‹ Mgr de Forbin-Janson, evêque de Nancy et de Toul, primat de Lorraine;Chapitre 11 sur 47 · Voir cette adresse en appendice, Pièce D · texte numérisé non relu

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d'improvisation, l’évêque loue la fermeté des principes religieux chez le peuple canadien, la vivacité de sa foi, qui distingue entre tous les peuples du monde les enfants de la Nouvelle France. En terminant, il appelle les bénédictions d’en haut sur les habitants d’une ville dont il se séparera avec regret et en emportant d’eux un éternel souvenir.

Mgr de Janson partit pour Montréal le 30 septembre. Il devait revenir à Québec, un an plus tard, pour y prêcher la retraite ecclésiastique.

Le 2 octobre, il était à Montréal, où Mgr Bourget venait de succéder à Mgr Lartigue, dont il avait été le coadjuteur, après avoir rempli les fonctions de secrétaire.

Le programme suivant fut arrêté entre les deux prélats : Mgr de Janson commencerait par prêcher des retraites dans les environs de Montréal, puis viendraient celles du clergé et du séminaire. Enfin, il y aurait, pour toute la ville, une retraite de quarante jours.

L’évêque français ouvrit le feu à Terrebonne. Ici les démonstrations religieuses portèrent un cachet tout particulier de grandeur. L’érection d’une croix en fournit l’occasion. Cinq ou six paroisses accoururent assister à ce

spectacle nouveau. L’affluence fut telle, qu’on ne put facilement nourrir cette foule, avide d’entendre la parole d’un homme dont la renommée comme orateur volait de bouche en bouche, jusque dans la plus humble chaumière. La journée était magnifique, et le prédicateur se surpassa.

A deux heures de l’après-midi, les cloches annoncent le départ de la procession pour le lieu où doit se faire la cérémonie de la plantation. Une bannière franchit le seuil de l’église paroissiale. Un chœur nombreux de jeunes filles la suit en chantant des hymnes sacrés, qui sont l’expression de vœux purs comme leurs âmes. Un défilé de femmes, deux par deux, couvre bientôt un espace de douze arpents.

Puis apparaît l’arbre du salut, la croix, à demi couchée sur un brancard que portent des citoyens en costume militaire. Douze compagnies, de trente hommes chacune, escortent le trophée de la religion.

Enfin marche le clergé, environnant le prélat revêtu de ses ornements pontificaux. Un corps de musique fait alterner ses accords joyeux avec les chants des choristes, qu’interrompent de temps à autre les cris de Vive la Croix !

répétés par les 360 soldats de cette armée du Christ. On eût cru marcher à la suite de Constantin, lors du triomphe de la primitive Eglise !

La foule ferme le cortège.

Bientôt la croix aux reflets dorés s’élève éblouissante au sommet d’une colonne ionienne de vingt-quatre pieds de hauteur. Les vivats recommencent plus vigoureux que jamais.

Alors Mgr de Janson apparaît sur une estrade, et dominant cette foule immense, il l’invite à faire silence par un geste de sa main. Il va parler. Il parle en effet avec un feu tel, que jamais population ne fut tenue sous le charme comme ce jour-là. Sa péroraison fut un triomphe complet.

Le lendemain de cette grande fête de la religion — 4 octobre — Mgr de Janson, obtempérant aux vœux des missionnaires des sauvages résidant sur les bords du lac des Deux- Montagnes, vola où son cœur d’apôtre l’appelait instinctivement. Il y avait là des sauvages à visiter et peut-être des conversions à opérer! Quarante voitures escortent le prélat, et trentedeux cavaliers lui forment comme un corps de garde sur un parcours de six lieues.

Les missionnaires ont tout préparé d’avance

pour que la cérémonie impressionne la population. Le programme veut que l’on fasse un pèlerinage jusqu’au calvaire que l’on peut voir à une lieue de l’église. La foule se met en marche, les Indiens avec leurs costumes bigarrés, les femmes portant leurs enfant sur leurs épaules. Tous récitent le chapelet. On le récite en quatre langues : le clergé en latin, les Canadiens en français, et les sauvages en iroquois et en algonquin. Avec les prières alternent les chants sacrés.

