‹ Mgr de Forbin-Janson, evêque de Nancy et de Toul, primat de Lorraine;Chapitre 1 sur 47 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

£ 28 août 1844, la cathédrale * de Nancy regorgeait d’une foule avide d’entendre Lacordaire, dont la grande renommée d’éloquence avait, depuis longtemps déjà, dépassé les limites de la France. L’illustre Dominicain avait une tâche périlleuse à remplir. C’est que dans la cité lorraine il existait un groupe de gens hostiles à la religion; ils avaient persécuté Mgr de Forbin-Janson, leur évêque, décédé un peu plus d’un mois auparavant. Ce parti remuant

était redoutable sur n’importe quel théâtre, même dans la nef d’une cathédrale. Lacordaire le savait. Quelques jours auparavant, il avait écrit à madame Swetchine: «Je vous enverrai mon discours, si je ne suis pas lapidé à l’exorde ou à la péroraison. »

Le panégyriste, par mesure de prudence, lut son discours, qui aurait pu soulever des récriminations chez certaines gens mal disposées. De l’aveu général, ce fut une des plus belles compositions de ce religieux. Aussi son succès fut-il complet. Lui-même resta émerveillé du résultat. « C’est un jour de joie et de réconciliation, » écrivait-il à madame Swetchine, « l’un des meileurs jours de ma vie ».

Cette pièce oratoire qui mériterait d’être citée en entier, débutait par cet exorde pompeux :

« Parmi les hommes que la Providence de Dieu a donnés à l’Eglise de France depuis quarante ans, il en est peu qui aient attiré l’attention de leurs contemporains au même degré que Mgr Charles-Auguste de Forbin-

Janson, évêque de Nancy et de Toul, primat de Lorraine, maintenant retourné à Dieu. Il en est peu surtout qui, avec des qualités de cœur aussi remarquables, avec les dons d'une intelligence aussi vive, aient moins triomphé des obstacles de leur vie, et moins placé leur personne et leur mémoire à l’abri des sentiments contraires. Sur les rivages de l’Asie, aux bords plus lointains des fleuves de l'Amérique, il a vu des populations s’attacher à ses pas, s’enivrer de sa parole, l’appeler tout haut des noms les plus chers à l’homme : il en a vu d’autres le repousser de leur sein, et il est mort loin de son siège épiscopal, après quatorze années d’exil, dans un âge prématuré. Moins heureux qu’un autre évêque de son temps dont le palais fut détruit deux fois par la tempête, il n’a pu mourir au milieu de son troupeau et recevoir dans son cercueil cette dernière visite des peuples qui leur inspire, quand tout est fini, un sentiment plus modéré de leur puissance et une équité plus calme dans leurs jugements. Je viens, Messieurs, parler sur cette tombe que

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