan peut en donner une du Prophète.

La seconde élève, c'est Mme Carvalho; seulement, pour le style dramatique, elle ne s'est pas élevée au-dessus de Faust, de Gounod. C'était toujours Mme Carvalho, plutôt que le personnage du rôle. Elle a chanté le Freischùtz, mais elle l'a vite

abandonné. Elle n'a réussi que dans les Noces de Figaro, en dénaturant complètement le rôle de Chérubin; ni Beaumarchais, ni Mozart ne Font compris ainsi. Malheureusement, aujourd'hui, quand on chante un air des Noces de Figaro, c'est toujours comme Mme Carvalho l'a chanté, et parce qu'elle Ta chanté ainsi ; il n'y a pas d'autre raison.

Reste à citer un troisième élève, c'est M. Léon Duprez, le fils. Il avait peu de voix, et il est resté peu de temps au Théâtre-Lyrique; mais il avait un art incontestable de diction. Il est aujourd'hui professeur de chant au Conservatoire.

Duprez, le père, composait aussi; il avait une haute opinion de ses œuvres, comme de tout ce qu'il faisait; il a fait entendre plusieurs opéras sans succès, et c'est un

point sur lequel je veux m'arrêter. On imite les maîtres, on fait, plus ou moins exactement, comme eux, quelquefois à dessein on fait autrement, et Ton croit faire aussi bien qu'eux, sans que personne puisse démontrer péremptoirement qu'on ne le fait pas. Il y a le talent personnel, le génie, qui ne se donnent pas et qu'on ne peut pas imiter. On peut être professeur au Conservatoire, membre de l'Institut; on peut composer une série d'opéras, sans avoir jamais une idée musicale vraiment personnelle; on fait beaucoup parler de son talent, on est même appelé maître, mais quand on est mort, la musique qu'on a faite est presque aussitôt oubliée. Je pourrais citer, si je voulais , des noms connus de tout le monde.

Un membre de l'Institut avait composé et

fait entendre une grande œuvre musicale. Quand tout fut fini, il en plaça le manuscrit à côté de manuscrits de maîtres qu'il possédait. «Je le mets à côté des autres, il le vaut bien.» Seulement il me dit cela à moi, il n'alla pas le proclamer sur les boulevards, comme Castil Blaze. Il avait acheté de Scribe le poème d'un opéra-comique; Scribe ne s'empressa pas de demander la partition de son collaborateur. J'eus occasion d'en parler, je ne sais pas comment, à Meyerbeer. «Scribe, me dit celui-ci, n'attend pas tant de X...! »; c'était vrai, et je le savais bien, mais qu'y faire? En agir autrement, eût été blesser très vivement la personne intéressée et sans aucun profit. Chacun peut se croire un génie méconnu, incompris; il faut lui laisser cette consolation.

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Castil Blaze était dans le même cas. Il s'amusait d'ailleurs de peu; il se divertit amplement de: «Ami, lama, Tinée est belle ! » Auber n'était pas sévère sur la déclamation, mais si au commencement de la barcarolle de la Muette : « Amis, la matinée est belle !» il a commis une incorrection, elle est bien légère et je la déclare contestable. Castil Blaze jubilait de ce qu'aux concerts du Conservatoire on attribuait à Weber quelques mesures qu'il avait ajoutées entre les deux couplets du chœur des chasseurs à'Euryanthe; il n'y avait pas de quoi; on peut fort bien y voir un bout de motif de Gluck ou de n'importe qui. Ce que Castil Blaze ne dit pas, c'est qu'il dénaturait les paroles du chœur des chasseurs. En allemand, les chanteurs ne parlent que du plaisir de la chasse; en français, Castil

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Blaze les fait parler de leur «peine extrême » de ne pas trouver le roi qu'ils cherchent. Castil Blaze savait assez de musique pour faire ce qu'il appelait sa cuisine. Il arrangeait les œuvres de maîtres absolument à sa façon, ajoutant, retranchant, changeant, déplaçant, avec ou sans une apparence de raison. Il avait fait ainsi du Freischùtz, Robin des Bois y qu'on jouait autrefois au Théâtre - Lyrique. Il a saccagé une des plus admirables scènes de Rossini, c'est celle de la romance du Saule, au dernier acte d'Otello. Admirable quand il est bien chanté, Meyerbeer ne dédaignait pas d'aller l'entendre; mais il partait ensuite, ne se souciant pas de la réminiscence de l'air de la calunnia du Barbier, que Rossini n'y a pas mise à dessein. Castil Blaze a arrangé le chant du gondolier en chanson vulgaire, en y adap-

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tant des paroles anciennes. Si on en concluait qu'il manquait de goût, on ne se tromperait peut-être pas.

Castil Blaze a composé un opéra : Pigeon vole; quand j'en demandai des nouvelles aux personnes qui l'avaient entendu, elles éclataient de rire; c'est tout ce que j'en ai pu tirer. Castil Blaze a rendu quelques services à l'histoire de la musique; mais quant à ses ragoûts, pour parler son langage culinaire, je n'ai jamais pu y attacher quelque valeur.

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