TISAXK UNIVERSELLE CONTRE LA PESTE
Prenez deux grains d indifferenee,
Autant de resolution ,
Dont vous ferez infusion
Avec du sue de patience.
Point de proccs, point de querelle,
D ambition, ni de faux zele ;
Demi-livre de gay etc,
Deux onces de societe,
Avec deux dragmes d exercice ;
Aucun exces, point d avarice ;
Un bon grain d j . devotion,
Point (ie nouvelle opinion. (Jansenisme.)
Vous melerez le tout ensemble ,
En 1 infusant, si bon vous semble,
Avec deux doigts du meilleur vin,
Que vous prendrez chaque matin.
Vous verrez que cette pratique
Aux medecins fera la nique.
(LAFORET, La pe*tc de 1720.)
Dans la joie de sa delivrance, Marseille, quoique chatiee si rudement par le bras d un Dieu vengeur, oublia malheureusement trop vite cette severe lecon. Le bonlieur de voir le fleau disparu sembla avoir tourne toutes les teles. On ne pensait qu au plaisir, et 1 ardeur du negoce se reveilla plus forte que jamais. Bientot des desordres scandaleux affligerenl le coeur du saint eveque et des bons Chretiens de la ville. Le Jansenisme, cette detestable heresie, si courageusement combattue par Mgr de Belsunce.
releva lalete ; enfm un vol sacrilege dans 1 eglise des Observantins vint attrister tous les fideles. Le chatimenl ne se fit pas atteiidre, et des le mois de mai 1722, la peste eclatait de nouveau dans-la cite coupable. La panique fut plus grande qu a la premiere invasion du fleau, parcequ on avail appris a le connaitre. Tous les habitants de Marseille qui possedaient quelque aisance, s enfuirent dans leurs bastides, ou maisons de carapagne, qui environnent en si grand nombre cette cite, et qui forment comme une seconde ville autour de la premiere. Cependant les scenes d horreur de la peste de 1720 ne se renouvelerent point, et les sages dispositions prises tant par le charitable prelat que par les magistrals rendirent les effets de la maladie moins desastreux.
Mgr de Belsunce n avait ^>as hesite, dt -s la
seconds apparition du fleau, d indiquer a son peuple la veritable source du mal, en lui reprochant avec une vigueur toute episcopate son ingratitude et ses nouveaux outrages au divin coeur de Jesus, qui naguere 1 avait sauve si miraculeusement d une mine totale. II fit plus, il ecrivit aux^chevinsde Marseille en ces termes: t Je ne veux rien vous proposer qui puisse cau ser quelque depense a la ville. malheureuseraent trop eprouvee. Dieu d ailleurs ne demande pas nos presents, mais nos cceurs. Faites done au nom de la cite, un voeu capable de desarmer le bras vengeur qui parait se lever de nouveau contre nous. Son appel fut entendu, et les dignes magistrals, par deliberation du 28 mai 1722, s empresserent de faire la promesse suivante :
Nous, Echevins de la ville de Marseille, avons unanimementconvenu que nous ferons un vceu ferine, stable, irrevocable, entre les mains de Mgr TEveque, par lequel en ladite qualite, nous engageons nous et nos successeurs, a perpetuite, d aller toutes lesannees, au jour oil il a lixe la tete du Sacre-Coeur de Jesus, entendre la sainte messe dans Teglisedu premier monastere de la Visitation , dite des Grandes-Maries, y comnmnier et otirir, en reparation des crimes commis en cette ville, un cierge ou flambeau de cire blanche, du poids de quatre livres. orne* de
1 ecusson de la ville, pour bruler ce jour-la devant le Saint-Sacrement ; d assister le soir meme a une procession generale d actions de graces que nous prions et requerons MgiTeveque de vouloir etablir a perpetuite ! .
Le 4 juin 1722, !e vwu de la ville de Marseille fut prononce, le jour de la Fete-Dieu, dans 1 e^lise cathedrale, par le sieur Moustier. premier echevin, en son nometen celuide ses collegues, portant comme lui la robe rouge et le chaperon de velours, tous ageriouilles au pied de 1 autel majeur, devant Mgr de Belsunce, ^ui tenait en main le Tres-Saint-Sacrement pour la proces sion generale.
Nous devons ajouter. pour mieux faire ressortir 1 odieuse attitude de nos demagogues modernes, que ce voeu de la ville de Marseille a toujotirs ete accompli , meme dans les plus mauvais jours de la Terreur. L eveque constitutionnel des Bouches-du-Rhone, Benoit Roux, voulut lui-meme, en 1793, officier pontiticalement (et sacrilegement) a la cathedrale pour la fete du Sacre-Coeur. Mais, en ce jour, de pieux fideles renouvelaient , dans des oratoires caches aux persecuteurs. le voeu des echevins dei722. On le retablit officiellement en 1807, et durant la Restauration comme sous le regne