Mgr de Janson adressa la parole aux sauvages. Deux missionnaires traduisaient son discours alternativement dans les langues comprises par les Iroquois et les Nipissings. Ceuxci écoutèrent la parole du Gardien de la religion avec une expression d’ébahissement qui se lisait facilement sur leur traits. On voyait que leurs cœurs étaient remués par les exhortations touchantes de l’orateur.

Comme couronnement de la fête, les Indiens exprimèrent leur reconnaissance à Mgr de Janson par une adresse, qui fut lue par l’un des chefs nipissings 1.

Tous ces détails sembleront peut-être super-

i. Voir cette adresse en appendice, Pièce K.

flus. Aussi notre intention eût été de les supprimer, car ces missions se ressemblent toutes plus ou moins, surtout lorsqu’on les considère à cinquante ans d’intervalle. Cependant nous avons préféré les faire connaître, afin qu’on en saisisse mieux le caractère particulier, ainsi que le mode propre au grand missionnaire français pour parvenir plus sûrement au cœur du peuple. Lui-même a décrit la pompe de ces fêtes religieuses.

« C’était en Canada, dit-il, c’était là qu’il fallait voir les vrais prodiges de la grâce divine dans la conversion de milliers et de milliers d’âmes. Quinze, vingt et quelque fois trentesix confesseurs occupés jour et nuit pendant des semaines entières; chaque jour, huit ou neuf cents communions, et des larmes d’attendrissement tellement abondantes que la terre en était mouillée. Il n’y avait plus de place dans les petites villes et bourgades pour loger les hommes et les chevaux. Les vaches étaient retirées de leurs étables pour augmenter le nombre des gîtes. On les couvrait de peaux afin de les garantir d’un froid de 20 à 28 degrés Réaumur.

« Quand tout le monde est entassé dans nos

églises, on voit encore se presser au dehors de huit à douze cents fidèles, qui assiègent la porte, qui montent sur des tas de neige par pelotons de soixante ou quatre-vingts pour atteindre le niveau des fenêtres et entendre de cette manière les instructions faites à l'intérieur, et tout cela par un froid capable de figer le sang dans les veines. Quelquefois cent à cent-vingt voitures venaient à ma rencontre, ou me reconduisaient en glissant sur la neige. J'ai envoyé à Paris des adresses sur parchemin de vingt-cinq pieds de long sur deux de large, et couvertes de trois à quatre mille signatures. »

Mgr de Janson, comme il avait été convenu, prêcha la retraite aux prêtres du diocèse et aux ecclésiastiques du séminaire de Saint- Sulpice. Le théâtre était moins vaste, cette fois, mais il appartenait bien à l’évêque de guider par ses conseils paternels cet essaim de jeunes lévites que le divin Pasteur destinait à devenir la portion la plus noble de son troupeau. L’évêque de Nancy avait été l’élève de M. Emery, et ce souvenir l’avait porté naturellement à se faire l’ami des Sulpiciens. Deux, entre autres, lui prodiguèrent leur sympathie : ce furent M.

Quiblier \ supérieur du séminaire, et M. l’abbé comte Armand de Charbonnel, qui devait porter la mitre de Toronto et la remplacer par le froc des Franciscains * 2.

Mgr de Janson devait rencontrer bientôt un autre Sulpicien, Mgr Du Bois, alors évêque titulaire de New-York, vieillard que cinquante ans de service en Amérique avaient forcé de se choisir un coadjuteur 3. C’était Mgr Hughes, qui avait été consacré le 7 janvier 1838. A son départ de New-York, l'automne précédent, Mgr de Janson s’était engagé à revenir aussitôt que Mgr Hughes serait de retour d’Europe 4. Les

1 M. Quiblier quitta le Canada en 1848, pour Londres où il fonda la paroisse de Norwood, à quelques milles au sud de la capitale. Il fonda, en outre, l’église et la paroisse de Sainte-Anne, dans le faubourg de Spitalfield, à l’est de Londres. M. Quiblier est mort le 17 septembre

2. L’abbé de Charbonnel était en Canada depuis 1839. Il fut sacré évêque par Pie IX, le 26 mai 1850, et il prit le gouvernement du diocèse de Toronto qu’il conserva jusqu’au 29 avril 1860. Démissionna pour entrer chez les Capucins de Lyon. Il est mort le 21 mars 1891.

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